L'art victime de l'esthétique

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9782705688707: L'art victime de l'esthétique
Extrait :

Extrait de l'introduction

Ce livre est la défense d'une thèse : celle selon laquelle l'art a été, à un moment de son histoire, victime de l'esthétique. Une telle formule a de quoi surprendre, «esthétique» étant le terme qu'on utilise pour désigner un ensemble de significations qui se déploie autour de l'art. Ne considère-t-on pas volontiers que l'art est naturellement lié au beau ? Un recueil des textes de Baudelaire sur l'art ne s'intitule-t-il pas Curiosités esthétiques} Les jugements que nous portons sur les oeuvres ne sont-ils pas des jugements esthétiques} Tous ces usages du terme attestent les liens très étroits qu'entretiennent pour nous l'esthétique et l'artistique. Au point que les deux mots sont très largement utilisés comme des synonymes. Cette assimilation est donc un fait dont il faut faire le constat. Mais constater qu'il en est ainsi ne signifie pas qu'il est naturel, nécessaire et bon qu'il en soit ainsi. Je soutiendrai au contraire que cette assimilation de l'artistique et de l'esthétique n'est ni naturelle ni souhaitable. Loin de correspondre à une essence supposée de l'art, elle est le fait d'un moment historique déterminé et d'une aire géographique limitée. Loin d'être requise, elle produit le dépérissement de l'art et l'appauvrissement de l'expérience artistique.
Cette thèse ne s'inscrit pas en faux contre une autre thèse, mais contre ce que j'appelle le paradigme esthétique de l'art et que j'abrévierai désormais en PEA. Un paradigme n'a pas la netteté, la rigueur et la cohérence d'une théorie consistante ; il est un ensemble assez flou de croyances et de valeurs plus ou moins unifiées, formant quelque chose comme une vision du monde. De même que les paradigmes scientifiques1 sont des ensembles de présupposés fondamentaux par le biais desquels les savants ou les scientifiques abordent les faits, de même un paradigme artistique est un ensemble de pensées, de croyances et de valeurs qui s'impose aux membres d'une communauté donnée et conditionne leur rapport aux oeuvres. Nous savons qu'il n'y a pas d'oeuvre d'art en soi qui pourrait être identifiée et appréciée comme telle sans la médiation d'une sorte d'atmosphère de théorie artistique. L'art n'est pas fait que d'oeuvres ; il est aussi fait de mots pour les dire, de concepts pour les catégoriser, de théories pour les penser et de valeurs pour les apprécier. Cette weltancshauung de l'art accompagne nécessairement le rapport à ses produits ; elle informe l'attente des récepteurs et façonne la pratique des producteurs. Cette atmosphère théorique qu'est le paradigme nous est aussi invisible que l'air que nous respirons, aussi insensible que la pression atmosphérique sans laquelle nos gestes et nos mouvements ne seraient pourtant pas ce qu'ils sont : elle est le milieu de notre rapport à l'art. Aussi ne nous apparaît-elle pas comme une configuration particulière d'idées mais sous la forme de principes incontestables, universels et immuables. Si bien que tant que le paradigme s'impose, il n'apparaît pas comme tel. Il est la tache aveugle de l'oeil qui permet de voir mais ne peut pas être vue.

Présentation de l'éditeur :

Dans la langue courante comme dans les textes spécialisés, l'adjectif «esthétique» est aujourd'hui volontiers utilisé comme un parfait synonyme d' «artistique», comme si la valeur de l'art tenait tout entière dans la valeur esthétique. Tel est le paradigme esthétique de l'art qui s'est mis en place entre la Renaissance et le XVIIIe siècle et a, depuis lors, vectorisé l'histoire des arts en Occident. Or, cette assimilation est doublement réductrice : d'une part parce que l'expérience esthétique déborde largement la sphère de l'art, d'autre part parce que la dimension esthétique n'est qu'une des dimensions de l'art. Il s'agit ici de comprendre la généalogie de cette assimilation illicite, d'analyser ses conséquences à la fois dans la création artistique et dans la production théorique qui l'accompagne, et de montrer en quoi elle est à la fois fallacieuse et préjudiciable aux arts.

Carole Talon-Hugon est Professeur de philosophie à l'Université de Nice Sophia-Antipolis, présidente de la Société Française d'Esthétique et directrice de rédaction de la Nouvelle Revue d'Esthétique.

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