Wong Kar-wai, la modernité d'un cinéaste asiatique

 
9782355160332: Wong Kar-wai, la modernité d'un cinéaste asiatique
Extrait :

Extrait de l'introduction :

Depuis plusieurs années, Wong Kar-wai occupe une place à part dans le cinéma asiatique. Sa carrière où dominent des oeuvres personnelles le rapproche d'auteurs comme Michelangelo Antonioni ou Jean-Luc Godard. A présent qu'une nouvelle étape s'ouvre avec My Blueberry Nights, son premier long métrage en langue anglaise, il semble intéressant de s'interroger sur ce qui constitue la singularité du cinéaste. Conformément aux lois qui régissent l'industrie cinématographique de Hong Kong, Wong Kar-wai commence sa carrière par trois films de genre : As tears go by (1988), Nos années sauvages (1991), et Les Cendres du temps (1994). Si le premier est un film de gangster ou film de triades, le troisième est un film de sabre ou «wu xia pian». Quant au second, il s'agit de la première oeuvre de l'auteur située dans les années soixante. S'il ne s'agit par à proprement parler d'un genre, Wong Kar-wai reprend cependant ce cadre dans In the mood for love et 2046 jusqu'à en faire un genre en soi. Après ce premier cycle, il tourne trois films contemporains : Chungking Express en 1994, Les Anges déchus en 1995, et Happy Together en 1997. C'est avec Chungking Express que le nom de Wong Kar-wai est découvert en Occident. Situé à Hong Kong autour de la date du 1er mai 1994, Chungking Express passe d'une intrigue policière à une histoire sentimentale. Le cinéaste apparaît comme celui qui saura rendre compte de la rétrocession de Hong Kong à la Chine le 1er juillet 1997. Ce sentiment est renforcé par Les Anges déchus. En quit­tant l'Asie pour Buenos Aires, Happy Together déjoue ces pronostics. L'auteur semble s'éloigner de ses grands thèmes qu'il retrouve différemment. Il réalise ainsi un de ses films les plus libres et dépasse l'opposition entre le scénario et la mise en scène en abandonnant la trame policière. En 2000, In the mood for love marque un tournant. Il s'agit d'une oeuvre classique qui contraste avec les préoccupations des films précédents. Pour la première fois, le cinéaste met en scène des personnages adultes et mariés. Le nom de Wong Kar-wai s'impose à un plus large public. En 2004, 2046 propose une suite libre à In the mood for love. La diversité des styles de Wong Kar-wai n'en témoigne pas moins d'une grande cohérence. Si les premiers films relèvent du maniérisme par un travail essentiellement formel, l'auteur opère une sortie des genres qui le rapproche de la modernité. Avec In the mood for love et 2046, au film classique répond un film baroque. Le cinéaste pense la relation entre les contraires dans un souci de continuité qui permet de ne plus opposer mais de réfléchir à une relation entre différentes formes. En menant une réflexion sur la passion, le cinéaste met en relation l'Asie et l'Occident et veut dépasser certaines oppositions tout en prenant en compte la particularité de la culture asiatique et occidentale. L'oeuvre prolonge ainsi une réflexion sur la modernité en la situant dans des enjeux contemporains. Le cinéma de Wong Kar-wai est indissociable de la situation politique de Hong Kong. Dans un texte paru dans Libération le 19 juillet 1985 sous le titre «Hong Kong a le blues», Serge Daney soulignait la particularité de l'ancienne colonie britannique : être un territoire sans histoire à l'exception de l'occupation japonaise de 1941 à 1945 et des manifestations prochinoises de 1966 et 1967. Au moment où Daney écrit une nouvelle date apparaît dans l'histoire de Hong Kong, le 1er juillet 1997, soit l'échéance de la rétrocession de la colonie à la Chine. Hong Kong possède ainsi un passé et un futur. C'est dans ce contexte que s'inscrit l'oeuvre de Wong Kar-wai. On remarque que le cinéaste s'intéresse non seulement à Hong Kong mais aussi à l'Asie dans son ensemble et plus généralement aux pays du Sud en prenant en compte leur histoire avec l'Occident. A plusieurs reprises, le cinéaste revient sur les années soixante comme à un moment fondateur. La décennie correspond à la modernité cinématographique en Europe ainsi qu'à l'apparition de nouveaux pays anciennement colonisés redéfinissant une nouvelle carte du monde et du cinéma. Ce retour aux années soixante est surtout présent dans les films des années 2000 à travers le diptyque In the mood for love et 2046. Cette prise en considération de l'Asie et de l'Occident ainsi que du premier et deuxième siècle du cinéma définit la particularité de l'auteur.
L'originalité de Wong Kar-wai doit beaucoup à des éléments biographiques.
Né à Shanghai le 17 juillet 1958, il immigre avec ses parents à Hong Kong en 1963. L'enfant qui parle le mandarin découvre un autre dialecte, le cantonais qui diffère par les tons, les sons, et le vocabulaire. Ancien marin, son père est directeur d'hôtel et de night-club. Après le déclenchement de la Révolution culturelle en 1966, son frère et sa soeur aînés restés à Shanghai ne peuvent les rejoindre. L'enfant échange avec eux une correspondance où il est beaucoup question de littérature. Outre le cinéma où l'emmène sa mère, et la lecture, une passion qu'il partage avec son père, Wong Kar-wai s'intéresse à la photographie. Après des études d'art graphique à l'École Polytechnique de Hong Kong, il entre à la HKTB pour suivre un stage d'assistant producteur. En 1981, il intègre le département scénario de «Cinéma City», puis exerce la profession de scénariste de manière indépendante de 1982 à 1987.

Présentation de l'éditeur :

Si Wong Kar-wai est un cinéaste-cinéphile, il n'en est pas moins sensible à l'Histoire. Né à Shanghai en 1958, il accompagne ses parents à Hong Kong en 1963. Après avoir fait ses preuves dans l'industrie cinématographique comme scénariste, il commence sa carrière par des films de genre et se fait connaître en Occident avec trois films contemporains qui accompagnent la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997. Les années 2000 marquent un tournant dans son oeuvre à travers le diptyque In the mood for love et 2046. C'est en s'appuyant essentiellement sur ces deux films que Bamchade Pourvali montre comment à travers le thème de la passion, Wong Kar-wai s'intéresse aux relations entre l'Asie et l'Occident pour définir une histoire commune à ces deux parties du monde.
Bamchade Pourvali termine une thèse de doctorat sur l'Essai filmé à l'université de Paris lll-Sorbonne Nouvelle. Il est l'auteur de Chris Marker (Cahiers du cinéma, 2003) et Godard neuf zéro, les films des années 90 de Jean-Luc Godard (Séguier, 2006).

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