9782708917613: Gens du rail
Extrait :

Les Cheminots de l'impossible

Le principe du reportage était simple : toutes les bonnes volontés d'une région se regroupaient pour venir en aide à une personne en détresse. Là, il s'agissait d'une famille nombreuse qui avait quitté Sevran, une cité naufragée du nord de Paris, et avait placé toutes ses économies dans un commerce de village, au coeur du département de l'Yonne. Leur épicerie-buvette faisait également office de dépôt de pain, de bureau de poste, de permanence des allocations familiales, et de relais pour la livraison de tout ce que les gens du coin commandaient sur internet. On y vendait aussi toute la panoplie des tickets à gratter. Mais l'équilibre financier du projet reposait sur la création de quatre gîtes ruraux dans une vieille bâtisse attenante qui, jadis, avait servi d'école communale. Malheureusement pour eux, une rivière souterraine dont ils ignoraient l'existence courait sous leur parcelle. Au cours des années d'abandon, l'humidité était remontée en imbibant les joints en ciment, par capillarité. Le plâtre, le bois, s'en étaient gorgés et le maçon était passé au travers du plancher quand il avait déposé son matériel de rénovation au milieu de la salle principale. Incapables de faire face à ce coup du sort, ils s'apprêtaient à quitter les berges du Cousin pour retourner près du canal de l'Ourcq quand un de leurs clients avait, sans les avertir, téléphoné à la chaîne câblée qui diffusait Les artisans de l'impossible. Après une enquête discrète, l'animateur du show avait contacté plusieurs dizaines d'entreprises du secteur et c'est une véritable armée que l'on voyait débarquer dans l'épicerie. Des hommes, des femmes, le crâne recouvert d'un casque de chantier, déchargeaient du placoplâtre, des enduits bitumineux, des feuilles hydrofuges sur le parking. En moins de trois jours, les fondations des salles de classe étaient redevenues viables. Elles étaient capables de supporter le projet des banlieusards en souffrance. Les images du final, la famille de Sevran en pleurs devant ses futures chambres d'hôtes, n'avaient cessé d'être présentes dans mon esprit tandis que j'essayais de m'endormir, se mêlant aux applaudissements du public rassemblé par les Ferroviphiles vauclusiens, dans l'ancien entrepôt du Sernam d'Avignon, au souvenir de la balade nostalgique sur les quais de la gare de l'Isle-sur-la-Nesque, au baiser de Jean-Pierre sur ma joue. Le lendemain matin, j'ai commencé trois fois à composer le numéro qu'il m'avait laissé avant d'interrompre la communication dès la première sonnerie. La quatrième tentative, un peu avant midi, a été la bonne.
- Allo, c'est Jean-Pierre ?
Je n'ai pas eu besoin de dire qui appelait, il a immédiatement identifié ma voix.
- Oui, bonjour Josyane... Je suis très content de vous entendre... Je voulais justement vous téléphoner. Vous avez été plus rapide que moi...
Je m'en suis sortie par une plaisanterie.
- Ne vous inquiétez pas, j'ai un bon forfait... Vous allez peut-être penser que je suis devenue folle, mais cette nuit j'ai pensé à quelque chose qui est en rapport avec notre balade d'hier. J'aurais aimé vous en parler...
Après avoir raccroché, je m'étais reproché de ne pas avoir été plus précise. D'ici qu'il se fasse des idées... Il me suffirait de les dissiper en temps utile. Vingt minutes plus tard, il cognait à ma porte.

Présentation de l'éditeur :

Les photographies de Georges Bartoli, nées de 25 ans de patiente écoute du monde cheminot, et les mots de Didier Daeninckx, qui n'oublie jamais que la fiction peut être un argument décisif de lutte, témoignent d'un monde complexe, hiérarchisé, diversifié et pourtant uni qui vit, semble-t-il, sous nos yeux, de nos jours, ses derniers temps. Les gens du rail, ce peuple cheminot qui oeuvre dans les ateliers, font rouler à toute heure les trains, accueillent le voyageur dans les gares, ces temples de l'errance industrielle, entretiennent les milliers de kilomètres de voies au pas lent des marcheurs, ces gens du rail sont les derniers témoins d'une grande entreprise unie, solidaire. Ce que les photographies attestent en le montrant, la fiction du romancier le suggère : et si la France perdait son train ? Chaque lutte pour sauver le rail est vertueuse ; parce qu'ils les connaissent, en savent la pudeur et les excès, Didier Daeninckx et Georges Bartoli proposent, chacun dans son mode d'expression, un portrait intime et générique des Gens du rail.

Didier Daeninckx est né en 1949 à Saint-Denis. De 1966 à 1982, il travaille comme imprimeur, animateur culturel, puis journaliste dans plusieurs publications. Depuis Meurtres pour mémoire, il a écrit une quarantaine de livres - dont La mort n'oublie personne, Métropolice, Zapping ou Cannibale - qui sont tous des chefs-d'oeuvre.

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1.

Daeninckx, Didier
Edité par PRIVAT (2010)
ISBN 10 : 2708917617 ISBN 13 : 9782708917613
Neuf(s) Paperback Quantité : 1
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Description du livre PRIVAT, 2010. Paperback. État : NEUF. Les photographies de Georges Bartoli, nées de 25 ans de patiente écoute du monde cheminot, et les mots de Didier Daeninckx, qui n'oublie jamais que la fiction peut être un argument décisif de lutte, témoignent d'un monde complexe, hiérarchisé, diversifié et pourtant uni qui vit, semble-t-il, sous nos yeux, de nos jours, ses derniers temps. Les gens du rail, ce peuple cheminot qui oeuvre dans les ateliers, font rouler à toute heure les trains, accueillent le voyageur dans les gares, ces temples de l'errance industrielle, entretiennent les milliers de kilomètres de voies au pas lent des marcheurs, ces gens du rail sont les derniers témoins d'une grande entreprise unie, solidaire. Ce que les photographies attestent en le montrant, la fiction du romancier le suggère : et si la France perdait son train ? Chaque lutte pour sauver le rail est vertueuse ; parce qu'ils les connaissent, en savent la pudeur et les excès, Didier Daeninckx et Georges Bartoli proposent, chacun dans son mode d'expression, un portrait intime et générique des Gens du rail. - Nombre de page(s) : 141 - Poids : 1228g - Langue : fre - Genre : Loisirs Auto Moto Avions Bateaux Trains MEMOIRE VIVE PRIVAT. N° de réf. du libraire N9782708917613

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Didier Daeninckx
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