Que peindre ? : Adami, Arakawa, Buren

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9782705666507: Que peindre ? : Adami, Arakawa, Buren
Extrait :

La présence

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Il dit que, aujourd'hui comme toujours, le peintre ne fait rien, quelque voie qu'il prenne, que chercher à saisir la présence sensible. Je soutiens que, par tous les bouts qu'on croie l'attraper, elle s'échappe. Qu'elle ne peut être saisie que différée. Même, que la saisir, c'est la différer. Il y a bien des manières de la saisir en peinture. Le philosophe sait qu'elle se diffère toute seule, sans manière, ou de toute manière. Il suffît qu'on réfléchisse. À la réflexion, le moindre coup d'oeil paraît chargé de présupposés, et de ces sous-entendus qu'il faudrait appeler des «sous-vus», sans compter les conditions physiques, physiologiques, socioculturelles qui le rendent possible. Comment peindre, offrir un objet au coup d'oeil, sans prendre en considération tous ces attendus du regard ? La présence immédiate d'une touche de couleur cache des mondes de médiations, que le peintre qui la place ne peut pas ignorer, s'il n'est pas un barbouilleur. Et aujourd'hui, moins que naguère. La tradition picturale s'est enrichie de mille manières, inconnues il y a même un siècle, d'abord. Ensuite le contexte techno-scientifique contemporain bouleverse à fond les conceptions de l'espace et du temps, et l'expérience qu'on en a. Le scepticisme du peintre à l'égard des données et des formes de la présence sensible ne peut aller qu'en s'aggravant. Le «doute» se propage de Cézanne à Buren, de Duchamp à Arakawa, de Raphaël à Adami.
Je soutiens que l'histoire, occidentale évidemment, de la peinture ne peut raconter que le déclin de la présence sensible, parce que l'histoire de la peinture est une partie de l'histoire de la connaissance de l'esprit par lui-même. À mesure qu'il interpose ses formations, objectives et subjectives, entre lui-même et le sensible, l'esprit éloigne, médiatise ce dernier, il en affaiblit la présence. Je veux dire : en tant qu'elle est reçue, du moins. Il contrôle davantage la donation du visible. Le donné devient ce que l'esprit se donne, l'événement sensible ce que l'esprit peut se donner à sentir. À sa propre surprise, éventuellement, puisqu'il n'aura jamais fini de se connaître. Cet événement vient s'ajouter au savoir et le modifie. La spéculation ne cesse de gagner sur la naïve réception. L'art de la présence se meurt. L'art de la différer s'accroît. Si la peinture était, comme il dit, en quête de la présence avant tout, elle serait moribonde. L'esthétique au contraire, qui ne fait que commenter les médiations qui permettent l'immédiat sensible, se porterait à merveille. De fait la peinture d'aujourd'hui ne cesse de se commenter elle-même, et de faire sa propre esthétique non seulement par le texte, mais aussi par lignes et couleurs. C'est ainsi qu'elle est vivante, en montrant que la présence est absente.

Présentation de l'éditeur :

Que peindre ? est une méditation philosophique sur l'art pictural contemporain et sur l'objet essentiel de la peinture qu'est la présence.
Contrairement à ce que l'on croit souvent, l'art pictural n'a pas pour objet la représentation ; il porte davantage sur la présentation - du moins, un certain type de présentation, puisque l'art montre qu'il y a de l'imprésentable. Telle est, selon Lyotard, l'essence aporétique de la présence que révèle la peinture. Mais comment s'y prend l'art moderne pour saisir cette présence qui se refuse à tout discours (qu'il soit discursif ou narratif) ?
C'est à travers l'étude des oeuvres de trois artistes (Adami, Arakawa, Buren) que Jean-François Lyotard entreprend de répondre à cette question éminemment philosophique. Dans ce livre, composé en 1987, Jean-François Lyotard livre les clefs de sa pensée esthétique en même temps qu'il se révèle être un véritable artiste de la pensée : ici, la langue pense. Et c'est cette pensée de la langue que le philosophe met au coeur de son oeuvre pour éclairer l'énigme de la présence, notamment selon les modalités de l'art de la fugue, que sont la polyphonie et le contrepoint. Ultimement donc, ce que propose Lyotard, c'est une nouvelle manière de philosopher, comprise comme l'activité de «penser à travers les yeux», nouvelle posture de la philosophie qui la met directement en dialogue avec l'acte d'imaginer, c'est-à-dire de «voir en pensée».

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1.

Jean-François Lyotard
Edité par Editions Hermann (2008)
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