La cognition gestuelle : Ou de l'écho à l'ego

 
9782706117251: La cognition gestuelle : Ou de l'écho à l'ego
Extrait :

L'altérité cognitive

Quelle est la définition la plus générale que l'on puisse donner de la connaissance humaine ? Pour répondre à cette question, empruntons l'expression que Parménide utilisait déjà au VIe siècle avant J.-C. et partons de «ce qui est dans le présent» (Couloubaritsis, 2008). La condition sine qua non pour qu'une connaissance s'établisse est que «ce qui est dans le présent» renvoie à un «autre» (un «alter»). Autrement dit, la connaissance humaine naît avant tout d'une altérité.

La théorie de la gestualité de la connaissance prête à cette altérité cognitive trois propriétés essentielles : l'altérité qui établit la connaissance est temporelle, autoréférentielle et autonome. Nous allons voir successivement ces trois propriétés.

La première propriété de l'altérité cognitive est sa dimension temporelle.

D'UNE ALTÉRITÉ COGNITIVE SPATIALE À UNE ALTÉRITÉ COGNITIVE TEMPORELLE

«Il paraît par conséquent plus naturel de se représenter la réalité physique comme un être à quatre dimensions au lieu de se la représenter, comme on l'a fait jusqu'à présent, comme le devenir d'un être à trois dimensions.» Albert Einstein, 1956

(...)

Figure 2. L'altérité spatiale entre êtres géométriques (à gauche) et l'altérité temporelle entre répétitions de variations (à droite).

Il s'agit pour commencer d'établir une distinction importante entre deux sortes d'altérités cognitives : d'un côté, une altérité temporelle et d'un autre côté, une altérité spatiale (fig. 2). Voyons d'abord la connaissance établie par altérité temporelle.

L'altérité cognitive temporelle repose sur la répétition. Plus précisément, l'altérité cognitive temporelle concerne la répétition d'une variation de «ce qui est dans le présent». Peu importe de quel type de variation il s'agit : mouvement, transformation, modification, changement, etc. Peu importe ce qui varie : forme, taille, couleur, tonalité, position, vitesse, etc. Ce qui compte, pour que l'altérité cognitive temporelle s'établisse, c'est qu'une variation de «ce qui est dans le présent» se répète. Soyons plus précis. L'altérité cognitive temporelle met en correspondance, d'un côté, la répétition présente d'une variation de «ce qui est dans le présent» et de l'autre côté, la répétition passée de cette variation. Chaque nouvelle répétition renvoie ainsi à cet «alter temporel» que constitue la répétition précédente. L'altérité cognitive temporelle est illustrée par la spirale s'enroulant sur elle-même de la figure 2, et où chaque tour de spirale symbolise une répétition. En résumé, il y a connaissance chaque fois qu'une variation se répète.

Passons maintenant à l'altérité cognitive spatiale. Pour cela, il nous faut préalablement, et par un de ces coups de baguette magique dont la géométrie a le secret, arrêter le temps. L'altérité cognitive spatiale concerne alors ces êtres artificiellement pétrifiés dans l'espace euclidien, occupant des volumes déterminés, et situés plus ou moins loin de l'origine d'un repère orthonormé. Au temps t, l'un est ici, tandis que l'autre est là. Les deux sphères de la figure 2 symbolisent l'altérité cognitive spatiale séparant ce que nous appellerons dans la suite du texte, des «êtres géométriques», dont certains seront biologiques. Figer ces êtres dans l'espace permet de les décrire plus facilement et en particulier permet de leur prêter d'autres propriétés (optiques, tactiles, sonores...). Nous y reviendrons. Pour l'instant, contentons-nous de souligner que l'altérité cognitive spatiale renvoie un être géométrique à un autre être géométrique. Au temps t, l'alter géométrique occupe dans l'espace une place distincte de celle occupée par la source géométrique à laquelle il renvoie.

En résumé, l'altérité cognitive spatiale concerne des positions simultanées d'êtres géométriques, tandis que l'altérité cognitive temporelle concerne des répétitions de variations. Dans le cadre de la théorie de la gestualité de la connaissance, l'altérité cognitive est par essence temporelle. La connaissance humaine s'établit par mise en correspondance de la répétition présente d'une variation avec la répétition passée de cette variation. Plus précisément, ces variations répétées sont des mouvements. Ces mouvements peuvent prendre différentes formes selon le niveau d'organisation où on les observe : mouvements du corps dans l'espace, mouvements de l'influx nerveux dans le cerveau... Mais dans tous les cas, l'alter, auquel renvoie toute connaissance humaine, est cet «alter écho», que constitue la répétition présente d'un mouvement passé. Certes, l'altérité spatiale a aussi sa place dans l'organisation de la connaissance humaine. Mais elle n'est que seconde au cours de l'ontogenèse. Nous y reviendrons.

La dimension temporelle était la première propriété de l'altérité cognitive. Passons maintenant à sa deuxième propriété. Il s'agit de sa dimension autoréférentielle.

Présentation de l'éditeur :

Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, il est admis que le cerveau fonctionne comme un système de traitement de l'information. Mais est-ce vraiment le cas ? Après avoir souligné les limites de cette hypothèse, l'auteur propose une alternative qui peut se résumer ainsi : toute connaissance suppose la répétition mentale d'un geste. Pas de connaissance tactile sans corps qui bouge, pas de connaissance visuelle sans regard qui explore et pas de connaissance verbale sans bouche qui prononce. Autrement dit, la cognition est gestuelle. L'auteur argumente son propos à partir de résultats expérimentaux récents démontrant l'omniprésence d'une dimension gestuelle à tous les niveaux de l'organisation cognitive : perception, mémoire, attention...
Situé à l'intersection des champs de la philosophie, de la neurophysiologie et de la psychologie expérimentale, ce livre intéressera non seulement les étudiants, les enseignants et les chercheurs en sciences cognitives, mais aussi, plus généralement, toute personne curieuse de savoir comment fonctionne son cerveau.

Docteur en psychologie expérimentale et cognitive, Gérard Olivier est maître de conférences habilité à diriger des recherches à l'université de Nice-Sophia Antipolis. Il est membre du Laboratoire CNRS Base Corpus Langage. Il défend et enseigne depuis plus d'une dizaine d'années la thèse de la gestualité de la cognition.

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