9782352600183: Autour de l'autel roman catalan
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Extrait :

LES ENJEUX DE LA CONSÉCRATION D'AUTEL EN CATALOGNE À L'ÉPOQUE ROMANE (XIe -XIIe SIÈCLES)

Michel ZIMMERMANN
(Professeur d'Histoire à l'université de Versailles-Saint Quentin en Yvelines, Membre correspondant de l'Institut d'Estudis Catalans)

Dans un colloque réunissant des historiens de l'art, c'est comme historien des textes que j'interviendrai et m'interrogerai sur la signification et la portée des actes de consécration d'autel ou d'église, qui nous sont parvenus en si grand nombre de l'espace catalan pour les siècles considérés. Mon propos s'inscrit donc clairement dans le courant actuel de recherches sur la sacralisation de l'espace (ou la territorialisation du sacré) dans la Chrétienté médiévale.
Qu'est-ce qu'un autel ? J'emprunterai une définition à de récents dictionnaires du Moyen Âge :
- «L'autel chrétien est un élément central du déroulement de la liturgie chrétienne; c'est autour et en fonction de lui que se sont développés l'espace liturgique et son décor. Simple table (mensa) au cours des premiers siècles, il a pour seule fonction de servir à la commémoration du repas eucharistique.» (Dictionnaire Encyclopédique du Moyen Age),
- «Meuble essentiel des églises, en bois ou en pierre, l'autel, en forme de coffre ou de table, sert au sacrifice eucharistique [...]. Le maître-autel, dans l'axe du sanctuaire, peut être accompagné d'autels secondaires. On conserve aussi des autels portatifs. D'abord couvert d'une nappe, il est peu à peu enrichi d'ornements, croix, cierges, parements, retable.» (Dictionnaire du Moyen Âge)
- «Table de bois ou de pierre, carrée ou rectangulaire [...] sur laquelle le prêtre célèbre l'Eucharistie.»
Les premiers chrétiens choisirent de distinguer clairement leur autel (où le sacrifice renouvelé du Christ actualise la promesse de la Rédemption) en lui réservant le nom d'altare, qui existe dans l'Antiquité païenne, mais est beaucoup moins fréquent qu'ara et est toujours utilisé au pluriel. C'est Cyprien de Carthage qui, au IIIe siècle, a imposé le terme altare afin de le distinguer des aras diaboli, lieux de culte des païens. Le christianisme perpétue l'usage du singulier; l'autel où le Dieu unique se donne en sacrifice ne peut être lui-même qu'unique. L'Église de Dieu étant partout, l'autel est unique : lntroibo ad altare, trado ad altare...
Dès 517, le concile d'Epaone recommande que l'on ne consacre que des autels en pierre. Cette recommandation devient obligation à l'époque carolingienne, même pour les autels portatifs qui, jusqu'alors, étaient fréquemment en bois, recouverts d'un plaquage de matériaux précieux. Au nom de l'unité du diocèse, Hincmar de Reims accepte l'usage d'autels portatifs, mais oblige ses prêtres à les faire consacrer et exige qu'ils consistent en une table de marbre ou de pierre.
Très tôt, les Chrétiens confèrent à l'autel un symbolisme nourri de nombreux passages de l'Écriture Sainte où il est question d'un sacrifice. Les mentions d'autels sont en effet innombrables dans l'Ancien Testament; elles désignent le plus souvent des objets naturels non fabriqués par l'homme qui définissent un espace sacré, choisi par Dieu, réservé à Dieu et aux sacrifices, parfois aussi des objets fabriqués par l'homme avec des matériaux nobles.
Genèse, XXII : l'autel érigé par Abraham en vue du sacrifice d'Isaac.
Genèse. XXVIII, 20-22 : le songe de Jacob.
Exode, XX, 22-26 : l'alliance de Dieu avec Moïse.
Exode, XXVII-XXVIII : la fabrication de l'autel dans le cadre de la mise en place des institutions cultuelles.
Deutéronome, XXVIII, 4-6 : la célébration de l'Alliance et la liturgie de Sichem.
I Rois, VI, 7 : la construction du Temple.
I Rois, VI, 20-22 : la fabrication par Salomon de l'Arche d'alliance déposée dans le Temple.
Ézéchiel, XLIII, 13-17 : la description de l'autel du Temple.
On rencontre aussi plusieurs cas d'autel mémorial érigé sur un lieu de mémoire, en plein air.

Présentation de l'éditeur :

AUTOUR DE L'AUTEL ROMAN CATALAN
Journée d'étude du 29 mai 2006. Institut Cambó & Centre d'études catalanes de l'université Paris-Sorbonne

Édition établie par Denise BOYER et Michel ZIMMERMANN

Avec la participation de MICHEL ZIMMERMANN (Professeur d'histoire à l'université de Versailles-Saint Quentin en Yvelines), MONTSERRAT PAGÈS (Conservatrice du Département d'art roman du Museu Nacional d'Art de Catalunya), MIQUEL GROS (Directeur de l'Arxiu i Biblioteca Episcopal de Vie), XAVIER DECTOT (Conservateur du patrimoine au Musée national du Moyen Âge), EDUARD CARBONELL (Professeur d'histoire de l'art médiéval à l'université de Gérone), GÉRALDINE MALLET (Maître de conférences à l'UFR d'histoire de l'art de l'Université de Montpellier), JORDI CAMPS I SÒRIA (Conservateur au Département d'art roman du Museu Nacional d'Art de Catalunya), OLIVIER POISSON (Inspecteur général des Monuments historiques).

La Catalogne a le privilège d'avoir conservé une importante partie de son patrimoine roman, dont un grand nombre de tables et devants d'autel et de retables peints ou sculptés, ainsi que les actes de consécration d'églises et autres documents permettant de replacer ces témoignages artistiques et liturgiques dans le contexte historico-religieux des XIe et XIIe siècles. Les communications réunies ici évoquent à la fois la réalité matérielle de l'autel roman catalan, les valeurs symboliques qui lui sont attachées et sa signification historique.

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