SF : la science mène l'enquête

 
9782746505483: SF : la science mène l'enquête
Extrait :

Le vertige du vraisemblable

Les essais qui composent le présent recueil prolongent une tradition critique amorcée, dès le XIXe siècle, par les grandes figures créatrices de ce qui allait devenir la science-fiction - figures qui manifestent toutes, d'une façon ou d'une autre, la volonté d'inscrire leurs oeuvres dans un intervalle de plausibilité scientifique. Ainsi Mary Shelley précise-t-elle, dans la préface à la réédition de 1831 de Frankenstein, quelles spéculations la poussèrent à imaginer le docteur et son monstre, quinze ans auparavant :

L'invention, il faut le reconnaître humblement, ne consiste pas à créer à partir d'un vide, mais à partir du chaos. [...] L'invention consiste en la faculté de saisir les possibilités d'un sujet, et en le pouvoir de modeler et façonner des idées évoquées par ce sujet. Nombreuses et longues étaient les conversations entre Lord Byron et Shelley, dont j'étais une auditrice fervente mais à peu près silencieuse. Au cours de l'une d'elles, diverses doctrines philosophiques furent discutées ; entre autres, la nature du principe de la vie, et s'il existait une quelconque probabilité qu'on le découvrît et le communiquât jamais. Ils évoquaient les expériences du docteur Darwin [...] lequel conserva dans une boîte en verre un fragment de vermicelle, jusqu'à ce que, grâce à des moyens extraordinaires, il commençât à se mouvoir d'un mouvement volontaire. Ce n'était pas ainsi, après tout, que la vie serait donnée. Peut-être un cadavre serait-il ranimé ; le galvanisme avait laissé envisager de tels phénomènes : peut-être les éléments constitutifs d'un être pourraient-ils être fabriqués, assemblés, dotés de chaleur vitale ?

Dans ses Notes sur des oeuvres d'Edgar Poe (1852-1860), Baudelaire souligne combien l'auteur de Hans Pfaal et des Aventures d'Arthur Gordon Pym était lui aussi attentif à cet aspect du travail littéraire :

Dans l'édition posthume des oeuvres [de Poe] se trouve à la suite de Hans Pfaal une fort singulière note dont je veux faire l'analyse [...]. Poe commence par citer le Moon Hoax de M. Locke qui n'est pas autre chose, je présume, que ces malheureux Animaux dans la Lune qui, il y a près de vingt ans, ont fait aussi leur bruit sur notre continent déjà trop américanisé. [...] Pour que le public ait pu gober le Moon Hoax, il faut que son ignorance astronomique dépasse la vraisemblance. La puissance du télescope de M. Locke ne peut pas rapprocher la Lune, située à 240 000 miles de la Terre, suffisamment pour y voir des animaux, des fleurs, pour y distinguer la forme et la couleur des yeux des petits oiseaux. [...] Les imaginations relatives aux végétaux et aux animaux ne sont nullement basées sur l'analogie ; les ailes de l'homme chauve-souris ne peuvent pas le soutenir dans une atmosphère aussi rare que celle de la Lune; la transfusion d'une lumière artificielle à travers l'objectif est un pur amphigouri ; s'il ne s'agissait que d'avoir des télescopes assez forts pour voir ce qui se passe dans un corps céleste, l'homme aurait réussi mais il faut que ce corps soit éclairé suffisamment, et plus il est éloigné, plus la lumière est diffuse, etc. Voici la conclusion de Poe, qui n'est pas peu curieuse pour les gens qui aiment scruter le cabinet de travail d'un homme de génie [...] : «Dans ces différents opuscules, le but est toujours satirique ; le thème - une description des moeurs lunaires mises en parallèle avec les nôtres. Mais dans aucun cas, je ne vois l'effort pour rendre plausibles les détails du voyage en lui-même. Tous les auteurs semblent absolument ignorants en matière d'astronomie; dans Hans Pfaal, le dessein est original, en tant qu'il représente un effort vers la vraisemblance, dans l'application des principes scientifiques (autant que le permettait la nature fantasque du sujet), à la traversée effective de la Terre à la Lune.»

Présentation de l'éditeur :

Roland Lehoucq se propose d'analyser les grands thèmes de la science-fiction grâce aux outils de la physique. Il tentera ainsi de répondre à toutes les questions que posent ces explorations extraordinaires : peut-on, pourra-t-on, aller au centre de la Terre ? voyager dans le temps ? se déplacer aussi vite que la vitesse de la lumière ? visiter les étoiles voisines ? habiter une autre Terre ?
En grand format, l ouvrage a reçu le Grand Prix de l Imaginaire en 2008.

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