Les laboratoires. Une autre histoire du théatre

9782355391538: Les laboratoires. Une autre histoire du théatre
Extrait :

«Imaginons que vous assistiez à une séance du laboratoire. Vous verrez un acteur assis, c'est la statique. Il prononcera trois fois le même mot. Et c'est tout ce que vous verrez. Et c'est tout ce que vous entendrez. Si vous restez un peu plus longtemps, vous verrez l'acteur bouger et prononcer quelques mots. Mais voir cela, quand on ne comprend pas ce qui se passe, ce n'est déjà pas simple. Vous allez dire : «Mais que font ces gens ? Quelle est cette activité bizarre ?» Parce que, quand même, ça a l'air sérieux, ce qu'ils font...»

Anatoli Vassiliev

D'avril à juin 1996, l'Académie expérimentale des théâtres organisait une session de travail sur les mécanismes qui régissent la vie et la pratique de l'acteur. Dix jeunes comédiens, essentiellement français, purent suivre dans ce cadre des séances pratiques et théoriques (démonstrations, exercices, conférences) dirigées par Anatoli Vassiliev et Jerzy Grotowski. En cette fin de XXe siècle, la rencontre de ces deux maîtres ne pouvait se placer que sous les auspices de celui dont tous deux se reconnaissaient comme des disciples aussi iconoclastes que respectueux, Constantin Stanislavski. Ce n'est pas le directeur de théâtre, ni le metteur en scène, ni même l'acteur qu'ils honoraient, mais le Stanislavski expérimentateur, celui des studios et d'un Système de travail de l'acteur sur lui-même qui n'a de définitif qu'un incessant appel à poursuivre la recherche. Contre la réification de son enseignement, ces deux rebelles entendaient redécouvrir ce qui fut le moteur de la «vie dans l'art» de leur inspirateur : une rébellion permanente corrélative d'un souci constant d'inventer une tradition, soit les aspirations essentielles de la modernité artistique de ce siècle. Avec Anatoli Vassiliev, les séances eurent lieu à Moscou, dans son École d'art dramatique ouverte en 1987 rue Povarskaïa, dans la rue même où, en 1905, Stanislavski avait offert à son disciple turbulent, Meyerhold, un espace et un temps inédits dans l'histoire du théâtre, un studio, le premier laboratoire du siècle. Avec Jerzy Grotowski, le travail se déroula à Pontedera, en Italie, dans le Centro per la Sperimentazione e la Ricerca Teatrale, qui l'accueillit en 1986 pour prolonger son Théâtre Laboratoire polonais et les recherches para-théâtrales qui lui firent suite. La session dans sa totalité s'intitulait le «Laboratoire d'acteur».
Ainsi, de Stanislavski à Grotowski et Vassiliev, cette notion de laboratoire traverse le siècle et le continent, et, à travers elle, c'est une autre histoire du théâtre qui se profile, souterraine, presque invisible et pourtant essentielle. Dans le même cycle de cours avec des artistes de théâtre français, Anatoli Vassiliev souligne le paradoxe du laboratoire, qui nécessite selon lui «un courage surhumain» et qui, relevant d'un «choix personnel», «ne peut donc pas constituer un phénomène social». Mais c'est pour ajouter aussitôt que «le théâtre, tout le théâtre, le grand théâtre, ne repose que sur cet exploit, sur ce geste». Le plus social de tous les arts ne retrouverait ainsi son sens que dans l'action de quelques individus exceptionnels s'isolant dans une unité de recherche qui les libérerait momentanément «de la hâte propre à toute entreprise de spectacle, des contraintes d'horaires, de délais, de rendement immédiat et de caisse». Et pour figurer cette posture de retrait, Vassiliev retrouve les deux modèles invoqués par les pionniers du laboratoire théâtral : celui du monastère et celui de «l'atelier d'un peintre, où il est seul et où personne ne le regarde faire». Le sens que le laboratoire permettrait au théâtre de retrouver dans ses périodes de crise, ce serait donc toujours, un siècle après Stanislavski et Meyerhold, l'idée qu'il est une religion et un art. Ou qu'il est un art uniquement si on lui voue un culte et si l'homme de théâtre est porté par une vocation si forte qu'elle peut le pousser à se retirer au désert pour se prémunir des compromissions de ce monde et redécouvrir l'essence d'une quête.

Présentation de l'éditeur :

Ce livre raconte une histoire, une autre histoire du théâtre. C'est une histoire de famille.
Le grand ancêtre s'appelle Constantin Stanislavski, qui invente en 1905 un nouvel espace-temps théâtral, «ni théâtre, ni école» : un Studio d'expérimentation dont il confie la direction à son premier fils rebelle, Vsevolod Meyerhold. Ainsi, sur le double modèle des sciences et des arts plastiques, s'ouvre l'ère des laboratoires : un collectif ad hoc y mène, sous la direction d'un maître, un projet de recherche dans différents domaines de la pratique théâtrale, indépendamment de la nécessité de produire un spectacle devant un public. C'est d'abord l'incroyable aventure des Studios du «système» : Leopold Soulerjitski, Mikhaïl Tchékhov, Richard Boleslavski, Evgueni Vakhtangov, et d'autres, mettent à l'épreuve les intuitions de Stanislavski, les révisent, les diffusent à travers le monde. Au même moment, Vsevolod Meyerhold, Edward Gordon Craig, Jacques Copeau, mêlent l'enseignement et la recherche dans une forme réalisée ou utopique d'école expérimentale plus centrée sur «un théâtre théâtral». Dans cette première moitié du vingtième siècle, le mode d'organisation du collectif s'inspire de la communauté artistique ou religieuse, ou bien, comme chez Meyerhold en URSS, de l'avant-garde politique. Après la seconde guerre mondiale, «l'esprit de studio» rejaillit malgré les scléroses et les interdits totalitaires. Maria Knebel, puis Jerzy Grotowski, retrouvent le chemin rigoureux et libérateur du laboratoire, donnant ainsi l'élan aux aventures ultérieures de Peter Brook, d'Eugenio Barba ou d'Anatoli Vassiliev.
Suivre cette notion de laboratoire à travers le siècle et les continents, c'est s'intéresser à des aventures singulières, mais aussi tenter de reconstituer une lignée qui, par-delà l'éphémère des spectacles, inscrit le travail théâtral dans le temps long de la recherche, et de ce fait propose les expériences parmi les plus fécondes de celles qui ont émaillé l'histoire du théâtre de 1905 à nos jours.

Par chance et surtout par vouloir, Jean-Manuel Warnet vit et travaille dans le Finistère, à Brest. Agrégé de Lettres, il a soutenu en 2005 une thèse qui, largement remaniée, devient le présent livre. Maître de conférences en Études théâtrales à l'université de Bretagne occidentale (Brest), il y enseigne la littérature et le théâtre et y dirige le master Management du spectacle vivant. Dans cette même ville, il est membre d'un collectif de création artistique, Le Maquis, et a récemment mis en scène avec sa compagnie Les Filles de la pluie : La Crosse en l'air de Jacques Prévert et Un Mystère-Bouffe de Vladimir Maïakovski.

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Edité par L'Entretemps (2014)
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