Comprendre l'échec scolaire : Elèves en difficultés et dispositifs pédagogiques

Note moyenne 4
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9782843031540: Comprendre l'échec scolaire : Elèves en difficultés et dispositifs pédagogiques
Extrait :

Extrait de la préface d'Elisabeth Bautier, Équipe ESSI-ESCOL :

La question des inégalités sociales à l'école a été mise en évidence depuis les années 1960 par deux types de travaux en sociologie. D'une part, des travaux quantitatifs de grande ampleur mettant en évidence les différences de parcours scolaire des élèves en fonction de leur origine sociale ; d'autre part, les travaux connus sous le nom de «sociologie de la reproduction», conduits en particulier par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron en France. En établissant une corré­lation statistique entre origine sociale, parcours et résultats scolaires, ces travaux ont permis de mettre au jour, dans une perspective macrosociologique, la composante sociale des inégalités scolaires.
Ces différentes recherches ont été et sont toujours de grande importance, et les corrélations statistiques toujours d'actualité, comme le mettent en évidence les évaluations nationales (CE2, 6e, fin du collège) et les écarts entre les résultats des établissements en ZEP et les autres. De même, les notions «explicatives» des différences de résultats développées par Bourdieu - comme celle d'écart culturel entre les attentes, les évidences, les exigences de l'école et les «répon­ses» possibles des élèves de milieux populaires, et comme le fait, qui lui est lié, que l'école exige ce qu'elle n'enseigne pas - ne sont pas remises en cause.
Mais puisque les inégalités perdurent, et s'accroissent même, si on considère la partie de la population scolaire la plus en difficulté, il est nécessaire de poser la question différemment. On peut certes interroger le fonctionnement du système éducatif lui-même dans ses logiques d'orientation des élèves, de diversification des filières et des classes ; certains chercheurs s'y attachent. Mais on peut aussi, et c'est le choix fait par Stéphane Bonnéry, interroger le rôle des pratiques de classe dans la construction au quotidien des inégalités, et plus particulièrement interroger les changements intervenus depuis la mise en place du collègue unique, et de l'école qui y prépare, dans la conception des apprentissages, dans les formes de travail scolaire ; changements encore concernant la place des échanges langagiers dans la classe, celle de l'élève lui-même et de sa parole, celle encore du travail collectif, changements dans les visées et présupposés des enseignements comme dans les objets mêmes de l'apprentissage, ou ce qui est considéré comme aide... Ce choix permet d'observer que, depuis une vingtaine d'années, l'école privilégie le développement de dispositions, voire de compétences chez l'élève ; ce faisant, les enseignants sont censés, par le biais de la mise en place de situations, de dispositifs, d'interactions dans la classe, de supports écrits individuels, construire chez les élèves des démarches de travail, de raisonnement, d'usage réfléchi du langage. Mais ces manières de faire qui organisent la classe, si elles correspondent aux priorités actuelles, peuvent être des facteurs d'inégalité plus importants que la difficulté de les mobiliser pour certains élèves peu familiers des références scolaires. En effet, dans les démarches dominantes dans les classes décrites dans cet ouvrage, que l'on peut considérer comme significatives de ces changements, la question reste celle des ressources et dispositions dont les élèves doivent être familiers pour tirer parti de ces formes nouvelles, opaques pour certains d'entre eux dans leur visée d'apprentissage, dans son objet même ; d'autant plus opaques que les tâches proposées peuvent être réalisées à des niveaux d'investissement cognitif très différents.

Présentation de l'éditeur :

L'enjeu scolaire

Dirigée par Jérôme Deauvieau et Jean-Pierre Terrail, la collection «L'enjeu scolaire» intervient dans le débat sur la démocratisation de l'école. Privilégiant l'apport de connaissances, elle s'intéresse à la transmission des savoirs, aux pratiques des agents scolaires, aux comportements des élèves et des familles.

Élèves «en grande difficulté», «en échec», «perturbateurs»..., cet ouvrage tente de dévoiler ce que masquent ces désignations ordinaires. Que nous apprennent ces élèves sur la façon dont se construit la difficulté scolaire ? Que nous apprennent ces «grandes difficultés» des difficultés plus ordinaires qui structurent les inégalités scolaires ? Stéphane Bonnéry, maître de conférences en sciences de l'éducation à l'université Paris-VIII et membre de l'équipe ESSI-ESCOL, retrace les spirales de l'échec d'élèves qu'il a observés durant deux ans, en ZEP, du CM2 à la 6e. Il montre que ces enfants ne comprennent ni ce qu'on attend d'eux ni pourquoi l'école n'accepte pas leur façon d'être ordinaire. Il montre que leur appropriation ratée des savoirs est à la base du ressentiment envers l'école qui les gagne et de la résistance qu'ils lui opposent de plus en plus fermement au fil des quiproquos, des occasions manquées et des déceptions. Leurs difficultés cumulées montrent en les accentuant les obstacles que doit surmonter la majorité d'enfants dont les familles, populaires, ne partagent pas les évidences scolaires. En même temps, elles désignent en creux les voies par lesquelles l'école pourrait aller à la rencontre de ses élèves. Au final, ce livre prouve qu'il n'est nullement nécessaire de choisir entre haut niveau d'exigence et démocratisation.

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