Les amours de ma mère: Traduit de l'allemand par Nicole Casanova

 
9782246809036: Les amours de ma mère: Traduit de l'allemand par Nicole Casanova
Extrait :

Sur les photos en noir et blanc au bord dentelé, ma mère est presque méconnaissable. En tout cas ce n'est pas la mère que je garde dans mon souvenir - une force originelle douce et protectrice, parfois profondément triste, puis de nouveau déchaînée. Sur les photos, on voit une jeune personne svelte en vêtements simples, qu'elle a pour la plupart cousus elle-même, qui soulignent la taille et la poitrine; les cheveux tombant sur la nuque, blond foncé, rejetés en arrière du front, les lèvres minces et serrées, parfois légèrement entrouvertes, comme pour respirer ; elle se montre rarement rieuse, et n'arbore jamais ce rire exigé par le photographe, que la génération de la guerre croyait devoir s'arracher même dans les pires circonstances, si bien que dans les albums de cette époque sont conservées des millions de familles riant sans motif. Sur les photos, je vois une jeune femme grave qui semble ne rien feindre et ne rien dissimuler. La lumière qui émanait d'elle, selon le témoignage de ses adorateurs, aucun photographe ne l'a trouvée. Au cas où elle aurait été dans le cercle de ses amis quelque chose comme une star, une lumière, une figure rayonnante, la représentation de ce rôle a été réservée à un autre moyen que la photographie.
Pendant des décennies, il y eut parmi mes affaires un carton à chaussures que j'emportais dans tous les déménagements. Il contenait des lettres de ma mère - des lettres qu'elle écrivait en caractères Sütterlin, au crayon ou à l'encre sur du papier blanc ou jaune, le plus souvent sur des pages de format A5 qu'elle avait peut-être arrachées à un cahier d'école ou un carnet de notes.
De temps en temps je croyais avoir perdu le carton parce que je ne l'avais pas vu depuis longtemps. Alors je le cherchais dans un accès d'indistincte peur de l'avoir perdu et je ne pouvais pas le trouver. Quand au déménagement suivant il apparaissait de nouveau, j'étais saisi par le soulagement, comme si j'avais une fois encore découvert quelque chose d'infiniment important pour moi, et je me mettais à lire l'une ou l'autre lettre. Mais je ne réussissais jamais à déchiffrer que quelques demi-phrases. Comme lors d'anciens essais, j'abandonnais derechef -difficile de dire si c'était la difficulté de la lecture qui suscitait le réflexe de rejet, ou la crainte de découvertes dont je préférais ne rien savoir. La devise de Bob Dylan me plaisait : «Dont look back !» Invente-toi toi-même, éloigne-toi de tous les liens que tu n'as pas choisis, mais particulièrement de la partie du passé que tu ne peux pas déterminer toi-même - de ton enfance.
Une vieille amie qui connaissait l'existence des lettres m'avait donné un conseil qui me travaillait. Le mieux, avec les lettres des parents, dans la mesure où elles ne vous sont pas adressées, c'est de les jeter sans les avoir lues dans une baignoire pleine. La phrase cadrait avec la méfiance que la «génération posthume» avait développée envers ses parents et allait bien avec mon projet de m'inventer moi-même. En même temps, une telle action me semblait trop dramatique et pas assez efficace. Comment procède-t-on avec les lettres dont l'écriture ne se dissout pas dans l'eau parce qu'elles sont écrites au crayon ? Le crayon est plus résistant que l'encre.

Revue de presse :

Cette mère ne fait que passer, le fils n'a pas 9 ans quand elle meurt, quand elle part mourir à Hanovre loin de ce fils et de cette charge épaisse d'enfants qu'elle a...
Des bouffées de bonheur montent de ce livre, immémoriales, aiguës, insupportables, comme l'enfance qui ne finit pas...
Le livre du fils est aussi une saga familiale ; le père cossu de la mère la destinait à de bourgeoises épousailles et ne lui pardonnera pas d'avoir fauté avec un musicien désargenté. Plus tard, dans l'immense pantalon de cuir de ce père ennemi, la mère taillera de quoi vêtir ses fils réfugiés qui porteront à même la peau la dépouille dépecée de ce grand-père hostile...
Le livre du fils est enfin un livre d'histoire. Elle est là, qui broie les vies, et les fend, et les écrase. On ne fait pas l'économie de l'histoire. Comment s'arrange-t-on avec l'histoire des pères et des mères qui eurent entre 20 ans et 40 ans, et leur vie à faire et leurs enfants à nourrir, à élever entre 1933 et 1945, et plus tard encore, dans le chaos de l'Allemagne laminée, divisée. C'est aussi l'un des sujets de ce livre ; et non le moindre. (Marie-Hélène Lafon - Libération du 19 mars 2015)

Les informations fournies dans la section « A propos du livre » peuvent faire référence à une autre édition de ce titre.

Meilleurs résultats de recherche sur AbeBooks

1.

Peter Schneider
Edité par Grasset (2015)
ISBN 10 : 2246809037 ISBN 13 : 9782246809036
Neuf(s) Quantité : 3
Vendeur
Gallix
(Gif sur Yvette, France)
Evaluation vendeur
[?]

Description du livre Grasset, 2015. État : Neuf. N° de réf. du libraire 9782246809036

Plus d'informations sur ce vendeur | Poser une question au libraire

Acheter neuf
EUR 20
Autre devise

Ajouter au panier

Frais de port : EUR 12
De France vers Etats-Unis
Destinations, frais et délais

2.

Peter Schneider
Edité par GRASSET ET FASQUELLE (2015)
ISBN 10 : 2246809037 ISBN 13 : 9782246809036
Neuf(s) Couverture rigide Quantité : 1
Vendeur
Evaluation vendeur
[?]

Description du livre GRASSET ET FASQUELLE, 2015. Paperback. État : NEUF. Pendant des années, de maison en maison, Peter Schneider a transporté un carton contenant la correspondance de sa mère. A l'âge où l'on se rend compte qu'on a vécu plus de temps qu'il ne nous en reste à vivre, il se décide à l'ouvrir. Une lecture ahurissante:l'image traditionnelle de l'épouse qui s'est sacrifiée pour ses enfants, décédée alors qu'il avait moins d'une dizaine d'années, vole en éclats. Cette femme qu'il a peu connu n'a pas seulement aimé ses quatre enfants et son mari, mais aussi, éperdument, le meilleur ami de celui-ci, un célèbre metteur en scène d'opéras. - Nombre de page(s) : 272 - Poids : 284g - Langue : ALLEMAND - Genre : Littérature Allemande. N° de réf. du libraire N9782246809036

Plus d'informations sur ce vendeur | Poser une question au libraire

Acheter neuf
EUR 20
Autre devise

Ajouter au panier

Frais de port : EUR 16
De France vers Etats-Unis
Destinations, frais et délais

3.

Peter Schneider
Edité par Grasset & Fasquelle
ISBN 10 : 2246809037 ISBN 13 : 9782246809036
Neuf(s) Paperback Quantité : 1
Vendeur
Revaluation Books
(Exeter, Royaume-Uni)
Evaluation vendeur
[?]

Description du livre Grasset & Fasquelle. Paperback. État : Brand New. In Stock. N° de réf. du libraire zk2246809037

Plus d'informations sur ce vendeur | Poser une question au libraire

Acheter neuf
EUR 31,85
Autre devise

Ajouter au panier

Frais de port : EUR 7,14
De Royaume-Uni vers Etats-Unis
Destinations, frais et délais