Le Séminaire. Les formations de l'inconscient (1957-1958) (5) - Couverture souple

Livre 3 sur 16: Le Séminaire

Lacan, Jacques

 
9782020256681: Le Séminaire. Les formations de l'inconscient (1957-1958) (5)

Synopsis

Quand j'ai résolu d'aborder cette année devant vous la question du Witz ou du Wit, j'ai commencé un petite enquête. Il n'y a rien d'étonnant à ce que je l'aie commencée en interrogeant un poète. C'est un poète qui introduit dans sa prose comme aussi bien dans des formes plus poétiques, la dimension d'un esprit spécialement danseur qui habite son œuvre, et qu'il fait jouer même quand il parle à l'occasion de mathématiques, car il est aussi un mathématicien. J'ai nommé ici Raymond Quencau. Alors que nous échangions là-dessus nos premiers propos, il m'a raconté une histoire. C'est une histoire d'examen, de baccalauréat si vous voulez. Il y a le candidat, il y a l'examinateur.

- Parlez-moi, dit l'examinateur, de la bataille de Marengo.

Le candidat s'arrête un instant, l'air rêveur - La bataille de Marengo...?

Des morts ! C'est affreux... Des blessés ! C'est épouvantable...

- Mais, dit l'examinateur, ne pourriez-vous me dire sur cette bataille quelque chose de plus particulier ?

Le candidat réfléchit un instant, puis répond - Un cheval dressé sur ses pattes de derrière, et qui hennissait.

L'examinateur surpris, veut le sonder un peu plus loin et lui dit

- Monsieur dans ces conditions voulez-vous me parler de la bataille de Fontenoy ?

- La bataille de Fontenoy ?... Des morts ! Partout... Des blessés ! Tant et plus, une horreur...

L'examinateur intéressé, dit - Mais monsieur, pourriez-vous me dire quelque indication plus particulière sur cette bataille de Fontenoy ?

- Ouh ! dit le candidat, un cheval dressé sur ses pattes de derrière, et qui hennissait.

L'examinateur, pour manœuvrer, demande au candidat de lui parler de la bataille de Trafalgar. Celui-ci répond - Des morts ! Un charnier... Des blessés ! Par centaines...

- Mais enfin monsieur, vous ne pouvez rien me dire de plus particulier sur cette bataille ?

- Un cheval...

- Pardon, monsieur, je dois vous faire observer que la bataille de Trafalgar est une bataille navale.

- Ouh ! Ouh ! dit le candidat, arrière cocotte !

La valeur de cette histoire est à mes yeux de permettre de décomposer, je crois, ce dont il s'agit dans le trait d'esprit.

(Extraits du chapitre VI)

Les informations fournies dans la section « Synopsis » peuvent faire référence à une autre édition de ce titre.

Présentation de l'éditeur

Quand j'ai résolu d'aborder cette année devant vous la question du Witz ou du Wit, j'ai commencé un petite enquête. Il n'y a rien d'étonnant à ce que je l'aie commencée en interrogeant un poète. C'est un poète qui introduit dans sa prose comme aussi bien dans des formes plus poétiques, la dimension d'un esprit spécialement danseur qui habite son œuvre, et qu'il fait jouer même quand il parle à l'occasion de mathématiques, car il est aussi un mathématicien. J'ai nommé ici Raymond Quencau. Alors que nous échangions là-dessus nos premiers propos, il m'a raconté une histoire. C'est une histoire d'examen, de baccalauréat si vous voulez. Il y a le candidat, il y a l'examinateur.

- Parlez-moi, dit l'examinateur, de la bataille de Marengo.

Le candidat s'arrête un instant, l'air rêveur - La bataille de Marengo...?

Des morts ! C'est affreux... Des blessés ! C'est épouvantable...

- Mais, dit l'examinateur, ne pourriez-vous me dire sur cette bataille quelque chose de plus particulier ?

Le candidat réfléchit un instant, puis répond - Un cheval dressé sur ses pattes de derrière, et qui hennissait.

L'examinateur surpris, veut le sonder un peu plus loin et lui dit

- Monsieur dans ces conditions voulez-vous me parler de la bataille de Fontenoy ?

- La bataille de Fontenoy ?... Des morts ! Partout... Des blessés ! Tant et plus, une horreur...

L'examinateur intéressé, dit - Mais monsieur, pourriez-vous me dire quelque indication plus particulière sur cette bataille de Fontenoy ?

- Ouh ! dit le candidat, un cheval dressé sur ses pattes de derrière, et qui hennissait.

L'examinateur, pour manœuvrer, demande au candidat de lui parler de la bataille de Trafalgar. Celui-ci répond - Des morts ! Un charnier... Des blessés ! Par centaines...

- Mais enfin monsieur, vous ne pouvez rien me dire de plus particulier sur cette bataille ?

- Un cheval...

- Pardon, monsieur, je dois vous faire observer que la bataille de Trafalgar est une bataille navale.

- Ouh ! Ouh ! dit le candidat, arrière cocotte !

La valeur de cette histoire est à mes yeux de permettre de décomposer, je crois, ce dont il s'agit dans le trait d'esprit.

(Extraits du chapitre VI)

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Le séminaire Les Formations de l'inconscient représente un palier dans l'enseignement de Lacan. Il y récapitule le chemin parcouru, durant les quatre années précédentes, pour faire ressortir la question qui sera au premier plan durant l'année 1957-1958 : la fonction du signifiant dans l'inconscient. L'enjeu est de montrer comment l'oeuvre de Freud permet d'approfondir la théorie du signe linguistique de Ferdinand de Saussure ou, plus exactement, comment l'analyse des formations de l'inconscient éclaire la relation entre les notions saussuriennes de signifiant et de signifié. Pour mener à bien ce projet véritablement fondateur, qui le conduit au cours des chapitres à réarticuler les grandes notions et les principaux axes de son enseignement, Lacan prend comme point de départ l'analyse de l'oeuvre de Freud consacrée au trait d'esprit, Le Mot d'esprit et sa relation à l'inconscient. Il s'agit en effet de montrer que l'inconscient n'est qu'un vaste jeu de mots...

Cet ouvrage aide le lecteur à comprendre les précédents séminaires et leur donne leur véritable assise théorique. --Émilio Balturi

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