Assef Soltanzadeh Perdus dans la fuite

ISBN 13 : 9782742739592

Perdus dans la fuite

Note moyenne 3
( 1 avis fournis par GoodReads )
 
9782742739592: Perdus dans la fuite

180pages. in12. broché. Ces nouvelles de la vie quotidienne afghane sont autant d'interrogations sur ce que peut devenir l'homme face au terrible, à la déréliction et à la barbarie.

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Extrait :

Ils ont tué mon père ou peut-être mon frère, je ne sais pas… Mais l’un des deux, c’est sûr. Car je n’avais personne d’autre à Kaboul. Les autres avaient tous sauvé leur peau en quittant la ville devenue maintenant un véritable enfer. Ceux à qui il restait encore quelques biens, épargnés par les pillages, ont pu sortir du gouffre et partir. On racontait qu’à la moindre accalmie les gens accompagnés de leurs enfants, petits et grands, sortaient effrayés de leur tanière pour détaler de la ville, avec leur baluchon sous le bras, le strict nécessaire. Seuls restaient ceux qui n’avaient ni argent ni moyen. Ou ceux que quelque chose retenait encore. Mon père aurait pu quitter Kaboul comme tout le monde. Pourquoi ne l’a-t-il pas fait ? Peut-être qu’il pensait que quelque chose le retenait encore. Ils ont tué mon père ou mon frère mais peut-être qu’ils ont été tués par hasard. Se faire tuer par quelqu’un est très différent d’être tué par hasard. Dans un cas tu meurs parce que quelqu’un t’a adossé à un mur et t’a vidé un chargeur dans le corps. Dans l’autre, tu es chez toi, une bombe ou une roquette arrive en sifflant et met fin à tes jours. On ne connaît même pas l’identité de son ou ses tueurs, on ne peut le prendre au collet et dire : "C’est toi le meurtrier." Ils ont tué mon père ou mon frère ou peut-être même les deux. C’est mon oncle, sur le pas de la porte, qui me l’a dit. En fait, il ne me l’a pas encore dit, il va me le dire. D’abord, il va m’emmener chez lui et ensuite il me dira : "Condoléances fils, ils ont tué ton père… ou … ton frère." C’est comme ça qu’il s’y est pris il y a trois mois pour m’annoncer la mort de ma mère, ou plutôt devrais-je dire l’assassinat de ma mère. J’étais rentré du travail tout juste une heure avant, sur les rotules. Il devait être dix heures passées. J’étais tellement crevé que je n’ai rien pu avaler. A peine avais-je eu le temps de débarrasser la nappe et d’apprêter mon lit qu’on frappa à la porte d’entrée. J’ai pensé que c’était le voisin. Comme moi, il rentrait toujours tard le soir. J’ai fait mine de n’avoir rien entendu et je suis resté allongé. On frappe une nouvelle fois. Quelques instants plus tard quelqu’un ouvre la porte d’entrée. J’entends des pas s’approcher, tout droit vers ma chambre. Une démarche ralentie. Ils me sont familiers ces pas. Je la connais bien cette démarche ! Je mets un visage sur cette façon de traîner les pieds. J’ai vite allumé. Mon oncle se tient sur le pas de la porte. Pourquoi son visage s’est-il creusé depuis notre dernière rencontre ? Ses cheveux ont tellement blanchi ! Ses épaules s’affaissent comme sous le poids d’un lourd fardeau. Son corps décharné flotte dans ses vêtements. Exactement le même oncle qu’il y a trois mois. L’air grave, mon oncle était entré et s’était assis. Il essayait d’humecter avec sa langue ses lèvres gercées. Je sentais que quelque chose ne tournait pas rond. Quelques jours plus tôt, j’avais appris qu’un de nos proches était arrivé de Kaboul. Mon frère avait apporté un verre d’eau à mon oncle : – Oncle, qu’est-ce qui t’amène à cette heure-ci ? Ça va ? Pudiquement, il tentait de détourner le regard : – Ça va… Et, balbutiant, il continua : Tu sais que quelqu’un de nos proches est arrivé ces jours-ci de Kaboul. Il est chez nous, tous les autres sont là aussi. On pourrait peut-être y faire un tour. Histoire de prendre des nouvelles de la famille. Je n’avais pu en supporter davantage. J’étais sorti de la maison faire les cent pas dans la cour pour me calmer un peu. C’était la nuit, il faisait lourd et j’avais du mal à respirer. Je regardais le ciel, il était nuageux. Au loin on entendait miauler deux chats querelleurs. Mon frère me rejoignit dans la cour. L’attitude de mon oncle n’augurait rien de bon, il le savait : – Frère, il y a de mauvaises nouvelles dans l’air, j’espère qu’il n’est rien arrivé à papa et maman à Kaboul… C’est au frère aîné de veiller sur son cadet. Ma mère me l’avait dit alors que nous quittions Kaboul pour l’Iran. Elle essuyait ses larmes avec son voile. Elle m’avait dit : "Tu es l’aîné… Après Dieu, c’est à toi que je confie mon fils. Prends soin de lui." Et elle avait pleuré. Dans ses lettres elle insistait aussi sur mes responsabilités de grand frère. Tenez, sa dernière lettre : "Mes enfants, comme vous avez pu le voir, la nuit sombre est passée et le jour s’est levé enfin. Même si votre présence nous a cruellement manqué, la nuit a été très longue, mais nous avons tout enduré dans l’espoir de vous revoir un jour ici. Je savais que tout cela n’allait pas se prolonger. Oui, nous sommes sortis de la nuit de terreur… le service militaire n’a plus sa raison d’être, maintenant que la guerre est finie. La paix est une bénédiction puisqu’elle nous rend nos enfants. Hier, j’ai ouvert la porte de vos chambres, j’ai ouvert les fenêtres et dépoussiéré la maison. Ce qu’elle me semble vide et sans attrait depuis votre départ ! Rentrez dès que possible. Prends bien soin de ton petit frère. Je sais qu’il a grandi maintenant, mais pour moi c’est toujours le même petit gamin adorable." Il était de mon devoir de veiller sur mon petit frère. Les épreuves, c’est seul que je devais les affronter. Alors, je lui avais répondu : "Non, il ne s’est rien passé. Tout va bien. Ne t’inquiète pas, tout va bien." L’œil perçant, mon frère cherchait mon regard dans l’obscurité de la nuit, sous la pâle lueur de l’unique fenêtre sur cour. Sans doute essayait-il de lire dans mes pensées. Comme pour mon oncle, j’avais évité son regard. Mon oncle nous avait rejoints dans la cour et avait dit : "Ne perdez pas de temps à papoter ici, dépêchez-vous. Allons-y, tout le monde nous attend." J’avais pris mon oncle par la main et l’avais entraîné dans un coin, à l’écart. Mon frère ne devait pas nous entendre : – Oncle, ne pourrait-on pas attendre demain matin ? Je m’inquiétais pour mon frère. Le pauvre ! Après toutes ces longues nuits de travail, il aurait pu récupérer enfin. Mon oncle répondit avec fermeté : – Non, c’est hors de question, il faut y aller cette nuit… – Voyons mon oncle, mon frère est exténué, nous sommes tous les deux exténués. Laisse-nous juste une petite nuit de répit. Demain nous ferons ce que tu voudras. – Non et non, nous nous y rendrons ce soir. Je compris qu’il s’était passé quelque chose. Qui encore ? Mon père ou ma mère ? Les deux, qui sait ? Je ne savais pas. Mon frère s’approcha. Effrayé, il écarquillait les yeux. – Qu’est-ce qu’on fait ? – On n’a pas le choix, il faut y aller.

Présentation de l'éditeur :

LE POINT DE VUE DES EDITEURS.
Un homme voit sa vie suspendue à l'issue d'une partie de cartes où le deux de trèfle doit s'avérer gagnant... Un autre, ne trouvant pas preneur pour son plus précieux bien, ses enfants, décide de leur offrir un dernier repas, un festin royal... Un futur marié est obligé d'aller chercher son oncle dans un quartier de Kaboul interdit à son ethnie... Une femme décide de se prostituer pour sauver son époux... Un magicien fait disparaître, dans un ultime défi, un tank russe...
Les nouvelles d'Assef Soltanzadeh sont toutes des plongées dans l'indicible, l'inimaginable, où des personnages tentent de fuir leur destin sans jamais pouvoir lui échapper avec, en toile de fond, la guerre omniprésente.
Par tradition et parce que le roman est une idée neuve dans la littérature afghane, Assef Soltanzadeh a choisi cette "petite forme", celle des récits, des contes, des nouvelles, pour mieux rendre compte d'un univers fragmenté et chaotique.

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SOLTANZADEH ASSEF
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