Nouvelle revue de psychosociologie, N° 14, Automne 2012 : Faire équipe

 
9782749234465: Nouvelle revue de psychosociologie, N° 14, Automne 2012 : Faire équipe
Extrait :

Extrait de l'introduction de Gilles Amado et Paul Fustier

Bien que la notion d'équipe renvoie à une situation collective souvent présente dans la vie professionnelle, les travaux des chercheurs, comme ceux des praticiens se réclamant d'une approche clinique, semblent moins nombreux et moins approfondis que ceux consacrés au groupe. Il est vrai que la distinction entre ces deux notions n'est pas de l'ordre de l'évidence. La question est donc posée, au plan théorique déjà : qu'est-ce que ce «mot valise», l'équipe ? Quelle est la spécificité de cette notion ? Que recouvre-t-elle en termes de dynamiques consciente et inconsciente ?
Dans une première approche, l'équipe peut être définie comme un groupement de sujets que réunit un «projet» commun lié à l'exécution de la tâche primaire dévolue à l'institution (soigner, produire des objets symboliques ou réels, gagner des matchs...). Le «faire équipe» suppose donc une organisation des pratiques incluant des échanges entre les personnes. Il relève de la mise en place d'une synergie qui coagule les différences entre les individus rassemblés pour faire équipe.
Le quotidien d'une équipe peut favoriser le «vivre avec» à l'aide de dispositifs de régulation des inévitables tensions interpersonnelles, mais aussi de moments de partage des accomplissements et succès. À l'inverse, il peut être plutôt centré sur un rapport essentiellement fonctionnel au projet ; dans ce cas, les affects des membres de l'équipe seront plutôt considérés comme des freins ou des obstacles, nuisant à l'efficacité des réalisations ; l'institution s'inventera alors un débarras où seront déposés les affects gênants.
Comment s'articulent, en fin de compte, le rapport à l'activité et la «chimie» groupale ? Comment se combinent l'accomplissement de la tâche primaire et les liens qui se nouent entre les membres de l'équipe ?
On sait à quel point un certain type de cohésion groupale peut s'exercer au détriment de l'individuation, menacer les processus de pensée et le libre-arbitre. Les sectes en représentent l'exemple extrême, sous l'emprise de la pensée et de l'illusion groupales, manipulées par des gourous sans scrupules. En retrouverait-on des traces dans les relations qui se créent entre certains managers et directeurs d'institutions et les équipes dont ils ont la charge ?
Une chose est sûre, les responsables souhaitent en général qu'un esprit d'équipe naisse le plus rapidement possible, d'où des formations au «team building» dont le destin peut être précaire si elles laissent de côté la nature des activités comme leur environnement organisationnel.
Car une équipe peut difficilement être appréhendée hors contexte et hors diachronie. L'histoire institutionnelle et organisationnelle est là, qui infiltre nécessairement l'ici et maintenant des situations pour constituer des repères refondateurs et énergisants, ou être invoquée au contraire pour maintenir le statu quo, «l'heureux temps des origines», et freiner les ardeurs transformatrices. N'est-ce pas cette histoire ainsi que «l'identité» d'une organisation qui facilitent la nécessaire cohésion quasi instantanée des équipages des compagnies aériennes ?
A côté de ce cas princeps de création d'équipes provisoires, force est de constater que faire équipe prend du temps et n'offre aucune garantie de pérennité si l'on admet que les processus interhumains, conscients et inconscients, conservent toujours un caractère d'imprévisibilité.
L'équipe étant une notion présente dans le sport collectif plus que nulle part ailleurs, une observation est frappante si l'on écoute attentivement entraîneurs, dirigeants et joueurs. Depuis quelque temps, ils évoquent alternativement «l'équipe» et «le collectif» avec, semble-t-il, cette distinction pas toujours explicite ni consciente : «l'équipe» serait le produit d'une organisation de rôles idéale (sur le papier...), le plus souvent mise au point par l'entraîneur, dans une optique fonctionnelle et en vue d'un objectif précis, alors que «le collectif» figurerait une sorte d'assemblage coopératif muni, parallèlement à son organisation fonctionnelle, d'une âme et d'une solidarité à toute épreuve, convoquant ses membres au-delà de leurs capacités individuelles.

Présentation de l'éditeur :

L'équipe peut être définie comme un groupement de sujets que réunit un «projet» commun lié à l'exécution de la tâche primaire dévolue à l'institution (soigner, produire des objets symboliques ou réels...). Le «faire équipe» suppose une organisation des pratiques incluant des échanges entre les personnes, c'est-à-dire un certain partage dans un «vivre avec» suffisant. Qu'en est-il du fonctionnement de l'équipe ? Favorise-t-il le «vivre avec», multiplie-t-il les situations interpersonnelles chargées d'affects ? Ou au contraire le travail d'équipe est-il principalement centré sur son rapport au «projet» dans lequel les affects des membres de l'équipe seront mis en dépôt ? Qui fait (ou ne fait pas) partie de l'équipe ? Le directeur est-il dans l'équipe, ou bien a-t-il son équipe, ou bien est-il hors équipe ? Que se passe-t-il lors d'une intervention auprès d'une équipe ? L'intervenant lui-même vient-il de l'extérieur, pour cette seule tâche consistant à favoriser un travail de l'équipe dans des espace-temps clairement définis et limités ? Ou cette tâche est-elle confiée au «psy» de l'institution qui l'exerce parmi d'autres ? Ce numéro se fixe comme ambition d'éclairer les questions portant sur les problématiques psychiques, culturelles, sociales, économiques qui traversent l'équipe, à l'aide de réflexions multiples mais aussi de présentations et d'analyses d'interventions dans des champs divers tels que le médico-social, l'entreprise, le sport, le pédagogique, l'interculturel, la recherche, par exemple.

Ont participé à ce numéro : Muriel AUGUSTINI - Jacqueline BARUS-MICHEL - Valérie BOUCHERAT-HUE - Sylvie CHEVRIER - Pascal DURET - Eugène ENRIQUEZ - Willy FALLA - François FORT - Pascal FUGIER - Georges GAILLARD - Harmony GLINNE - Antonia GUEUDAR-DELAHAYE - Alain-Noël HENRI - Denis MELLIER - Jelloul MESSAOUDENE - Gérard NEYRAND - Pascale PERETTI - Philippe PETRY - Jean-Pierre PINEL - Bertrand RAVON - Annie ROLLAND - Pascal ROMAN - André SIROTA - Jean VINCENT -

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