Lalibela : Capitale de l'art monolithe d'Ethiopie

 
9782708409668: Lalibela : Capitale de l'art monolithe d'Ethiopie
Extrait :

COMMENT LES ÉGLISES DE LALIBELA DEVINRENT CÉLÈBRES

Les églises de Lalibela creusées dans le roc constituent un ensemble sans égal dans le monde chrétien. Les exemples d'églises rupestres ne manquent certes pas aux quatre coins de la chrétienté et rien qu'en Éthiopie on en compte plus de deux cents. Le phénomène rupestre est universel, mais tandis que le creusement des merveilles d'Ajanta ou d'Ellura en Inde, ou encore de Dunhuang en Chine, s'étale sur de longues périodes, un seul homme, le roi Lalibala - car telle est la graphie originelle de son nom que nous rétablissons ici -est réputé avoir creusé vers l'an 1200 le site auquel son nom a été donné par la suite. Ainsi nulle part ailleurs au monde, il n'existe une telle concentration de monuments monolithes creusés au même endroit en un temps si court.
Les églises sont réparties en trois groupes. Au nord-ouest du site (fig. 1.1), s'échelonnent d'est en ouest la «maison» (c'est-à-dire église) du Sauveur-du-monde (bétä mädhané-aläm), la maison de Marie (bétà maryam), avec, creusées dans les murs de son enceinte, la maison des Vierges (bétà dänagel) et la maison de la Croix (bétä mäsqäl), et enfin un complexe funéraire constitué de la maison du Mont-Sinaï (bétä däbrä sina), la maison du Golgotha (bétä golgota) et la crypte de La Trinité (sellasé). À trois cents mètres au sud-est, de l'autre côté du ruisseau du Jourdain, le second groupe comprend la maison d'Emmanuel (bétä amanuél), la maison de Saint-Libanos (bétä abba libanos), la maison de Mercure (bétä märqoréwos) et la maison de Gabriel (bétä gäbrél) qui abrite aussi un autel dédié à Raphaël dans un sanctuaire secondaire. Le troisième groupe, situé à quatre cents mètres en contrebas, ne comporte qu'une église, la maison de Georges (bétä giyorgis). De nombreuses salles rupestres entourent ces églises qui ont des formes différentes les unes des autres. Quatre églises ont leurs murs et leur toit entièrement dégagés de la masse du rocher, ce qui en fait de parfaits pastiches de bâtiments construits, et donc des églises monolithiques au sens strict. Aucune des églises rupestres du Tigray antérieures à Lalibela n'est monolithe et aucune église monolithe assurément postérieure à Lalibela n'offre une qualité de sculpture comparable. A Lalibela ont été creusées plus d'églises que dans toute l'Éthiopie auparavant. Lalibela est indubitablement un sommet de l'art rupestre éthiopien.
Le dégagement de ces complexes monolithiques a imposé le creusement d'un système sophistiqué d'évacuation des eaux de ruissellement. Or les concepteurs du site ne se sont pas contentés d'évacuer ces eaux, mais les ont exploitées pour créer un environnement original, dont l'étude est, en conséquence, une des clés, méconnue jusqu'à présent, de la compréhension du site et de son architecture.
Dans une perspective historiographique moderne, la datation de tous ces ouvrages, y compris des églises, est cependant problématique.
Le nom de Lalibela est connu et vénéré de tous les chrétiens d'Éthiopie. C'est le deuxième lieu en sacralité après Aksoum, capitale de la chrétienté éthiopienne et site traditionnel de la première église. Y aller est un devoir. «Tout Éthiopien qui, après avoir entendu parler de ces églises faites d'une seule pierre, ne se rend pas dans la ville sainte de Roha, ressemble à un homme qui n'aurait aucun désir de voir le visage de Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ», écrit le rédacteur de la Vie de Lalibala, à une époque - le XVe siècle - où la cité sainte était appelée Roha par les érudits. Ce prestige a valu aux églises, au cours des siècles, de nombreuses donations d'objets précieux qui seront présentés dans les chapitres 5 et 10 de cet ouvrage et qui constituent un patrimoine aussi méconnu que remarquable.
La célébrité internationale des églises de Lalibela remonte à la description qu'en donna Francisco Alvarez dans son Ho preste joam das lndias paru en 1540. Ce chapelain du roi Emanuel du Portugal avait été incorporé à l'ambassade envoyée en Éthiopie en 1515 en réponse à une précédente ambassade éthiopienne. Le mythique Prêtre-Jean, dont les croisés avaient entendu dire qu'il régnait sur des chrétiens au-delà des contrées musulmanes, avait été identifié au souverain éthiopien au début du XIVe siècle. Les Portugais cherchaient à entrer en contact avec lui dans la perspective d'établir une alliance contre les musulmans. En raison des difficultés de communication entre l'Éthiopie et l'Inde, la mission portugaise dut rester six années en Éthiopie - de 1520 à 1526 - ce qui laissa à Alvarez le loisir d'acquérir une bonne connaissance de ce pays Jusqu'alors inconnu de l'Occident. Attiré par la réputation des églises monolithes, Alvarez se rendit à deux reprises sur le site. Dans son texte, il décrit les églises du premier groupe ainsi que Emmanuel et Georges. Il rapporte que leur réalisation fut commanditée par le roi Lalibala et que les travaux durèrent vingt-quatre ans. Il fut si impressionné par la conjonction du monolithisme et d'un travail d'une qualité extrême - l'intérieur de Golgotha est si bellement travaillé que «ni un orfèvre de l'argent ni un plasticien de la cire ne pourraient faire mieux» - qu'il conclut ses descriptions par ces mots : «Il me répugne de parler davantage de ces monuments parce qu'il me semble qu'on ne me croira pas et qu'on pourrait taxer ma description de mensonge, pourtant je jure par le Dieu tout-puissant que tout ce que j'ai écrit est vrai et que j'aurais pu dire beaucoup de choses que j'ai passées sous silence pour qu'on ne me traitât pas de menteur.» Son texte présente aujourd'hui deux intérêts majeurs : il date les traditions locales qui y sont rapportées, et surtout il décrit des aménagements intérieurs qui allaient être saccagés par les armées musulmanes une décennie plus tard ou ruinés au fil des siècles. Il est malheureusement souvent obscur tant par sa syntaxe que par son vocabulaire, et les erreurs sont nombreuses. Les historiens de Lalibela n'ont guère retenu de ce texte que ce qui leur semblait pérenne - y compris les traditions orales ! - et non ses notations singulières. Nous aurons l'occasion de revenir sur ces singularités.

Présentation de l'éditeur :

Le site de Lalibela sur les hauts plateaux d'Éthiopie, classé patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco, est l'un des plus extraordinaires qui soient. Composé d'un groupe de onze églises entièrement taillées dans la roche, imitant l'architecture construite en élévation, Lalibela est demeuré à travers les siècles un centre de pèlerinage majeur pour les chrétiens d'Éthiopie. Cet ensemble «d'une seule pierre», inconnu du monde occidental jusqu'au XVIe siècle, atteste la renaissance du royaume d'Éthiopie et de son architecture plusieurs siècles après la chute de l'antique capitale, Aksoum, siège du premier évêché au ive siècle. Sa fondation n'était attribuée au roi Lalibela, et datée du XIIe ou XIIIe siècle, guère que par la tradition ecclésiastique jusqu'au présent ouvrage. Les auteurs, tous deux spécialistes de l'Éthiopie, y mènent des recherches depuis plus de trente ans. Ils ont entrepris au fil de leurs nombreux séjours un examen minutieux de cette ancienne capitale royale et spirituelle, toujours en activité, en étudiant l'architecture, les décors peints et sculptés, les mobiliers et les objets liturgiques dont de majestueuses croix, des icônes et des manuscrits anciens, ainsi que des objets provenant d'Inde. Leur connaissance des arts chrétiens, notamment byzantin et copte, et du contexte artistique international des XIIe et XIIIe siècles ainsi que de la culture éthiopienne et de sa langue liturgique, ont permis des découvertes et des datations nouvelles. Ils établissent ainsi que l'essentiel du site fut réalisé durant la première décennie du XIIIe siècle sous l'autorité ultime du roi Lalibala et livrent les clés de compréhension de cette cité sainte monolithe, dont l'iconographie, fondée sur une méditation sur les Évangiles - unique dans le monde chrétien -, en fait un haut lieu de la pensée chrétienne universelle. Ce magnifique ouvrage qui a bénéficié d'une couverture photographique exceptionnelle, est le premier à présenter ce site dans toutes ses dimensions, archéologique, historique, culturelle, artistique et religieuse.

Jacques Mercier est anthropologue, spécialiste de l'Éthiopie, chercheur honoraire au CNRS (Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative, université Paris-X Nanterre). A partir de 1972 il a étudié l'ésotérisme et la médecine traditionnelle en Éthiopie. Il a été commissaire de l'exposition «le roi Salomon et les maîtres du regard. Art et médecine en Éthiopie» au M.A.A.O. en 1992. Depuis 1995 il étudie l'art et l'architecture chrétiens d'Éthiopie. Il est l'auteur de L'Arche éthiopienne. Art chrétien d'Éthiopie (2000), entre autres livres. En 2009, il a édité l'ouvrage Éthiopien Church - Treasures and Faith.

Claude Lepage est membre correspondant de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, professeur émérite, chaire d'art byzantin et des arts chrétiens d'Orient, à l'École pratique des hautes études à Paris. Dès 1971, il a recherché, relevé et étudié en détail, sur le terrain, les plus anciens monuments chrétiens d'Éthiopie et il en a éclairci l'histoire par de nombreux articles, dont plusieurs déjà sur Lalibela. Il est coauteur, avec Jacques Mercier, de l'ouvrage Art éthiopien : Les églises historiques du Tigray (2005).

Les objets provenant du monde islamique sont étudiés par Thérèse Bittar (†) de la section islamique du Département des antiquités orientales du musée du Louvre.

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