Instants éternels : Cent et quelques poèmes appris par coeur en Chine

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( 2 avis fournis par Goodreads )
 
9782729121068: Instants éternels : Cent et quelques poèmes appris par coeur en Chine
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Extrait :

«Le classique des poèmes»

(XIe-VIe siècles av. J.-C.)

Le Classique des poèmes (Shijing), aussi appelé Livre des odes, est une anthologie de trois cent cinq pièces anonymes du XIe au VIe siècle av. J.-C, qui constitue la plus ancienne oeuvre littéraire chinoise. La première partie, intitulée Airs des pays ou Vents des pays (Guofeng), rassemble des chansons populaires locales, et s'ouvre sur le poème des Orfraies. Viennent ensuite une centaine de pièces, Élégances mineures et Élégances majeures (Xiaoya, Daya) chantées à l'occasion des fêtes ou des cérémonies royales, et trente Odes (Song), hymnes religieux au Ciel, aux dieux et à la louange des premiers souverains, qu'on chantait lors du culte des ancêtres.
Marcel Granet a montré comment les poèmes de Vents des pays ont été sans doute inspirés par des joutes improvisées de chants et de danses, pratiquées entre les garçons et les filles de différentes communautés villageoises à l'occasion de fêtes saisonnières rituelles, où se formaient les couples. Ces joutes survivent encore dans certaines communautés Hakka ou Miao du sud de la Chine. Le style impersonnel de ces chants émotifs, la symétrie et la répétition des images devaient tisser des correspondances évidentes dans la langue de l'époque entre les événements de la nature et les observances des hommes, tout en servant «d'emblèmes aux règles de la vie sociale».
Le pouvoir était attentif à la collecte systématique de ces chants populaires, parce qu'ils étaient envisagés dès la plus haute antiquité, selon Léon Vandermeersch, comme une forme d'expression de l'opinion publique. Transcrits par les scribes et imités sous la forme de chants de cour et d'hymnes liturgiques, ils constituent progressivement le Classique des poèmes.
Ainsi le destin de ces chants d'amour, une fois réécrits, quitte les rivages des fêtes sexuelles auxquelles ils préludaient, pour rejoindre des usages plus politiques. Entre les mains des envoyés des différents États qui se partagent l'ancien empire des Zhou, dès 550 av. J.-C, la poésie devient un moyen indirect et efficace d'exprimer ses intentions. Une femme appelant son amant «seigneur» (zi), le texte des chansons peut être réinterprété dans le cadre d'autres relations sociales entre pairs et inférieurs, par exemple lors d'assauts de courtoisie entre diplomates des principautés, qui permettent de faire passer indirectement les messages les plus divers. Le poème Jupes troussées (n° 87) a un contenu explicitement érotique :

Si tu as de l'amour pour moi
Trousse ta jupe et passe la Wei
Mais si jamais tu n'en as pas
N'y a-t-il pas d'autres gars ?
Grand fou parmi les jeunes fous ?

Chanté dans une entrevue diplomatique, le poème devient une offre d'alliance qui, en cas de refus, peut se retourner contre l'interlocuteur. «Le chantage est aussitôt compris», selon François Martin, «et le destinataire répond par un chant de mariage».
Cet usage savant du Livre des odes est attesté dès l'époque de Confucius (551-479), ce qui rend caduque la tradition qui voudrait en faire le compilateur. Il est clair cependant que le sage a donné à cet ouvrage son statut de classique, en recommandant fréquemment à ses disciples son étude dans ses Entretiens (Lunyu) : «Mes enfants, pourquoi aucun de vous n'étudie-t-il Les Poèmes ? Les Poèmes permettent de stimuler, permettent d'observer, permettent de communier, permettent de protester. En famille, ils vous aideront à servir votre père, dans le monde, ils vous aideront à servir votre souverain. Et vous y apprendrez le nom de beaucoup d'oiseaux, bêtes, plantes et arbres» (XVII.9). Ou encore : «Le Maître dit à son fils : as-tu travaillé la première et la seconde partie des Poèmes ? Qui voudrait faire son métier d'homme sans travailler la première et la seconde partie des Poèmes restera comme planté le nez contre un mur» (XVII. 10).
(...)

Présentation de l'éditeur :

Instants éternels rassemble les poèmes les plus connus en Chine et détaille, pour la première fois, les usages actuels des vers ou des quatrains célèbres, qui ont assuré leur transmission de générations en générations, au coeur d'une civilisation perpétuée par les signes. Les poèmes sont replacés dans leur contexte historique, politique et littéraire, par des introductions qui retracent le parcours des poètes et ce qui les a constitués en tant que tels. Cette galerie de portraits, qui façonne au fil des pages une histoire incarnée de la Chine à travers ses créateurs préférés, surtout ceux des dynasties Tang et Song (VIIe-XIIIe siècles), est fondée sur les avancées considérables des connaissances sur la poésie classique depuis les années 1980. Elle permet au lecteur non averti de voyager à travers les oeuvres, les temps et les individualités qui les ont portées.
La traduction tente de recréer le flux et la vitalité des images du texte chinois (placé en vis-à-vis), et vise à faire de l'interprétation, comme en musique, un acte de composition.

Cette anthologie qui s'arrête à la fin des Song du Sud, en 1279, réunit les poèmes classiques les plus cités. Elle détaille, pour la première fois par rapport aux autres anthologies, les conditions contemporaines de leur usage qui assurent leur transmission. De façon générale, un poème a pu traverser les âges grâce à la célébrité d'un vers ou d'un distique, repris à l'occasion par tout le monde ayant un bagage d'enseignement secondaire dans les années 60 ou ayant passé par l'enseignement supérieur, depuis les années 80.

La deuxième nouveauté de ce recueil est la tentative de replacer les poèmes dans le contexte de leur époque, de la vie et de l'itinéraire de chaque poète. Depuis les années 80, s'est opérée une véritable renaissance des travaux sur l'Empire du milieu et la poésie, en Chine comme à l'étranger. Mais si l'on en sait beaucoup plus sur la vie et l'oeuvre des poètes de la grande époque classique, sous les Tang (618-907) et les Song (960-1279) aucun recueil n'a encore tenté de recouper les découvertes de ces dernières décennies, de retisser la trame des influences et des héritages, et de restituer, au plus près, le souffle des poètes de leurs temps, dans la continuité des âges. Cette galerie de 55 portraits façonne, au fil des pages, une histoire réincarnée de la Chine à travers ses créateurs préférés.

Guilhem Fabre est sinologue. Essayiste, poète et traducteur, il a fait paraître nombre d'ouvrages dont les derniers sont Les Prospérités du crime (2013) et Le Dit de la grande peur (2014).

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