9782711003259: Art et techniques de la plaidoirie
Extrait :

PLACE DE L'ORALITÉ ET ART DE LA PLAIDOIRIE AUJOURD'HUI

«Le grand orateur, celui qui a prise sur autrui, paraît animé par l'esprit même de son auditoire.»

Chaïm PERELMAN, Traité de l'argumentation.

I - NOTRE TEMPS EST CELUI DE L'ORALITÉ

1. - Certains hypocrites feignent de regretter le bon vieux temps : finis les grands orateurs, révolues les plaidoiries d'antan et la «République des avocats». Les mêmes nostalgiques ressassent les noms prestigieux de quelques dinosaures, des «ténors» du Barreau, «ce terme ridicule où se profilent en bruit de fond les vocalises et la pose pour la postérité (l)». Alors oui, cette oralité-là se meurt et ce livre entend bien l'achever, si du moins grande plaidoirie a jamais voulu dire voix de bronze, emphase ampoulée en jargon et interminables tirades noblement soulignées de force gesticulations.

Pourtant, les auteurs de cet ouvrage ne dédaignent pas Aristote ni Quintilien. Nous puisons volontiers dans nos vingt-cinq siècles de richesse philosophique et de tradition rhétorique vivifiantes. Raison de plus pour montrer que l'éloquence judiciaire moderne persuade sans mériter les caricatures surannées du génial Daumier.

Au demeurant, l'avocat ne nous a pas attendus pour faire un pied de nez à un passé trop lourd : il y a un siècle Henri-Robert décide de ne pas plaider aux Assises plus d'une demi-heure ; voici deux générations, Floriot alterne plaidoirie technique en langage familier et relation vivante avec les médias et avec l'opinion publique. Dans ses Remarques sur la parole de 1944, le Bâtonnier Charpentier moque les plaidoiries désuètes et, empruntant aux arts martiaux, affirme : «La meilleure école, pour un orateur, c'est la pratique des sports de combat.»

De toute façon le cocon et le carcan anciens n'existent plus, qui coulaient le jeune avocat dans le moule de ses devanciers. Le voici affranchi des vieux schèmes. Il est libre. Il a la parole. Comment en faire un usage pleinement efficace et responsable ? Plaider, c'est accorder le droit, la réalité et l'homme. Comment ne pas se perdre sans repères, sans méthode ni entraînement ?

2. - La plaidoirie est fille de son temps. Non par mode mais par nature : parce qu'elle est acte de présence, au contact immédiat des réalités mouvantes d'une époque. L'oralité est la loi de notre époque, y compris dans les prétoires. Audiovisuel, communication, interactivité et autres mots au goût du jour traduisent une vitalité de nos sociétés démocratiques, commerçantes, changeantes. L'écrit y trouve sa frontière : certes il est complet, maîtrisé, fixe ; mais, par là même, il est lent, univoque, immuable lettre morte. L'oralité en revanche est présence au présent, argumentation en direct, contradictoire, seule capable de répondre aux objections de l'autre partie ou aux questions des magistrats. Plus que jamais reste vraie la thèse de Platon dans le Phèdre : contrairement à l'oral, l'écrit «n'a pas son père auprès de lui» pour le soutenir, «il roule partout et indifféremment dans toutes les mains... il ne sait pas distinguer à qui il faut, à qui il ne faut pas parler... il n'est pas capable de repousser une attaque et de se défendre lui-même !».

L'oralité gagne aussi en importance dans nos sociétés qui ne sont plus régies par des lois pluricentenaires, des moeurs antédiluviennes ni des idéologies ou morales dogmatiques. À chaque instant la société évolue en s'interrogeant sur des faits et des comportements nouveaux portés devant les tribunaux. Par la force des choses ou la volonté des hommes, une discussion s'ouvre devant l'opinion, devant les citoyens. Les médias peuvent lever des lièvres, relayer, commenter, amplifier. L'avocat, lui, est sur la ligne de front, là où est remise en question une norme : combien de «faits de société» ont été pensés à la faveur de procès ? Avortement, euthanasie, drogues «douces», légitime défense, travail le dimanche, contrôles d'identité, etc. Peut-être y a-t-il moins d'avocats au Parlement mais le Palais de justice est plus que jamais un laboratoire des lois.

3. - Le dossier reste moins influent car il plaide in abstracto : l'écrit expose, analyse, classe. La plaidoirie en revanche met l'esprit en mouvement et esquisse une nouvelle grille de lecture des faits. Face à un juge neutre, arc-bouté sur les valeurs établies qu'il a la charge de faire respecter, la plaidoirie profite de la souplesse de la parole vive, navette entre l'humanité du cas d'espèce et le système de références du magistrat. L'écrit a du recul sans doute et reste au-dessus de la mêlée. Mais par là même il demeure en retrait. Publicité des débats, principe du contradictoire et oralité ont au contraire cause liée : celle de rassembler juges et parties, de les accorder l'espace d'un moment, le temps d'une plaidoirie... pour peu qu'elle sonne juste.

Présentation de l'éditeur :

L'accès au droit et à la justice évolue.
La plaidoirie se transforme.
Elle est toujours au coeur du métier d'avocat.

Depuis cinquante ans pourtant, aucun ouvrage de plaidoirie n'existait pour accueillir les nouveaux venus au Barreau ou pour permettre à l'avocat confirmé d'enrichir et d'approfondir sa pratique.

Ce livre a voulu répondre à ces attentes :

° donner la parole à des avocats et magistrats, hommes et femmes expérimentés, célèbres ou jeunes dans leur profession ;
° proposer des affaires et plaidoiries réelles dans douze domaines essentiels de la vie judiciaire ;
° analyser et commenter plan, forme et fond de chaque plaidoirie ;
° apporter au lecteur une approche claire et concrète des techniques de l'éloquence judiciaire moderne.

Cet ouvrage est aujourd'hui le seul existant sur le sujet.

LES AUTEURS

Laurence Gratiot, avocate au Barreau de Paris.

Caroline Mécary, avocate au Barreau de Paris.

Stephen Bensimon, normalien, directeur pédagogique du département médiation-négociation (IFOMENE).

Benoît Frydman, professeur à l'université libre de Bruxelles, directeur du centre Perelman de philosophie du droit de l'université libre de Bruxelles.

Guy Haarscher, professeur à l'université libre de Bruxelles, président du centre Perelman de philosophie du droit de l'université libre de Bruxelles.

Série Art et techniques dirigée par Jean-René Farthouat, ancien bâtonnier de l'ordre des avocats a la cour de paris, ancien président du conseil national des barreaux.

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1.

Benoît Frydman; Caroline Mécary; Guy Haarcher; Laurence Gratiot; Stephen Bensimon
ISBN 10 : 2711003256 ISBN 13 : 9782711003259
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Mediavore
(Mons en baroeul, France)
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Description du livre État : Used: Good. Fast international shipping. We ship from the North of France. N° de réf. du libraire 2000000330429

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