L'Enjoliveur

 
9782234055056: L'Enjoliveur

Tension de secteur:Bus USB, Couleur du boîtier:Noir brillant, Câbles inclus:1 x câble USB 3.0 - externe - 18 cm, Accessoires inclus:Sacoche, Interfaces:1 x USB 3.0, Système d'exploitation requis:Apple MacOS X 10.4 ou plus récent, Microsoft Windows Vista / XP / 7, Linux 2.4.0 ou ultérieur, Débit de transfert de l'interface:5.0 Gbps (USB 3.0)

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Extrait :

C’était un livre extraordinaire.
Il était né en quarante jours, par un automne radieux d’après guerre, à la main, à la plume Gloire de Boulogne et à l’encre de Chine, sans presque de ratures, sur une table de toilette de la ferme de la Margotte, département des Basses-Alpes, dans un état de grâce que son auteur n’avait pas connu jusqu’alors et n’allait jamais retrouver jusqu’au jour de sa mort.
Il s’ouvrait sur des mots simples, des phrases courtes, où il était question de route, de scierie, de hêtre et d’ancêtres, de lumière et de beau, et ne se fermait plus. Sa fin béait comme un ciel, une bouche, un trou dans une armure. Entretemps, un brave était passé, à cheval et à pied. Il s’appelait Langlois. Il était policier du roi. Il poursuivait un assassin, et lui-même, et des chimères. Il s’était abreuvé de boissons obsolètes, il s’était amusé de mystères et de fêtes, et de cérémonies. Il s’était rempli de misère. Des femmes l’avaient aimé, en dépit du bon sens. Des épaisseurs de neige avaient fondu sans couler sous nul pont et, sur la crête des collines, des arbres avaient tenu.
1er septembre - 10 octobre 1946. Les deux dates frappaient l’esprit, plus encore que sur les tombes de ces années-là, années de privations, la naissance et la mort des enfants en bas âge. Quarante jours. Est-il possible? C’était le temps qu’il faut à l’un pour tenter de tenter Dieu, à l’autre pour faire le tour de la moitié du monde.
Quand il avait paru, en février 47 – deux mille sept cents exemplaires semi-luxe aux éditions de La Table ronde –, puis onze mois plus tard dans la Blanche de Gallimard, son auteur sortait de prison et vivait dans des quarantaines, des listes noires, des purgatoires. Personne n’en avait parlé, ni critiques ni membres de jurys. On l’avait laissé pousser seul.
Il portait un nom rare, tiré d’une pensée de Pascal, dont le sens éclatait à la dernière ligne. Il comptait deux cent trente-trois pages, ou deux cent quarante-quatre, ou deux cent cinquante-six, selon les éditions. Il s’était habillé, au fil des ans, de jaune, de crème à liseré rouge et noir, de peintures : l’ombre d’un loup contre une fourche, un homme au vent qui saigne une oie, un chemin de sous-bois recouvert par la neige.
Quand on avait dit ça, on n’avait rien dit.
Pour savoir, il fallait plonger. Il fallait lire.
Je l’avais lu, et relu, sept fois.
La première, c’était par hasard. J’avais vingt ans et des poussières, c’était l’été, j’étudiais les lettres, je m’apprêtais à partir pour le Sud. Les parents d’un ami nous prêtaient leur maison. J’avais un peu cherché à la bibliothèque. Un roman provençal. Typique. Solaire. Anisé. Une petite pagnolade. Une mignonne mistralitude. Et si vous essayiez Giono ? C’est joli. Cela chante. Ça me disait quelque chose, en effet. Je venais justement d’entendre dans une chanson à la radio ce nom rimer avec piano. J’avais tiré du rayon G un volume fatigué. Je l’avais retourné, feuilleté en vitesse. Il était imprimé par les soins de Brodard et Taupin, imprimeur-relieur à Paris-Coulommiers, au cours du quatrième trimestre 1966 – c’était quinze ans plus tôt. Le titre était noir, le nom de l’auteur rouge. Sur la couverture, un homme en cape, à pied, tenait la bride de son cheval. Trois bouquets d’arbres nus, un village à l’horizon. Un ciel et une terrebrun et bleu confondus. J’avais pris de confiance, remercié la dame, et puis fait ma valise. Là-bas, un jour de sieste longue, dans l’odeur de vanille des lauriers roses et blancs, j’avais commencé ma lecture.
Ça n’était ni solaire, ni provençal, ni anisé. Mais le Trièves en plein hiver, du sang et de la glace, de la poudre et des balles, du poison lent, violent, des bois noirs, du courage, et du Mozart en phrases.
En rentrant, j’achetais le livre, pour l’avoir.
Mes quatre amis faisaient de même.
Je l’avais offert à dix-neuf personnes depuis. Lu sept fois. La première, il y a vingt ans. La deuxième, juste après, un crayon à la main. La troisième en hiver. La quatrième, loin, sur le pont d’un bateau, parmi des militaires. La cinquième, à voix haute, à quelqu’un que j’aimais, au fond d’un lit profond qui n’était pas le mien. La sixième, tout seul, dans un champ de blé mûr juste avant la moisson. Il me servait de toise.
La dernière, c’était maintenant.

Quatrième de couverture :

« Héros héroïques, romans romanesques, exceptions exceptionnelles, démesures incommensurables : voilà ce que nous attendons de la vie. Comme c'est peu ! Je sais. Nous sommes cette espèce anachronique et tendre qui lit pour jubiler, qui ne s'ennuie jamais, qui ne trouve jamais qu'elle vit loin de tout et qu'il n'y a rien à faire, qui pense que les livres sont faits pour aboutir à un beau monde. Les livres ? Nous ne nous les arrachons pas, nous ne les dévorons jamais. Nous ne courons pas les acheter. Nous sommes sans fureur et sans rage. Nous ne sommes pas pressés. Nous avons tout notre temps. La vie est devant nous, ou derrière, ou autour. Nous ruminons tout ça. Nous avons pour digérer les phrases une panse de joie, un bonnet d'espérance, un feuillet d'ironie, une caillette de profonde connaissance du coeur humain. Les pages, nous ne les tournons pas, nous les faisons remonter en nous, doucement, plusieurs fois, comme des souvenirs, des enfances, des limbes, et nous avons, en levant les yeux, et en nous détournant pour ne gêner personne, des renvois parfumés, mélodieux, rassasiés. »

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1.

Cherer, Sophie
Edité par STOCK (2002)
ISBN 10 : 2234055059 ISBN 13 : 9782234055056
Neuf(s) Paperback Quantité : 1
Vendeur
Evaluation vendeur
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Description du livre STOCK, 2002. Paperback. État : NEUF. « Un écrivain est grand parce qu'il laisse de grands livres, certes, mais aussi parce qu'il influence la vie de ses lecteurs, durablement, profondément, ou en détail, de façon passagère et légère. Parce qu'il la change, à l'occasion. Parce qu'il prolonge en eux le romanesque de ses oeuvres. On aime, on vit, on refuse, on travaille comme on peut, et parfois comme il nous a appris à aimer, à vivre, à refuser, à travailler. - Nombre de page(s) : 250 - Langue : fre - Genre : Littérature française Romans Nouvelles Correspondance LITTERATURE FRANCAISE STOCK. N° de réf. du libraire N9782234055056

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