La censure à l'oeuvre : Freud, Kraus, Schnitzler

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Extrait :

Extrait de l'introduction

LA CENSURE AU NOM DE L'ÉDUCATION ET DE LA CULTURE POLITIQUE

Le censeur de la Rome antique ne se contentait pas de recenser les citoyens et d'évaluer leur richesse, il exerçait la police des moeurs la plus sévère et pouvait même expulser quelqu'un de la classe à laquelle sa fortune lui donnait droit. En droit canon, les censures sont les mesures disciplinaires prononcées par une autorité ecclésiastique contre un de ses membres, en vue de l'amendement du coupable. Dans le dictionnaire de Furetière, le mot «censure» conserve ce sens moral de jugement par lequel on condamne un écrit ou une action. Il est à peu près synonyme de «jugement de valeur» en matière de littérature et d'art («tous les auteurs sont soumis à la censure du public» ; «censurer signifie aussi critiquer, reprendre»). Le censeur, selon cette définition, a une mission éducative et culturelle de surveillance, de critique et de correction. Il veille au respect des règles de conduite et des règles de l'art.
La censure moderne a un double visage : au service de la raison d'État ou de l'Église, elle sert à cacher au peuple les secrets du pouvoir, à contrôler l'opinion et le débat publics et à défendre l'orthodoxie contre l'esprit critique. Mais quand il est question de réformer et de rationaliser la censure, ses partisans ne manquent pas de souligner qu'elle est un instrument indispensable de l'éducation du peuple, de la formation du goût et de l'affinement des moeurs.
Lorsque Joseph II accède au trône après la mort de sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, le 29 novembre 1780, il met en oeuvre sa politique modernisatrice de «despote éclairé». La réorganisation de la censure compte parmi ses priorités : dès février 1781, Joseph II fait circuler ses directives en matière de censure des livres et lui assigne des fins pédagogiques. C'est au nom de ce nouvel objectif que la censure fait l'objet d'une prudente libéralisation. La lutte contre les écrits politiquement «dangereux» reste à l'ordre du jour. Il s'agit seulement de placer les individus sous la tutelle éclairée de l'État paternaliste, de faire obstacle aux écrits religieux obscurantistes, et de présenter la censure comme l'instrument bienfaisant d'une politique éducative et culturelle.
Cette justification paternaliste de la censure qui se pose en sage protectrice de la culture fait partie de l'idéologie «joséphiste» des hauts fonctionnaires autrichiens jusqu'à la fin de l'empire habsbourgeois. Elle est remise au goût du jour lors de la réforme de la censure théâtrale entrée en vigueur à l'époque du gouvernement Koerber, en 1903. On y reconnaît le penchant habituel des censeurs à «se disculper de toute intention malveillante : ils prétendent oeuvrer pour le bien de la culture», comme le font les juges qui protestent de leurs bonnes intentions : «l'essentiel de la peine que nous autres, juges, infligeons, ne croyez pas qu'il consiste à punir; il cherche à corriger, redresser, "guérir" ; une technique de l'amélioration refoule, dans la peine, la stricte expiation du mal et libère les magistrats du vilain métier de châtier».
En revanche, la formation d'une «opinion publique», au-delà du cercle étroit des grands commis de l'État, n'est pas souhaitée : les informations concernant les finances publiques, les forces armées, les données démographiques, etc., sont soigneusement gardées et la censure continue à jouer le rôle de protectrice des arcana imperii. Dès 1784, la censure des gazettes et des revues devient plus sévère.

Présentation de l'éditeur :

Une société libéralisée peut-elle renoncer à toute censure ? Même dans les sociétés contemporaines, la liberté illimitée d'expression n'a jamais été instaurée et les opinions déviantes qui mettent en cause la norme du «politiquement correct» s'exposent à un retour en force de la censure répressive.
Le cas viennois prouve cependant que, pour la défense des valeurs d'une culture, la censure administrative n'est pas une arme adaptée : bien que la liberté de la presse fût un acquis des gouvernements libéraux des années 1860, la censure y était toujours à l'oeuvre. Freud lui attribuait même le rôle d'instance régulatrice du processus de civilisation. Karl Kraus, le plus féroce des critiques du journalisme, démontait les nouveaux mécanismes de censure informelle et invisible par lesquels la presse informait ses lecteurs, c'est-à-dire soumettait leur perception de la réalité à un formatage quotidien. Ainsi, la modernité viennoise anticipait les théories de la censure structurale de Foucault et Bourdieu.
Après avoir interdit quelques pièces judéophobes, la censure théâtrale viennoise rompit, en 1912, avec sa propre ligne «anti-antisémite» en empêchant la représentation du chef-d'oeuvre d'Arthur Schnitzler, Le Professeur Bernhardi.
Soumise aux fluctuations du pouvoir politique, la censure ne suit ni règle ni principe. Définitivement discréditée, elle ne pourra plus servir de pilier à une politique de civilisation.

Jacques Le Rider est directeur d'études à l'École pratique des hautes études.

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