Les non-dits de l'anthropologie

 
9782130540762: Les non-dits de l'anthropologie
Extrait :

Extrait de l'introduction

L'anthropologie peut-elle échapper au conflit de l'esthétique et de la guérilla ?
Jean DUVIGNAUD, Le langage perdu

Aujourd'hui, la plupart des sociétés étudiées par les anthropologues ont produit une ou plusieurs générations d'intellectuels susceptibles de lire et de commenter ceux qui étaient venus les observer, ou observer leurs parents et grands-parents. Car les descendants des «sauvages» d'hier s'intéressent grandement aux livres qui les décrivent. Certains assistent aux soutenances de thèse, siègent dans les jurys ou mieux encore dirigent des travaux de recherche ; et ils ne ménagent pas leurs critiques. Il arrive aussi qu'ils se réapproprient des traditions oubliées dont ils ont trouvé trace dans les ouvrages des premiers ethnographes, qu'ils les diffusent au village, et que lorsqu'un nouvel ethnologue arrive, on lui répète l'histoire qu'il prend à son tour pour argent comptant, d'autant que personne ne sait plus si elle a existé ou non, si elle a été inventée, quand et par qui.
En même temps, toute publication sur telle ou telle population se voit dotée d'un enjeu politique local qui peut être national ou même international, et dont l'importance augmente encore dans les situations de conflit. La diffusion des médias jusque dans les régions les plus reculées de la planète, accrue par les nouvelles technologies de la communication, fait que ce «livre» que le chercheur dit vouloir écrire lorsqu'il se présente aux autorités locales d'abord, puis aux notables du groupe qu'il est venu étudier, n'est plus quelque chose d'incompréhensible ni de négligeable : selon les cas, la liberté d'accès au terrain en sera subtilement favorisée ou empêchée. Il est aussi des situations où le groupe concerné est hautement preneur de publicité (parfois même de publicité mensongère), contrairement aux représentants du pouvoir, ou inversement. L'enquêteur se trouve pris au coeur d'une bataille dont il devient - à travers son projet d'écriture - l'un des atouts ou des handicaps potentiels. Ce qu'on va lui dire et ne pas lui dire, ce qu'on va lui laisser voir et ce qu'on va lui cacher, l'instrumentalisation dont il pourra être ultérieurement l'objet ou même l'otage relèvent alors de rivalités ou de conflits qu'il lui faut déchiffrer : l'enjeu de l'écriture dépasse - et de loin - les objectifs déclarés de la science.
Pour toutes ces raisons, les anthropologues s'interrogent aujourd'hui plus que jamais sur eux-mêmes et sur leurs méthodes, d'autant que dans le même temps ils sont appelés à lutter au sein du champ scientifique pour maintenir une discipline dont l'existence paraît régulièrement menacée par la diminution drastique des postes et des crédits. Déjà, dans les années 1980, la crise des systèmes de pensée (positivisme, fonctionnalisme, structuralisme, marxisme, culturalisme, etc.) avait déstabilisé l'ensemble des sciences humaines et provoqué un temps d'arrêt, un moment épistémologique obligé. Tout en réaffirmant l'importance du terrain comme indispensables prémices à la construction de leurs savoirs, les chercheurs avaient commencé à se tourner vers de nouveaux «objets» et à diversifier leurs «problématiques». Atteints, comme tant d'autres, par les effets du discours postmoderne sur la mondialisation, certains avaient proclamé l'anthropologie «science des mondes contemporains», laissant à penser, lorsqu'ils ne le disaient pas explicitement, que cet Autre extrême que les premiers ethnologues avaient cherché à rencontrer, ce «sauvage» d'antan, le vrai, celui qui était «pur» de tout contact avec la civilisation moderne, avait bel et bien disparu ; hélas !

Présentation de l'éditeur :

Cet essai est né d'un agacement, toujours plus vif, ressenti par une anthropologue française qui se veut " ordinaire " devant la vanité des procès intentés à la discipline, et devant les réactions inutilement défensives de certains chercheurs. Quand le " postmodernisme " - américain ou non - " déconstruit " l'anthropologie, ou que telle historienne française crie à " la mort du phénix ", ce qui apparaît dans le creux des discours est une représentation des sciences humaines fondée sur un leurre. Plutôt que de répondre sur le terrain du leurre, Sophie Caratini propose une approche épistémologique qui dévoile la faille, et l'assume. Elle s'attache en effet à montrer que c'est justement cette faille qui est nécessaire pour qu'advienne quelque chose de l'ordre de la connaissance dans le domaine des sciences humaines. Tout texte anthropologique relève d'une expérience vécue de l'altérité, faite d'une rencontre entre sujets appartenant à des cultures différentes. Mais le point de vue " scientifique " qui légitime le statut du chercheur de " terrain " n'est pas tant lié à son regard prétendument " distancié ". Il résulte en réalité d'une négociation perpétuelle et d'une lutte intérieure - perpétuellement incertaine - entre l'ouverture et la fermeture de l'esprit.

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1.

CARATINI, S.
Edité par PRESSES UNIV.FRANCE, EVRY (2004)
ISBN 10 : 2130540767 ISBN 13 : 9782130540762
Neuf(s) Quantité : 1
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Pórtico [Portico]
(ZARAGOZA, Espagne)
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Description du livre PRESSES UNIV.FRANCE, EVRY, 2004. Encuadernacion original. État : NUEVO / NEW. CARATINI, S. LES NON-DITS DE L'ANTHROPOLOGIE. EVRY, 2004, vii 127 p. Encuadernacion original. Nuevo. N° de réf. du libraire 351792

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