La circulation entre les savoirs au siècle des Lumières : Hommages à Francine Markovits

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9782705682156: La circulation entre les savoirs au siècle des Lumières : Hommages à Francine Markovits
Extrait :

Extrait de la préface de Didier Deleule, Université Paris Ouest Nanterre

Une vieille complicité à l'Université de Nanterre, dans les jury de concours et en bien d'autres circonstances relevant des institutions, m'amène à réserver à Francine Markovits, sinon un traitement apologétique - ce qu'elle récuserait à coup sûr -, du moins le bref témoignage d'une amitié intellectuelle sans faille.
À ce propos, un épisode universitaire me revient à l'esprit. Lors de la soutenance de thèse de doctorat d'État de Catherine Larrère à la Sorbonne au début des années 1990, alors que je siégeais parmi les membres du jury, Yvon Belaval (directeur de la thèse) déclara que l'ouvrage qui l'avait récemment le plus marqué concernant la philosophie du xXVIIIe siècle était le livre de Francine Markovits : L'Ordre des échanges ; je lui signalais que l'intéressée était dans la salle, parmi le public. Cet hommage, à la fois discret et retentissant, émanant de l'un des plus grands spécialistes de la période, était plus qu'un signe, un symbole, autrement dit une marque de reconnaissance. Yvon Belaval, expert en circulation des idées et des concepts, avait su apprécier à sa juste valeur cette potentielle disciple qu'il n'avait pas encore rencontrée et qui, d'un coup, renouvelait à sa manière notre vision du siècle des Lumières en lui conférant, par delà les structures bien installées ou les mouvances incertaines, une vision quasi kaléidoscopique où le croisement des images réfractées crée une configuration d'abord invisible tout en effaçant les contours qui en permettent la réalisation. Ce que suggère peut-être le titre même du grand livre : L'Ordre des échanges, à entendre non pas comme une émergence spontanée et harmonieuse, mais bien plutôt comme une construction problématique et non dépourvue d'éléments conflictuels, toujours susceptible de réaménagements imprévus. Les contributeurs au présent ouvrage ont su, chacun dans la perspective qu'il s'est choisie, restituer avec bonheur les attendus et les implications d'une telle vision.
Le dernier ouvrage publié (Le Décalogue sceptique. L'universel en question au temps des Lumières, Paris, Hermann, 2011) rassemble à lui seul toutes les raisons de l'attention que l'on peut porter à une oeuvre à la fois classique dans sa forme et adroitement décalée quant au fond, propre dès lors à conférer à son auteur la distinction honorifique d'une originalité bien tempérée. S'il est vrai que c'est souvent à l'arrivée que l'on saisit les véritables raisons du point de départ, comme on peut aisément le vérifier à l'occasion, le recueil qui réunit des études rédigées pendant une vingtaine d'années et qui traite aussi bien de l'histoire naturelle (et de ses figures emblématiques : l'homme-machine de La Mettrie, la statue de Condillac, l'aveugle-né et le sourd-muet de Diderot), d'une éthique du sensible (La Mettrie derechef, mais surtout Rousseau) ou d'une politique du savoir appuyée sur une prise en compte de la contingence (Naudé, Bayle, X Encyclopédie), en livre dans son Introduction le secret jusqu'alors préservé. Ce n'est évidemment pas la première fois qu'une perception uniformisante des Lumières se trouve remise en question et que le triomphe sans partage d'une raison souveraine est objet de discussion ; mais l'intérêt de la démarche de Francine Markovits réside en ceci que, sous le patronage de Bayle notamment et de La Mothe le Vayer pour le titre même («le décalogue sceptique»), se met en place une grille de lecture qui convoque les modes sceptiques traditionnels tout en en renouvelant l'interprétation : «les tropes sont une critique de la recherche du point fixe, autant dans la configuration des savoirs que dans la construction du sujet du savoir.» Et c'est ici que s'instaure le partage, sans rupture réelle dans la mise en oeuvre des procédures, entre scepticisme antique et scepticisme moderne : celui-là se préoccupe d'abord des modalités variables des savoirs et des critères qui les accompagnent, celui-ci s'intéresse en priorité au statut du sujet en assumant simultanément le refus de la substantialité et la critique de la souveraineté. De là, les deux notions fondamentales qui sont comme la boussole qui nous oriente dans cette aventure (ou cette «promenade» du sceptique) en lieu et place d'un problématique point d'Archimède : le déplacement et le dessaisissement. Le sujet se déplace, circule, ne tient pas en place (ou plutôt, ne se tient pas en place) ; mais il est aussi l'objet d'un dessaisissement de la maîtrise première et totale de ses représentations et de ses actions : il est en partie construit «par les savoirs et les institutions». Les études consacrées à Diderot, Condillac et Rousseau entre autres procèdent, sur ce chemin, à une analyse du statut du sensible qui a fait voler en éclats (au sens strict) le sujet cartésien dans sa version substance pensante au profit d'un sujet pluralisé encore que non accidentel.

Présentation de l'éditeur :

Cet ouvrage collectif constitue un hommage à Francine Markovits, spécialiste de Diderot et des Lumières, dont l'oeuvre a révélé l'importance d'un «ordre des échanges» éclairant les relations entre des domaines que l'on a souvent tendance à séparer.
Les diverses contributions de cet hommage concernent les Lumières, avec quelques excursions dans le XVIIe siècle, et s'intéressent à différentes manières de circuler entre les savoirs, que ce soit la philosophie, les sciences de la nature, celles de la société et de l'homme. Il est ainsi question d'interprétation de la nature, de médecine et de chimie, mais aussi d esthétique, d'anthropologie et de politique. Contre la tendance à classer les «disciplines» et à transformer les Lumières en système, les chapitres de ce livre tissent des réseaux de relations complexes, parfois étonnants, qui sont autant de parcours dans la philosophie et les savoirs de l'âge classique. Une question politique demande une théorisation anthropologique, elle-même renouvelée par le scepticisme et le spinozisme, les arts se mêlent aux sciences pour façonner une philosophie expérimentale, le matérialisme et l'empirisme se nourrissent de la chimie et de la médecine.
Derrière une pluralité de figures (l'aveugle, l'artiste, le savant, le philosophe) et d'auteurs (Rousseau, Spinoza, Montesquieu, Bayle, La Mettrie), se dessine un type de circulation entre les savoirs particulièrement bien mis en valeur par Diderot et l'Encyclopédie.

François PÉPIN est Docteur eu philosophie. Il est chargé de cours et chercheur associé à l'université de Nanterre-Paris Ouest et a écrit une vingtaine d'articles sur Diderot, la philosophie du XVIIIe siècle, l'épistémologie et la philosophie des sciences.

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