Essais & Romans Colum McCann Danseur

ISBN 13 : 9782714437297

Danseur

 
9782714437297: Danseur

Coll. "Littérature étrangère". -- Des forêts de l'Oural aux clubs de l'underground new-yorkais en passant par Leningrad et les hauts lieux de la jet-set internationale, un roman flamboyant porté par une écriture âpre et riche où se dessine une somptueuse histoire d'amour, d'art et d'exil. En 1944, dans un hôpital soviétique, Rudik, six ans, danse pour son premier public : aucun des soldats mutilés n'oubliera cet instant éblouissant... Dès lors, ce fils de paysan sait. Il sait qu'il ne reculera devant rien : mentir à sa mère, braver la colère du père, endurer brimades et humiliations. Pour danser comme il le doit, il ira jusqu'à s'exiler à jamais. Travailleur acharné, obsédé de beauté et de perfection, Rudik fascinera tous ceux qui croiseront sa route, leur offrant le sentiment d'avoir côtoyé un ange ou un démon, un vrai génie, un monstre de sexe et d'excès. Une icône du XXe siècle : Noureïev

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Extrait :

UNION SOVIÉTIQUE, 1941-1956

Quatre hivers. Ils construisaient des routes en brisant les congères armés de leurs chevaux, ils labouraient la neige jusqu'à ce que les bêtes meurent, puis ils mangeaient leur chair avec une grande tristesse. Les médecins traversaient les champs givrés avec des ampoules de morphine collées sous leurs aisselles afin qu'elles ne gèlent pas et, la guerre continuant, il fut sans cesse plus dur de découvrir une veine sur les bras des soldats - moribonds bien longtemps avant que d'être morts. Dans les tranchées, ils nouaient serré les oreillettes de leurs chapkas, volaient les manteaux de réserve, dormaient les uns contre les autres et plaçaient les blessés entre eux, où il faisait plus chaud. Ils portaient des pantalons matelassés, des couches de sous-vêtements, et, pour rire, ils parlaient parfois des jambes des putains, ils en faisaient des écharpes de rêve. Le moment vint où ils ne retirèrent plus souvent leurs bottes. Ils avaient vu d'autres soldats - aux orteils, bleus, tombés soudain de leurs pieds - et ils croyaient maintenant que l'avenir d'un homme pouvait être prédit à sa façon de marcher.
Ils fabriquaient des cordons solides avec plusieurs lacets, puis, en guise de camouflage, ils attachaient l'une à l'autre par-dessus leur capote leurs chemises blanches de paysans, tiraient bien leurs cagoules, et ils pouvaient alors s'allonger dans la neige, y rester invisibles pendant des heures. L'huile gelait dans les carters des pièces d'artillerie. Les ressorts des mitrailleuses se brisaient comme du verre. En l'absence de gants, la chair adhérait au métal, qui la leur arrachait. Ils allumaient des feux avec du charbon de bois, jetaient des pierres dans les braises, qu'ils retiraient brisées pour réchauffer leurs mains. Ils comprirent que, si l'on avait besoin de chier, ce qui n'arrivait guère, on faisait dans son froc. Ça y restait, glacé, et on n'enlevait ça que sous abri, d'ailleurs ça ne sentait rien, les gants non plus, sauf en cas de dégel. Pour pisser sans s'exposer au froid, ils plaçaient des sacs de toile cirée sous leur pantalon, et ils apprirent à réchauffer leurs jambes là-dessus. Cette chaleur-là leur rappelait celle des femmes, mais le sac gelait de toute façon et ils se retrouvaient à nouveau nulle part, dans un champ de neige rougi par les flammes d'une raffinerie.
En repérage dans la steppe, ils trouvaient les corps de compagnons d'armes, morts transis, la main levée, le genou déformé, la barbe couverte de givre, et ils savaient qu'il fallait se dépêcher de leur piquer leurs fringues avant qu'elles se figent pour toujours avec eux, et alors ils se penchaient, murmuraient, Désolé camarade, merci pour le tabac.
On leur dit que l'ennemi se servait des cadavres pour construire ses routes, puisqu'il ne restait plus d'arbres, alors ils s'efforcèrent de ne pas entendre de bruits se répandre sur la glace, d'os brisés sous les pneus. Le silence avait disparu, l'air portait tous les sons : les équipes de reconnaissance à ski, le chuintement des pylônes électriques, le sifflement des mortiers, un camarade hurlant après ses jambes, ses doigts, son fusil, sa mère.

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Ange ou démon. Étoile… filante, peut-être, mais étoile qui brilla au plus haut par son génie et son ambition. C’était Noureev. Rudi. Rudik Rudolph. Prénom choisi par sa mère, Farida, en hommage à Rudolph Valentino. Et quel séducteur que ce jeune Tatar, un peu rustre, ayant grandi entre sa mère aimante, sa grande sœur et un père qui mettra des années à admettre le choix de son fils !
La force du roman de McCann réside dans son style narratif : raconter l’histoire de Noureev, par l’intermédiaire (imaginaire et romancé) de divers acteurs de sa vie : sa sœur, Serguei et Anna (qui le forma à Oufa et lui fit découvrir la danse et la musique), leur fille qui l’hébergea à Leningrad, ses amis, sa complice de scène et de coulisses la grande Margot Fonteyn, ses amants, sa gouvernante ou des anonymes fascinés par le talent du jeune garçon de l’époque… avec en filigrane une partie de l’histoire contemporaine soviétique dont certains aspects de la guerre froide semblent parfois un peu caricaturaux mais restent essentiels pour bien comprendre le contexte dans lequel évolua Noureev... et son exil ! Car l’étoile eut une vie à la hauteur de sa rage : pleine, violente, passionnée, exigeante, égoïste. Entre vampire génial qui pouvait tout sacrifier pour son art et ami dévoué, généreux et fou. Il y a de la fascination et de l’agacement devant cet homme hors norme qui eut la force – plutôt rare de nos jours – d’assumer, envers et contre tout, son destin à force de travail, d’acharnement. Car, y compris ses détracteurs, tous furent subjugués par cette énergie, cette incandescence que dégageait Noureev qui ne vivait que pour la danse. L’image sulfureuse de l’amant "cherchant du sexe" à tout prix, à tout moment, plein d’excès et de dédain, contribue à transformer en mythe cet animal de grâce, de chair. Il mourut du sida en 1993.
Danseur, entre roman et biographie imaginaire, passionne par son sujet et par ses ressorts chers à tout best-seller américains : exil, sexe, provocation, malheur, pathos… Mais on aime à rêver devant le désir d’absolu de ce jeune Tatar de Oufa devenu un mythe, qui, tout petit, se cachait pour danser. --Marine Segalen

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Colum McCann
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