David FAUQUEMBERG Manuel el Negro

ISBN 13 : 9782264063373

Manuel el Negro

 
9782264063373: Manuel el Negro
Extrait :

Manuel El Negro était un homme... Les gens vous diront : singulier. Ils jugent sans entendre. Paroles de sourd, fracas du Diable ! Pardonnez tant de certitude - c'est que je pense en musicien. Vous ne me connaissez pas : je suis Melchior de la Peña, guitariste flamenco. Les années de scène m'ont appris qu'il ne sert à rien de forcer son jeu au milieu du vacarme. Pour être écouté, il faut effleurer le silence. Depuis que je vis retiré, je fuis le jour et sa rumeur, je dénoue mes nattes de sparte à l'heure où la lumière aveugle. J'attends la nuit, et je compose.
Un ami, disait le poète, c'est soi-même sous un autre cuir. En vous racontant Manuel, je parlerai de moi - fait-on jamais rien d'autre... J'ai la mémoire fidèle, le mensonge en horreur, n'allez pas pour autant me croire les yeux fermés. Je suis pareil à l'hérétique de ce couplet sans âge que les flamencos andalous cadencent en buléria :

Dans mes confessions je ne puis
Que livrer ce qui m'apparaît
Ce n'est pas le vrai que je dis

Comme je la conçois, la vie de Manuel est traversée d'inconséquences et de contradictions, elle a les contours incertains, l'éclat brumeux d'un songe. Plutôt que les comprendre, j'aimerais vous faire sentir le monde que nous avons rêvé ensemble, la musique, les émotions, un océan de choses. Mes pauvres mots, sans doute, en seront incapables. Le récit que je vais vous faire tiendrait en ces trois-là : Manuel était cantaor. Certains chanteront mieux que lui mais plus gitan, pas un. L'écho de Manuel, quand il se sentait à son goût, vingt ans après j'en tremble encore. Le chant vous livrait l'homme. Je l'accompagnais, voilà tout.

Un

Je viens d'un village blanc de la Sierra dont j'ai oublié jusqu'au nom. C'est là que je suis né au milieu du siècle dernier, mais j'ai planté racines ailleurs. Des premiers temps je sais ce qu'on m'a raconté. Mes parents étaient des paysans sans terre, dehors du lever au coucher à sarcler la rocaille. Je crois me souvenir du parfum des genêts, de l'eau glacée d'un lac, de cette pièce obscure où ma mère reprisait le soir. Tengo una Peña grande... Chaque fois je repense à la pauvre chemise, déchirée dans le dos, qu'Agujetas le Vieux, le cantaor de San Miguel, évoquait dans son air tragique :

Une grande peine m'étreint
Et je l'emporterai en terre
Sans jamais la dire à personne

La misère a fauché mon père, borracho noyé d'eau-de-vie. De me voir affamé, ma mère a perdu la raison. Ce vide à l'estomac, je n'en tire pas gloire. Pourquoi irais-je mentir... C'est mon chemin, chacun va le sien. Les temps sont durs, toujours, pour qui n'a pas de quoi. Les anciens vous diront que le flamenco naît de la fatiga, la douleur d'être, du labeur qui ne paie jamais. Les jours meilleurs, on les espère. Le chant du petit peuple a tout l'avenir devant lui.
Je n'avais pas sept ans quand on m'a envoyé chez une amie de la famille, à Jerez de la Frontera. Maria Luisa Peña, Dieu l'accueille en sa gloire, tenait l'épicerie de la Calle Nueva, dans le barrio de Santiago. ULTRAMARINOS, lisait-on sur l'enseigne. J'ai longtemps rêvé que les produits venaient d'un lointain outre-mer, je m'expliquais ainsi les étagères à moitié vides. Dans le livre de comptes que Maria Luisa annotait à la plume, la liste des crédits s'allongeait chaque jour. «Prenez ces fruits, ils vont se perdre...» Maria Luisa avait l'âge d'être ma grand-mère. Elle vivait seule, modestement, trois pièces en enfilade dans l'arrière-boutique, elle s'est accommodée pour m'offrir une chambre. La bonté faite femme, pas une once de malice, elle aimait ce refrain : «Chez moi il n'y a pas grand-chose, rien que de l'allégresse...» Après toutes ces années, je garde en bouche l'acidité du pain de figues, la sécheresse des pois chiches. La diète était sévère mais elle me profitait, on m'appelait Gordo - le Gros. Le surnom m'est resté, moi qui suis si creux aujourd'hui que c'en est effrayant. Je risque la mésaventure du malheureux chanteur Manolo Fregenal, qui paraissait tuberculeux à force de maigreur. Un jour de funérailles, son compère El Sevillano, jamais à court de grâce, l'empoigna par le bras à la sortie du cimetière : «Manolo, mon ami, je te vois mal en point... Ne serait-il pas sage de t'établir ici ?...»
J'ai le souvenir décousu... Nous autres guitaristes, nous sommes plus bavards que des saque-molaires. C'est que les occasions sont rares dans ce métier de solitude. Ma vie, je l'ai passée planqué derrière une sonante, front courbé au-dessus des cordes, au service du chant. J'ai tant de choses sur le coeur.

Revue de presse :

Manuel El Negro : avec lyrisme, David Fauquemberg ressuscite la magie et la détresse des nuits andalouses. De livre en livre, David Fauquemberg poursuit sa route aux côtés des damnés de cette terre, de ces hommes rêches mais sensibles, fracassés par une vie trop dure pour eux. Après les coups et les bosses des boxeurs cubains dans Mal tiempo, le voici plongé cette fois dans un univers de braises et de mots : celui des chanteurs de flamenco, ces vagamundos éternels grandis au sein de l'âme gitane...
Dans une langue typiquement flamenca, qui épouse le mouvement heurté et les sonorités lancinantes des nuits ibériques, l'auteur de Nullarbor signe une épopée fiévreuse, faite de gloire, de déchéance et de rédemption. Un conte aux accents poétiques, qui sonne comme un hommage appuyé à ces hommes et ces femmes...
Sa propre maîtrise du compás est la promesse d'un festin littéraire, à savourer au son des mélopées de Terremoto de Jerez ou de Paco de Lucía. (Julien Bisson - Lire, septembre 2013)

Ni guitariste ni Gitan, David Fauquemberg a véritablement joué la musique qui le passionne en composant " Manuel El Negro "...
Malgré un important travail documentaire, ce texte fiévreux, habité, n'a rien d'un essai ethnologique ou musical. Il se glisse entre le rêve et la réalité. Un territoire d'émotions communes, tangibles, réelles, à l'image de la musique des Gitans d'Andalousie (dont la représentation romanesque avant Manuel El Negro se cantonnait à des scènes de genre ou de détail). David Fauquemberg voulait " jouer le flamenco " avec ce livre ; il en livre une interprétation qui pleure et qui rit, enivrante et saisissante. (Nils C. Ahl - Le Monde du 3 octobre 2013)

Pourquoi le lire ? Parce que le flamenco n'est pas une danse, un chant, un art, une tradition, une culture, une discipline, une langue. Non. Le flamenco est un rêve, c'est un roman. Il n'y avait rien à inventer, il y avait juste à raconter. Il était temps que quelqu'un s'en charge, par-delà les Pyrénées. C'est chose faite, et si bien faite. Parce que tout le feu du flamenco tient dans ce roman : el toque (la guitare de Melchior), el cante (la voix de Manuel), el baile (la danse de Rocio, avec ses coups de talons furieux, son corps tendu, ses mains comme deux oiseaux). Et parce que la langue de Fauquemberg est comme la musique qu'il raconte, elle frappe, secoue, bouleverse. Elle donne du sens et de la vie. (Marine de Tilly - Le Point du 17 octobre 2013)

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