Gabrielle ou le désarroi

 
9782258096516: Gabrielle ou le désarroi
Extrait :

Extrait du prologue

Elle se retourne sous les draps si usés qu'ils sont devenus doux comme de la soie et se glisse de son côté, là où demeurent encore sa chaleur et son odeur. Il est parti sans faire de bruit pour ne pas la réveiller. Elle a le droit de faire la grasse matinée, de se lever quand il lui plaît, de dormir tout son saoul. Comme une patronne... C'est une découverte, elle n'a jamais connu une existence si luxueuse. Rêve-t-elle ? Son corps est alangui, sa peau frémissante de plaisir, elle sent encore les bras fermes et tendres qui l'ont étreinte et bercée.
Aussi loin que remontent ses souvenirs, personne ne l'avait jamais prise dans ses bras. Ni bercée.
Si sa mère l'a fait, sa mémoire ne l'a pas retenu. Une mère fantôme, morte quand elle avait six mois. Lorsque mémé est venue la chercher, elle était dans une pouponnière. Des mains étrangères ont dû la saisir, la retourner, la changer, la laver, la coucher, ça, ce n'est pas prendre dans les bras.
Mémé avait des principes : un bébé, moins on le touche, mieux il se porte. S'il pleure, il faut le laisser pleurer, il finira bien par se fatiguer et s'endormira. Donc, Gabrielle s'était endormie, solitaire dans son berceau sombre comme un tombeau.
Mémé l'aimait sans doute, d'un amour silencieux et bourru, empli de regrets, de chagrin, de révolte jamais résignée. Elle n'avait eu qu'une fille, son mari, maréchal-ferrant à Bonnières-sur-Seine, s'était fait tuer au mois de mai 1915 au cours d'une offensive dans l'Artois. Une jolie petite fille qu'elle n'avait jamais prise dans ses bras, il ne fallait pas «tripoter les bébés». On l'avait appelée Fernande comme son père, Fernand Robin, un bel homme grand et costaud. Fernande était grande, elle aussi, mais fluette. A dix-huit ans, elle partit à la ville, à Mantes, où elle rencontra un homme marié, un bourgeois, bel homme fringant qu'elle aima éperdument mais imprudemment. A vingt et un ans, elle mettait au monde Gabrielle, puis mourait.
«Elle est morte de chagrin, avait dit mémé, ce bourgeois, cet homme de la haute, un professeur, ou je ne sais trop quoi, l'a bel et bien abandonnée quand il a su qu'elle était enceinte. Quelques billets... et au revoir, ma p'tite. Une bâtarde, t'imagines le scandale, la légitime qui se tord les mains de désespoir et ameute toute la ville, les autres enfants - car il y en avait sûrement d'autres - accrochés à ses jupes. Pauvre Fernande, elle avait honte, elle ne m'a rien dit, elle est allée dans un institut où les religieuses l'ont recueillie. Ce sont elles qui m'ont avertie, ma fille était morte et une petite fille m'attendait.»
Et elle jetait un regard troublé sur Gabrielle où se mêlaient confusément reproches retenus et amour frustré.

Un mot de l'auteur :

Je me suis toujours demandé : Qu'aurais-je fait si j'avais été "grande" pendant la dernière guerre ? Aurais-je fait de la Résistance, caché des juifs, ou aurais je entretenu des rapports courtois et professionnels avec l'occupant ? Facile aujourd'hui de prendre position, maintenant, oui, on voit clair, on peut choisir son camp mais en 1940, dans le désespoir de l'exode, en 1942, quand à chaque attentat des otages étaient fusillés ? N'avait on pas le droit d'être dans le désarroi ?
Comme Gabrielle, mon héroïne, encore enfantine, ignorante, désarmée face aux discours ambiants. Qui croire ? qui suivre ? Le discours des possédants prêts à se jeter dans les bras de la puissante Allemagne pour être défendus contre ce bolchevisme qui fait si peur ? Celui de l'amour ? Celui des rebelles ? Celui des patriotes ? Celui de la culpabilité ? La toute jeune fille descendue à Aix en Provence pour suivre ses patrons va comprendre peu à peu à travers ses amis, à travers les livres et les conseils littéraires que lui donne son amant allemand que le bien et le mal peuvent se ressembler, que la vérité n'est ni blanche ni noire, mais qu''à un moment précis le chemin à suivre s'impose, que la rédemption est toujours possible même si la vie peut se révéler tragiquement injuste. Elle sera une femme courageuse, sans préjugés, tendre et téméraire et prête à choisir sa vie... Ce choix ? Le lecteur tranchera, je lui fais une totale confiance.

Jacqueline Dana

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Jacqueline DANA
ISBN 10 : 2258096510 ISBN 13 : 9782258096516
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QUARTIER LATIN FRANCE
(SAINT-ETIENNE, France)
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Description du livre Oct 04, 2012. État : New. 40 000 livres en stock. Expédition rapide et soignée. N° de réf. du libraire 99DCCF1DE24A

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Dana, Jacqueline
Edité par PRESSES DE LA CITE (2012)
ISBN 10 : 2258096510 ISBN 13 : 9782258096516
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Description du livre PRESSES DE LA CITE, 2012. Paperback. État : NEUF. 1939. L'itinéraire initiatique et amoureux de Gabrielle, orpheline, qui, à l'heure des choix, va s'engager courageusement dans la Résistance en renonçant à son amour impossible avec un officier allemand. " Elles sont rentrées toutes les deux, elles parlent peu. Gabrielle est sous le coup de l'émotion, oui, elle va faire ce qu'on lui demande, du mieux qu'elle peut, avec toutes ses jeunes forces, ce n'est pas compliqué, c'est une tâche à sa mesure. Sauver des enfants juifs pour oublier ses erreurs et se racheter. Elle sourit et prend le bras de Mado, elle a envie de lui dire merci mais l'autre ne comprendrait pas. " Gabrielle est une jeune fille dont le destin, en 1939, paraissait tout tracé. Orpheline, née de père inconnu, elle a été élevée par sa grand-mère qui a choisi de la retirer de l'école à peine le certif obtenu. Gabrielle sera donc serveuse dans le bistrot du village puis bonne à tout faire chez les bourgeois du coin. C'est compter sans la guerre qui voit la petite famille s'établir à Aix-en-Provence. La vie y est plus belle qu'à Bonnières, sur les bords de la Seine, surtout pour Gabrielle qui se fait des amis mais se méfie des garçons (les leçons de sa grand-mère n'y sont pas étrangères). Jusqu'à ce qu'elle rencontre l'amour de sa vie. Il est allemand et officier, donc infréquentable même s'il se conduit en humaniste amoureux. Ces amours coupables, qu'elle tarde à mesurer comme telles, la mettent progressivement au ban des siens, ses patrons exceptés. Elle quittera donc l'amour de sa vie pour s'engager, courageuse, dans la Résistance avec, chevillé au corps, le sentiment de devoir expier. A la Libération, elle sera fêtée pour sa conduite exemplaire mais aussi brutalisée par ceux qui ne veulent se souvenir que de ses amours malheureuses. - Nombre de page(s) : 240 - Poids : 325g - Genre : Littérature française Romans Nouvelles Correspondance. N° de réf. du libraire N9782258096516

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