Les emprunts à l'hébreu et au judéo-araméen dans le Coran

 
9782720011894: Les emprunts à l'hébreu et au judéo-araméen dans le Coran
Extrait :

Extrait de l'introduction

Le travail que nous présentons ici est extrait de notre thèse de doctorat, soutenue à l'INALCO le 10 février 2011 : «Étude du vocabulaire commun entre le Coran et les écrits juifs avant l'islam : l'emprunt lexical». Au début, il était question de traiter l'ensemble du vocabulaire commun au Coran et aux écrits juifs avant l'islam mais devant l'ampleur, 700 termes environ, constitués d'emprunts lexicaux, de sémitiques communs et de noms propres, nous avons choisi de concentrer nos recherches sur l'emprunt lexical. L'objectif devenait alors de faire le point sur les emprunts lexicaux dans le Coran et de reconstruire leur histoire à travers l'ensemble des matériaux disponibles.
La question des mots étrangers dans le Coran est un sujet que l'on croyait épuisé, puisqu'un ouvrage à valeur encyclopédique, The Foreign Vocabulary of the Qur'ân, publié en 1938 par Arthur Jeffery, rassemble pratiquement tout ce que la recherche a pu produire dans ce domaine. L'auteur écrivait dans la préface de son ouvrage qu'il espérait voir un jour un lexique du Coran :

«comparable à ceux que l'on a de l'Ancien et du Nouveau Testament où toutes les ressources philologiques, épigraphiques et de critiques textuelles seraient utilisées pour une étude complète du vocabulaire coranique».

Il ajoutait que :

«Peu de progrès peuvent être faits dans notre interprétation du Coran ou sur la vie de Muhammad, tant qu'une étude complète du vocabulaire n'aura pas été entreprise».

Son appel est resté sans écho. Les études lexicographiques coraniques ont peu avancé et se sont paradoxalement arrêtées avec cet ouvrage. La langue arabe n'a toujours pas de dictionnaire historique et étymologique, et le Coran n'a pas de lexiques comparables à ceux dont disposent les biblistes. Pourtant, le XXe siècle s'est enrichi de découvertes capitales dans le domaine sémitique : l'ougaritique en 1929, l'éblaïte en 1974, les manuscrits de la mer Morte de 1947 à 1956 et l'épigraphie sudarabique et nordarabique dévoile depuis peu des milliers d'inscriptions. De nombreux travaux sur la lexicographie arabe ont été publiés et malgré les investigations scrupuleuses des chercheurs, les études sur les emprunts lexicaux stagnent. Si la liste des emprunts a plus ou moins été établie par A. Jeffery, elle nécessitait d'être révisée, actualisée et complétée.
Du point de vue de la méthode, nous avons donc pris cet ouvrage comme point de départ, car il offrait à la fois un modèle à suivre et à compléter : au niveau de la liste des emprunts, des ressources bibliographiques et de la présentation de l'histoire de ces mots. Ce savant a répertorié tous les termes auxquels le Coran a pu emprunter, soit environ 275 emprunts à toutes les langues en dehors des noms propres. Nous avons limité notre étude aux mots qui ont un lien avec les textes juifs.
Pourquoi les écrits juifs ? D'abord, parce que l'étude des emprunts est difficilement envisageable sans une connaissance profonde de la langue source et de la langue cible, mais aussi, parce que de nombreux termes communs avec le Coran ont déjà été traités dans les lexiques de la Bible et dans les ouvrages récents sur les mots étrangers à l'hébreu. Ces travaux nous ont donc servi de socle linguistique pour traiter leurs équivalents arabes.
Comment avons-nous procédé ? Quand un mot reste obscur, la technique consiste à élargir la sphère géographique et à regarder dans les différentes langues de la même famille. Ainsi pour l'arabe, on se tournera vers l'hébreu, le syriaque, l'araméen, le nabatéen, ou vers les langues frontalières : l'éthiopien, le sudarabique ou les langues non sémitiques influentes dans la région comme le persan, le latin et le grec. Pour les couches linguistiques les plus anciennes, on se tournera vers l'akkadien, l'ougaritique et l'éblaïte. Mais pour qu'un emprunt soit considéré comme tel, il doit présenter des preuves. Chaque occurrence proposée par A. Jeffery a ainsi été réexaminée et discutée en deux phases : est-ce bien emprunt ? D'où vient-il ? Quand il a fallu trancher pour savoir s'il s'agissait d'un emprunt, le plus difficile a été de distinguer ce qui appartient au fonds communs de ce qui a été intégré, et de ce qui est propre à la langue arabe. Si parfois les indices sont assez éclairants, ils sont d'autres fois plus minces et le doute subsiste. Au niveau de l'origine des emprunts, nous avons d'abord opté pour une classification diachronique : les emprunts antérieurs à l'islam et les emprunts liés à la Révélation. Cette répartition s'est effectuée assez spontanément puisque tout ce qui est antérieur à l'islam correspond pratiquement au vocabulaire courant tandis que tout ce qui est lié à la Révélation concerne surtout du vocabulaire technique de l'islam. Pour les premiers, la difficulté a résidé dans la distinction entre les emprunts à l'akkadien et l'araméen. Les emprunts à l'akkadien ont toujours été vus comme transmis par l'intermédiaire de l'araméen. Mais, il nous a semblé que dans certains cas l'emprunt à l'akkadien a été direct. C'est pourquoi, avant de présenter l'étude détaillée des emprunts, nous avons cherché à les replacer dans la problématique des contacts linguistiques et historiques.

Présentation de l'éditeur :

Dans son Avant-propos à ce livre Moshe Bar-Asher écrit : «L'intérêt de Catherine Pennacchio pour le monde juif-hébreu et le monde musulman-arabe l'a amenée à assumer ce défi. Après avoir étudié et fait une synthèse du travail de Jeffery, elle a relu le Coran à plusieurs reprises pour y découvrir la présence de termes judéo-araméens.
J'ai d'abord lu sa thèse comme membre du jury de son doctorat 2010-2011 et ensuite le présent ouvrage avec beaucoup d'intérêt. J'apprécie les résultats significatifs de ce travail. J'ai été impressionné par sa capacité à distinguer les éléments sémitiques communs des éléments judéo-araméens et arabes. Un exemple particulier, qui démontre les résultats remarquables de cet ouvrage, se manifeste par le mot galâ qui est un reflet du mot et de l'idée de gâlût (exil) en hébreu. Il est curieux qu'aucun de ses devanciers n'ait vu cet exemple magnifique des liens entre les deux cultures et les deux langues».
En général, «La recherche étymologique est parfois chaotique, les suggestions problématiques sont quelques fois considérées comme des données incontestables. Ce n'est pas le cas dans cet ouvrage de Catherine Pennacchio. Les études étymologiques des emprunts lexicaux coraniques qui sont présentées ici sont faites avec connaissance et prudence, et pour cela elles sont pleines d'informations et d'arguments convaincants».
Par des recherches minutieuses, Catherine Pennacchio a accompli un énorme travail par lequel elle rend un grand service aux arabisants et hébraïsants de notre temps.

Catherine Pennacchio participe au Projet Glossarium Coranicum pour la révision de l'ouvrage d'Arthur Jeffery, The Foreign Vocabulary Of The Qur'an, Baroda 1938, coordonné par le CNRS (UMR 8167-Orient et Méditerranée) et l'Académie des Sciences de Berlin-Brandenburg. Elle a construit une base de données du vocabulaire du Coran axée sur létymologie, qu'elle étend à la poésie préislamique. Elle a publié «Les emprunts lexicaux dans le Coran : les problèmes de la liste d'Arthur Jeffery», dans le Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem.
Catherine Pennacchio enseigne actuellement l'hébreu biblique à l'Institut Universitaire Rachi à Troyes.

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(Aucun exemplaire disponible)

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