Penser au cinéma

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9782705690298: Penser au cinéma
Extrait :

SIDNEY LUMET ET LA JUSTICE

par Michel Deguy

Le jugement est sévère; c'est son prédicat. Il rend la justice. De même que le décret suit la loi, l'application de la sanction suit le jugement. En amont de ce moment, la tolérance intéresse la juris-prudence. Le juge apprécie le cas, non-conforme au droit et aux lois, au regardât la loi. Jugement déterminant, dit le philosophe. La loi, inventée par les hommes s'applique aux individus, aux situations qu'on dit concrètes. Un homme, le juge, relie, articule, la loi au cas. Le juge fait exception du cas : la loi est faite pour une généralité («tous les cas de ce genre») ; il faut faire rentrer la circonstance sous la loi ; ou descendre la loi dans la singularité et la particularité de celui-ci. La loi ne peut s'appliquer «automatiquement» : summum jus summa injuria, dit l'adage. L'état de justice requiert la «souplesse» de la loi, l'adaptation du texte au réel - dans l'exercice du jugement qui coule la loi et le droit dans la circonstance. Et couler a plusieurs sens, je vais y venir.
Si nous prenons les choses par l'autre bout (l'autre bout du même) : le degré d'intolérance mesure l'intransigeance, le refus de la transaction, le fanatisme de la loi. «Tolérance zéro» - ce disgracieux syntagme qui n'a de plus laid que son jumeau «zéro tolérance» - est devenu le slogan des démagogues. Or, de même que le jeu dune huisserie permet seulement qu'une jointure ajuste ce qu'elle ajointe, la tolérance est la condition de possibilité d'un régime juste de vie sociale et d'un état de droit où lnjuris-prudence rend la justesse pour la justice.
L'étymologiste latinisant nous avise que rendre se conjugue, en opposition, à prendre. Rendre, c'est donner en retour. En grec, l'antidosis, l'antidote, dit l'échange. À Athènes, l'«Antidôsis» était une liturgie. Échangeons nos sorts, puisque tu prétends que tu subirais une injustice plus grande que la mienne en donnant ce qui est tien. Donner le change serait la feinte et la contrefaçon, l'alibi, d'un donner en échange primordial - antérieur à toute séquence. Donner est toujours un rendre : le don a eu lieu. Nous sommes en dette. L'injustice que nous subissons en existant («Ma mère m'infligea la vie», Chateaubriand) consiste à ne pas pouvoir ne pas commettre l'injustice par notre seule existence. Albert Camus : «Je suis une injustice en marche». Le mal est fait. Le don en retour rémunère (mot mallarméen) le don antérieur. Ainsi l'art, la peinture par exemple, rend, plus ou moins justement (ce qui n'est pas une mimique) le donné, le phénomène divin. Un rendu pour un don.
Platon en quête de justice (péri tou dikaïou) emploie le verbe apodidonaï. La justice est ce qu'on rend. Qui la rend ? Le jugement. En 352a, l'injuste est ce qui divise, dresse les uns contre les autres. La justice pacifie, unanimise. Le jugement, absolument distingué de mon désir, c'est-à-dire exercé depuis un point de surplomb, est requis par le changement de places de l'antidâsis. «Mets-toi à ma place !» Cette impossibilité enclenche l'effort de situer une instance de juge entre les places : inpartibus, ou nulle part (on dit «au-dessus»).
On dirait que la justesse rencontre de plus en plus d'obstacle à son exercice. Que la justice ne soit pas de ce monde, les hommes ont toujours été disposés à l'accepter. Mais qu'un «juge» ne s'applique plus à rendre la justesse, c'est une injustice qui révolte beaucoup plus.
Ce à quoi les modernes tiennent plus qu'à tout c'est l'égalité. Or l'égalité n'est pas l'octroi d'un même à tous. Si tu as plus faim que moi, il est juste que tu reçoives plus de nourriture. Le «jugement de Salomon», la plus fameuse des sentences, le prononce : l'impartialité distribue la différence. Que la loi s'applique à tous signifie précisément que l'esprit de justesse sache estimer ces différences - sans «faveur» ni volonté cachée de nuire. L'application est affaire de justesse. La soif de vengeance des victimes ne «doit» pas prendre possession du prétoire.

Présentation de l'éditeur :

Le cinéma nous regarde, il en sait souvent plus sur nous et notre époque que ce que nous croyons savoir sur lui. Il nous livre un instantané photographique du temps qui passe et ouvre la possibilité de la critique au coeur du divertissement. Cet art des masses est un art du monde, des peuples, du peuplé, du dépeuplé, du populaire, et parfois du populiste. Le cinéma, ce n'est pas exactement le film, c'est ce qui, dans le film, ne relève pas du sens, en quelque sorte la part folle et non théologique du film. Ce art excède son esthétique, en rendant sensible en lui la trace des spectres, de l'oublié, du sans-voix et du laissé-pour-compte. «Dès qu'il eut franchi le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre» entend-on dans Nosferatu de Murnau. Ces traces ou ces apparitions de fantômes sont inséparables du rêve et de la remémoration qui a lieu au cinéma. La pensée est cinématographique, depuis des temps immémoriaux, elle rêve et pense en cinéma. Depuis que le cinéma existe par ses films, depuis que prolifèrent ces singulières temporalisations des images par le mouvement, le cinéma suscite, invente et innerve la pensée.

Directeurs :
Marc Goldschmit est philosophe, chercheur à l'Institut des hautes études en psychanalyse (Paris).
Eric Marty est professeur de littérature contemporaine à l'université Paris-Diderot, et membre de l'Institut universitaire de France (IUF). Il est l'auteur de nombreux essais sur Roland Barthes, René Char, Jean Genêt.

Contributeurs :
Calle-Gruber Mireille, Deguy Michel, Goldschmit Marc, Liandrat Guigues Suzanne, Marty Eric, Maurel Jean, Nancy Jean-Luc, Odello Laura, Szendy Peter & Veinstein Léa.

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Collectif; Eric Marty; Marc Goldschmidt
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