A perpétuité - Relégués au bagne de Guyane

 
9782363580658: A perpétuité - Relégués au bagne de Guyane
Extrait :

Extrait de l'introduction

«Je pars, moi, de cette idée qu'il y a des incorrigibles et qu'un certain nombre de condamnations à raison des faits, de certains délits font la preuve de cette incorrigibilité. [...] Je crois fermement, profondément, ce qui est la raison d'être de la loi elle-même, qu'il y a des natures incorrigibles, des hommes vis-à-vis desquels il faut prendre des mesures spéciales et pour lesquels les peines ordinaires ne suffisent pas.»

Existe-t-il des natures humaines incorrigibles ? Des individus marqués par un atavisme qui les maintiendrait dans un état criminel permanent ? Des individus en guerre ouverte avec la société, à rebours de tout progrès social, incapables de s'intégrer au monde des honnêtes gens ? Des individus si pervertis qu'il serait nécessaire «d'épurer [...] la nation de [ces] ferments impurs, [...] de combattre, de détruire, si faire ce peut, ces germes qui se répandent dans toutes les parties du corps social pour y engendrer le crime et le vice» ? Des individus qui représenteraient une menace pour l'ensemble de la société, un «mal qui n'est pas seulement contagieux, [mais] épidémique» et incarneraient un tel risque qu'il faudrait empêcher «cette contagion, cette inoculation du vice [en protégeant] la partie saine de la population» ?
Ces incorrigibles ont bel et bien existé, tout au moins pour le ministre de l'Intérieur, Pierre Waldeck-Rousseau, qui fut à l'origine, en 1885, d'une loi destinée à les réprimer durement en les exilant sur le sol d'une colonie sans espoir de retour. La loi sur la relégation des récidivistes, votée à une écrasante majorité le 12 mai 1885 et promulguée le 27 mai suivant, entraîne en effet l'internement à perpétuité, en Guyane ou en Nouvelle-Calédonie, de criminels et de délinquants récidivistes - essentiellement des individus condamnés pour des délits de vol simple, de vagabondage et de rupture de ban.
Leur élimination sociale repose sur une mécanique unique dans l'histoire du droit pénal français. La relégation aménage une «présomption irréfragable d'incorrigibilité» qui repose sur la notion de quantum : un certain nombre de peines, une certaine quantité d'infractions, inscrites au casier judiciaire d'un condamné récidiviste, entraînent le prononcé obligatoire pour le magistrat de la peine de relégation. La loi détermine ainsi un seuil positif, matériel, qui consacre l'existence de criminels et de délinquants dits incorrigibles.
De 1887 à 1949, 22163 incorrigibles ont ainsi subi leur peine de relégation au sein des bagnes coloniaux de Guyane et de Nouvelle-Calédonie. De 1887 à 1897, près de 3800 hommes et de 470 femmes ont été internés en Nouvelle-Calédonie. La Guyane a reçu quant à elle, de 1887 à 1953, près de 17 375 hommes et de 519 femmes. L'incorrigible n'est donc pas un concept creux : il s'est matérialisé à travers le sort tragique de milliers d'individus exilés hors du sol de la métropole et de certaines colonies de l'empire français.

Revue de presse :

De tous les parias qui se retrouvèrent un jour dans les bagnes de Guyane, les plus infortunés furent sans conteste les «relégués»...
La relégation, c'était l'oubliette de la République, le réceptacle de toutes les misères sociales, le «résidu des hommes tarés». Sa fonction, c'était l'exil et l'élimination. C'est pourquoi le débat sur le bagne, qui débuta après l'enquête d'Albert Londres en 1923, ne la concerne pas. En mars 1938, on abolit la transportation, mais pas la relégation. D'ailleurs, 673 nouveaux relégués partirent pour la Guyane en décembre de la même année. Il faut attendre 1945 pour que l'on se décide à organiser «la liquidation de cette erreur», qui avait broyé 18 000 personnes depuis 1885. On rapatria alors ceux des relégués qui étaient encore en vie (la mortalité avait atteint 40% pendant les années de guerre), qu'on balada ensuite de centres fermés en centres d'observation. Ce n'est qu'en juillet 1970 qu'on supprima en ce pays la peine accessoire de la relégation. (Dominique Kalifa - Libération du 6 février 2014)

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