Charlot prend la parole aux mots

 
9782843012082: Charlot prend la parole aux mots
Extrait :

Chariot prend la parole et la perd

I - Le balbutiement, la parole inarticulée

A - Chanson sans paroles

1936. Cinq ans après ses déclarations péremptoires contre le parlant, Charlie Chaplin tente l'expérience de la parole, à la fin de Modem Times (Les temps modernes), dans la séquence du caba­ret. Jusque là ses "histoires sans paroles" connaissent un immense succès, y compris depuis 1927, date à laquelle naît le cinéma parlant. Chariot résolument muet depuis 1914 va enfin s'exprimer. Redoutable épreuve qui risque de compromettre l'excellence de sa pantomime ! Sa voix sera-t-elle acceptée par le public, ne viendra-t-elle pas pirater le jeu de l'acteur, pire, détruire le personnage ? Aussi cette scène est-elle fondamentale pour saisir les enjeux cinématographiques d'une telle tentative. Or, pour son coup d'essai, Chaplin fait preuve d'une remarquable sagacité.
Tout comme en 1927, le cinéma entrait dans l'ère du parlant par Le chanteur de Jazz, Chaplin décide d'inaugurer sa propre démarche par la chanson. Clin d'oeil à l'histoire cinématographique et / ou imitation d'une trajectoire qui a déjà réussi à ses prédécesseurs ? Chariot répète d'abord en coulisses, avec sa compagne danseuse, dans l'arrière salle du cabaret. Le spectateur découvre un Chariot inhibé, dans l'incapacité de sortir un son. "J'oublie les paroles", s'écrie-t-il désespéré sur un carton, utilisant ici la technique de communication des films dits muets. La scène, à ce point-là, reste résolument muette comme si les premiers balbutiements coûtaient, et nous assistons au chant inaudible parfaitement mimé. Pour lui faciliter la tâche, comme dans tout apprentissage, son amie lui copie les paroles sur sa manchette afin qu'il ne connaisse pas les affres de la répétition au moment du spectacle.
Chariot fait son entrée en scène et le spectateur, comme ceux de la salle d'ailleurs où il se produit, attend le moment où sa voix se fera entendre. En bon personnage du muet, rompu à la pantomime, il met d'abord le corps en action comme s'il retardait au maximum le moment de dire. C'est précisément dans cette ampleur de la gestuelle qu'il perd sa précieuse manchette - seul le spectateur s'en rend compte, ce qui est un élément de comique assuré. Chaplin entend donc entrer dans le parlant sans paroles. Un carton, attribué à la danseuse l'indique clairement : "Chante ! Ne t'occupe pas des paroles". Chanson sans paroles ! Chariot s'exécute et le son de sa voix, comme un balbutiement d'enfant, se fait enfin entendre.

B - Son de voix et pantomime

Ainsi la parole de Chariot est-elle d'emblée grammaticalement inarticulée. Dans la double articulation du langage, il n'est conservé ici que la chaîne des phonèmes, produisant une suite de sons relevant d'un sabir qui en conserve les accents méditerranéens. Sa voix enjôleuse sur fond de musique entraînante devient compréhensible grâce à la pantomime alerte et suggestive de Chariot. C'est comme si Chaplin redonnait à son personnage aguerri du muet une enfance au sens étymologique de "l'infans" à savoir celui qui ne parle pas encore mais qui est néanmoins capable de produire un certain babillage. Il éprouve une fois de plus son personnage dans sa capacité à émouvoir le public, chauffant sa voix dans une suite de vocalises qui nous suspend à ses lèvres, attendant avec fébrilité que jaillisse, comme chez le tout jeune enfant, le premier mot signifiant.

Présentation de l'éditeur :

Tout comme en 1927, le cinéma entrait dans l'ère du parlant par Le chanteur de Jazz, Chaplin décide d'inaugurer sa propre démarche par la chanson.
Clin d'oeil à l'histoire cinématographique et / ou imitation d'une trajectoire qui a déjà réussi à ses prédécesseurs ? Chariot répète d'abord en coulisses, avec sa compagne danseuse, dans l'arrière salle du cabaret.
Le spectateur découvre un Chariot inhibé, dans l'incapacité de sortir un son. "J'oublie les paroles", s'écrie-t-il désespéré sur un carton, utilisant ici la technique de communication des films dits muets. La scène, à ce point-là, reste résolument muette comme si les premiers balbutiements coûtaient, et nous assistons au chant inaudible parfaitement mimé. Pour lui faciliter la tâche, comme dans tout apprentissage, son amie lui copie les paroles sur sa manchette afin qu'il ne connaisse pas les affres de la répétition au moment du spectacle.

Mariange Lapeyssonie a été professeur dans un lycée. Elle est docteur en cinéma et a déjà publié trois ouvrages sur Chaplin Chariot au coeur de l'écriture cinématographique de Chaplin aux Editions du CEFAL (Belgique), Limelight au sein de CADRAGE, premier livre universitaire de cinéma en ligne et Le supplice de Tantale ou Chariot l'affamé chez ALÉAS.
Elle consacre ses actuelles recherches à ce réalisateur et au burlesque en général. Elle publie régulièrement des articles sur différents sujets dans CINÉMACTION, LA VOIX DU REGARD, LES ÉDITIONS DU TEMPS.

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