La culture du refus de l'ennemi. Modérantisme et religion au seuil du XXIe siècle

9782842874513: La culture du refus de l'ennemi. Modérantisme et religion au seuil du XXIe siècle
Extrait :

Extrait de l'avant-propos de Gilles DUMONT, Professeur de droit public OMIJ - Université de Limoges :

Constater que les équilibres religieux, en France comme plus largement en Europe, ont profondément évolué ces dernières décennies est un lieu commun. Les chrétiens, et singulièrement les catholiques, n'ont certes jamais été en situation monopolistique dans le champ religieux, mais, s'ils se revendiquent toujours comme majoritaires parmi les religions établies, ils sont en réalité déjà en situation de minorité, d'un point de vue culturel et si on les rapporte à l'ensemble de la population concernée.

Cette situation bien connue a été analysée à de très nombreuses reprises ; ses conséquences sur les comportements politiques des ressortissants des religions considérées ont, elles aussi, fait l'objet d'études ou de publications approfondies, principalement en sociologie des religions et en science politique. Il ne s'agira donc pas, dans la courte série d'ouvrages qu'ouvre le présent volume, de balayer à nouveau l'ensemble de ces comportements politiques, mais plutôt de mettre l'accent sur certains d'entre eux, en refusant à chaque fois, à leur propos, de réduire l'analyse au seul cas français, et d'exclure la lecture interne aux religions considérées des comportements étudiés.

Ce dernier point mérite explication. Il est en effet couramment admis, et cela fut théorisé en leur temps par les tenants de la «théologie politique», que les concepts politiques et juridiques modernes (et l'on pourrait étendre la remarque aux concepts philosophiques) sont, pour une large part, issus de concepts théologiques, soit qu'ils procèdent d'une sécularisation de ces concepts, soit qu'ils aient été construits par opposition aux concepts théologiques (ce qui, d'ailleurs, peut revenir au même). La quasi-totalité des auteurs de théorie politique et juridique moderne étaient, en effet, de bons connaisseurs (et parfois des praticiens) de la théologie. Il est d'autant plus regrettable qu'aujourd'hui, à l'exception de quelques domaines spécifiques ou de quelques cercles spécialisés, les données fondamentales de la théologie soient méconnues des disciplines juridiques et politiques, à la compréhension desquelles elles sont pourtant indispensables. La spécialisation des savoirs est toujours une démarche regrettable parce que stérilisante, mais en ce domaine, elle aboutit en outre à une incompréhension parfois totale de la matière que les disciplines visées se donnent pour objet. Il sera donc fait une place significative, dans l'examen de ces comportements, aux approches théologiques et morales.

Trois attitudes peuvent être considérées comme des conséquences de la prise de conscience, par les membres des religions établies, de leur situation minoritaire.
La première, qui est l'objet du présent ouvrage, est le modérantisme, considéré comme recherche du compromis, plus encore que du consensus, c'est-à-dire comme refus a priori de la possibilité même de toute situation conflictuelle : alors que le modérantisme est une constante politique centrale parmi les chrétiens, en France comme dans la majeure partie des pays européens, sa signification est évidemment très différente dans un contexte où le christianisme est, culturellement sinon politiquement, dominant, et dans une situation où il est devenu une minorité.

Présentation de l'éditeur :

«Je passe pour modéré. Eh bien ! laissez-moi vous dire que j'ai trop vécu dans la vie publique pour croire à l'efficacité des demi-mesures. On ne gagne rien par le silence, par les capitulations plus ou moins déguisées, par les habiletés dans lesquelles on finit toujours par s'embourber. La paix, nous la souhaitons de toutes nos forces, mais la paix avec l'honneur».
Ainsi s'exprimait, à la veille de la Grande Guerre, Jacques Piou, fondateur de l'Action libérale populaire, le parti malchanceux des ralliés.
Le modérantisme n'est pas mort. Des «iréniques» du XVIe siècle jusqu'aux négociateurs de Munich, le legs est plutôt lourd. Il constitue une véritable culture du refus de l'ennemi.

Textes de Miguel Ayuso, Philippe Baillet, Claude Barthe, Bernard Dumont, Gilles Dumont, Teodoro Katte Klitsche de La Grange, Bernard Marchadier, Jeronimo Molina Cano, Laurent-Marie Pocquet du Haut-Jussé, Claude Polin, Christophe Réveillard, Ansgar Santogrossi, Paul-Ludwig Weinacht, Bernard Wicht.

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