Kevin Powers Yellow Birds

ISBN 13 : 9782253177326

Yellow Birds

Note moyenne 3,74
( 19 668 avis fournis par GoodReads )
 
9782253177326: Yellow Birds
Revue de presse :

Celui qui raconte est le soldat Bartle, de quatre ans plus jeune que l'auteur. Il rappelle Hemingway, du temps qu'il était ambulancier en Italie. Il voit les détails. Il les réfléchit. Sa perception de l'atmosphère est sensuelle. Mais il est plus naïf et désorienté. Rien, dans les raisons de cette guerre, ne peut éclairer l'horreur et l'opacité qu'elle répand...
Yellow Birds vient d'un chant militaire populaire, qu'il a chanté. Les oiseaux sur lesquels on tire, dans la guerre, survivent en soi comme des signes de vie, de beauté. Les trois personnages principaux - le soldat Bartle, le soldat Murphy, son ami, le sergent Sterling, leur chef - n'ont pas de lien direct, dit l'auteur, «avec les hommes que j'ai connus». La remémoration de Bartle est faite d'incompréhension, de culpabilité, d'effroi, d'extase devant les paysages, les lumières, le Tigre, mais aussi d'un secret. Ce secret fait dire au sergent Sterling : «On sait ce qui s'est passé. C'est tout ce qui nous reste.»...
C'est l'expérience intérieure d'un homme qui s'est battu et qui ne sait ni comment se souvenir, ni comment oublier. (Philippe Lançon - Libération du 21 février 2013)

Le romancier américain Kevin Powers, né à Richmond, en Virginie, en 1980, s'est enrôlé dans l'armée des États-Unis à 17 ans et a combattu en Irak en 2004 et 2005. Yellow Birds est un premier roman encensé par la critique américaine et considéré d'ores et déjà comme un classique. Une oeuvre intérieure sur les ravages et les hasards de la guerre. Le destin n'existe pas. On peut juste remâcher à l'infini l'absurdité des choses. Et alors, ce goût dans la bouche, qui reste...
L'auteur raconte les états psychiques et physiques des soldats. La peur au ventre est constante. Tout explose autour d'eux et en eux. La mort devient ordinaire et la vie devient extraordinaire. (Marie-Laure Delorme - Le Journal du Dimanche du 24 février 2013)

La guerre est ailleurs. Elle ne se limite pas à l'invasion américaine de 2003, ni aux huit années de bourbier qui s'ensuivent. Elle est une force immémoriale, un mouvement météorologique récurrent, une bête biblique qui dévore les hommes - entre Tigre et Euphrate comme partout. Quand on croit lui échapper, elle se niche sous un crâne. La guerre rentre au pays avec le soldat, transforme tout ce qu'il voit, modifie tout ce qu'il ressent. La très grande beauté de ce premier roman tient à son lyrisme et à son inactualité : la guerre est en John Bartle, le narrateur, qu'elle ravage comme une maladie...
Yellow Birds ne dit pas une guerre qui sent la poudre et le sang. Ni la terre qui tremble quand le canon tonne. Il raconte la guerre des poitrines creuses, des coeurs mangés, des yeux qui ne voient plus. On entend le bruit des os qui s'entrechoquent, on scrute les abîmes de l'âme - rien, toujours rien. Yellow Birds est un hymne vertigineux aux morts-vivants. L'oraison de ceux qui rentrent. (Nils C. Ahl - Le Monde du 28 février 2013)

Ce beau roman de Kevin Powers (né en 1980) s'intègre brillamment dans la longue série des romans américains sur le retour de guerre. Sobre et implacable, il dit la violence et le désespoir d'un vétéran qui cherchera longtemps celui qu'il était avant les combats. (Gilles Heuré - Télérama du 13 mars 2013)

Une première phrase a parfois le pouvoir de donner le sentiment, mystérieux, que le livre qu'on vient d'ouvrir comptera. Pour son lecteur anonyme, elle porte la promesse qu'il ne sera plus le même après l'avoir fini et, pour les critiques, l'excitation de tenir, peut-être, un nouveau grand de la littérature, dont on suivra la trajectoire. Celle de Yellow Birds, «La guerre essaya de nous tuer durant le printemps», offre ce genre de promesse. Et ce premier roman la tient, au-delà des espérances. Récit fulgurant d'une histoire simple - deux jeunes soldats se lient d'amitié, partent en guerre, l'un rentrera au pays, l'autre non -, connue dès les toutes premières pages, ce livre ne ménage pas d'artificiel suspense. Il a la pureté d'une tragédie grecque, doublée d'un réalisme hallucinant qui donne à voir le conflit irakien avec une précision qu'aucun reportage n'est jamais parvenu à atteindre. (Nathalie Lacube - La Croix du 13 mars 2013)

Entre roman et reportage, une description implacable des ravages intimes de la guerre chez un jeune soldat talonné à chaque instant par la mort, alors qu'il n'est pas encore tout à fait un homme. (André Clavel - L'Express, mars 2013)

De son expérience, il a tiré un premier roman puissant, brutal et poétique. À chaque guerre ses grands livres. Celle du Vietnam a donné des textes aussi forts que Si je meurs au combat de Tim O'Brien. Yellow Birds, premier roman de l'Américain Kevin Powers, 32 ans, en est l'équivalent pour la guerre d'Irak. Un livre violent et lyrique aux phrases saturées de sable, de sang et de poussière, pages suffocantes qui prennent à la gorge et ne laissent aucun répit. On suit deux jeunes soldats, Murph et Bartle, dans le désert d'Al Tafar en 2004. Murph va y laisser sa peau. Bartle, lui, rentrera aux États-Unis, hanté par un sentiment de culpabilité, incapable de renouer avec sa vie d'avant. Le livre opère des va-et-vient entre le présent chaotique de Bartle et son récit des combats. Une structure éclatée, à l'image de la conscience du narrateur, qui tente désespérément de recoller les morceaux pour donner du sens à ce qu'il a vécu. (Elisabeth Philippe - Les Inrocks, mars 2013)

Extrait :

La guerre essaya de nous tuer durant le printemps. L'herbe verdissait les plaines de Ninawa, le temps s'adoucissait, et nous patrouillions à travers les collines qui s'étendaient autour des villes. Nous parcourions les herbes hautes avec une confiance fabriquée de toutes pièces, nous frayant, tels des pionniers, un chemin dans la végétation balayée par le vent. Pendant notre sommeil, la guerre frottait ses milliers de côtes par terre en prière. Lorsque nous poursuivions notre route malgré l'épuisement, elle gardait ses yeux blancs ouverts dans l'obscurité. Nous mangions, et la guerre jeûnait, se nourrissant de ses propres privations. Elle faisait l'amour, donnait naissance, et se propageait par le feu.
Puis, durant l'été, elle essaya encore de nous tuer tandis que la chaleur blanchissait les plaines et que le soleil burinait notre peau. Elle faisait fuir ses citoyens qui se réfugiaient dans les recoins sombres des immeubles couleur de craie, et jetait une ombre blême sur tout, tel un voile sur nos yeux. Jour après jour, elle tentait de nous supprimer, en vain. Non pas que notre sécurité fut prévue. Nous n'étions pas destinés à survivre. En vérité, nous n'avions pas de destin. La guerre prendrait ce qu'elle pourrait. Elle était patiente. Elle n'avait que faire des objectifs, des frontières. Elle se fichait de savoir si vous étiez aimé ou non. La guerre s'introduisit dans mes rêves cet été-là, et me révéla son seul et unique but : continuer, tout simplement continuer. Et je savais qu'elle irait jusqu'au bout.
Quand septembre arriva, la guerre avait décimé des milliers de personnes. Les corps jonchaient ici et là les avenues criblées d'impacts, étaient dissimulés dans les ruelles, et entassés dans les creux des collines aux abords des villes, les visages boursouflés et verts, allergiques à présent à la vie. La guerre avait fait de son mieux pour tous nous éliminer : hommes, femmes, enfants. Mais elle n'avait réussi à tuer qu'un peu moins d'un millier de soldats comme moi et Murph. Au début de ce qui était censé être l'automne, ces chiffres signifiaient encore quelque chose pour nous. Murph et moi étions d'accord. Nous refusions d'être le millième mort. Si nous mourions plus tard, eh bien soit. Mais que ce chiffre fatidique s'inscrive dans la vie de quelqu'un d'autre.
Nous ne remarquâmes presque aucun changement en septembre. Mais je sais à présent que tout ce qui allait compter dans ma vie s'amorça alors. Peut-être la lumière descendait-elle un peu plus doucement sur Al Tafar, car elle se perdait au-delà des silhouettes fines des toits et dans la pénombre des renfoncements sur les boulevards. Elle inondait les briques de terre et les toitures en tôle ondulée ou en béton des bâtiments blancs et ocres. Le ciel était vaste et grêlé de nuages. Un vent frais nous parvenait des lointaines collines à travers lesquelles nous avions patrouillé toute l'année. Il soufflait sur les minarets qui s'élevaient au-dessus de la citadelle, s'engouffrait dans les ruelles en agitant les auvents verts, et poursuivait son chemin jusqu'aux champs en friche qui encerclaient la ville, pour finir par se briser contre les demeures hérissées de fusils dans lesquelles nous étions disséminés. Les membres de notre unité se déplaçaient sur le toit terrasse où nous étions en position - traînées grises dans les lueurs qui précédaient l'aube. C'était la fin de l'été, un dimanche me semble-il. Nous attendions.

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