Sir William Jones et la représentation de l'Inde

 
9782843102141: Sir William Jones et la représentation de l'Inde
Extrait :

Extrait de l'introduction

... the past is a country from which we have all emigrated...
Salman RUSHDIE

India is not non-West ; it is India.
Ashis NANDY

Sir William Jones est souvent considéré par ses pairs comme le plus grand orientaliste de tous les temps. Ce linguiste, passionné par l'Orient, travailleur infatigable et aventurier de l'esprit, attaché à l'East India Company, s'est gagné la haute distinction d'avoir bouleversé à tout jamais le rapport des civilisations européenne et orientale. Il fut l'un des tout premiers à apprendre le sanskrit, la langue mère de l'Inde, et le premier à en traduire les trésors littéraires, propulsant ainsi l'Orient d'un espace imaginaire propre seulement à illustrer toutes les fantaisies des Occidentaux au statut de grande civilisation. Avec William Jones, deux moitiés de l'histoire de l'humanité se confrontent, et il en révèle la complémentarité.
Les investigations menées par Jones sur l'Asie antique ont donné lieu à la notion de l'existence d'un peuple primitif (que les Allemands appelleront plus tard Urvolk) bâtisseur d'une civilisation dont le reste de l'humanité serait l'héritière. Groupe humain qui aurait parlé une «urlangue», à l'aube de la plus haute Antiquité. En soi provocante pour l'époque, cette notion conférait une nouvelle dimension au concept d'Humanité, pulvérisant l'eurocentrisme absolu dans lequel s'étaient jusque-là drapés les milieux intellectuels occidentaux. Ainsi, l'humanité tout entière proviendrait d'une «branche aînée» commune, originaire des régions montagneuses d'Asie centrale. Mais Jones ne s'arrêta pas là : poursuivant ses travaux sur la culture de l'Inde, il révéla la richesse et la profondeur de la civilisation asiatique, ouvrant la voie à un dialogue culturel entre les peuples d'Europe et d'Asie. Ce faisant, il donna l'impulsion aux études orientales qui devaient avoir un impact considérable sur la pensée européenne.
Nommé magistrat à Calcutta en 1783, William Jones devint l'allié de Warren Hastings dans l'effort de ce dernier de rapprocher Britanniques et Indiens. Il fonda la célèbre Société asiatique du Bengale, et les recherches érudites qu'il mena sur la culture et les sciences orientales en rirent un pionnier dans des champs aussi variés que l'étymologie comparative, la musicologie, les religions, la botanique, l'astronomie et la philologie. Sur ce dernier point, son troisième discours présidentiel ouvrait de nouveaux horizons :

[...] les Hindous ont eu, depuis un temps immémorial, des affinités avec les anciens Persans, les Éthiopiens et les Égyptiens, les Phéniciens, les Grecs et les étrusques, les Scythes ou Goths et les Celtes, les Chinois, les Japonais et les Péruviens [...].

Ce que lui permet de postuler que «ces nations [...] sont sorties d'une région centrale» (AR, t I, p. 519). La portée de l'argument de Jones sous-entend l'existence d'une langue primitive - mère de toutes les langues. On considère aujourd'hui que c'est cette hypothèse de Jones qui a pavé la voie à la recherche d'une grammaire comparative indo-européenne et, par voie de conséquence, à la linguistique comparativiste en général.
L'indianiste norvégien Sten Konow souligna la valeur des travaux précurseurs de Jones comme sanskritiste, déclarant qu'il avait été le premier Européen à attirer l'attention du monde sur la beauté et les raffinements de la poésie indienne à travers ses traductions de la littérature sanskrite, notamment de Shakuntala de Kalidasa et de la Gita-Govinda de Jayadeva (Dasgupta, p. 18). Sa traduction anglaise de l'Abhijnanasakuntala de Kalidasa (1789), premier texte intégralement traduit du sanskrit sans passer par l'intermédiaire du perse, rencontra un succès immédiat en Europe, et peut être considéré comme l'un des actes fondateurs de la naissance de l'orientalisme. Raymond Schwab souligne à quel point l'Occident tire sa connaissance de l'Orient des travaux des premiers orientalistes. Bien que les échanges culturels aient existé entre Est et Ouest depuis le voyage d'Alexandre en Inde au IVe siècle avant notre ère, «si les Grecs ont su le sanskrit, ils ne nous en ont rien transmis» (Schwab, p. 10). Pour Schwab, comme pour Edgar Quinet, les pères fondateurs de la science de l'orientalisme seraient incontestablement Abraham H. Anquetil-Duperron et William Jones. Pour reprendre la belle formule de Schwab, suite à leurs recherches «l'humanisme partiel des classiques devient l'humanisme intégral qui nous semble maintenant un produit de la nature» (ibid., p. 12-13).

Présentation de l'éditeur :

Lorsque William Jones arrive aux Indes, en 1783, le vaste continent est toujours au-delà de l'ultime frontière de la civilisation. C'est une terre étrange, regorgeant de richesses, abondant en fastes et prodiges, barbare, connue par les seuls récits des rares Européens qui s'y aventurent : commerçants, missionnaires, mercenaires. À sa mort, du fait de ses découvertes, l'Inde est reconnue comme une grande civilisation, à la hauteur de l'héritage antique de l'Europe. William Jones, philologue, traducteur, amateur de poésie, naturaliste, juriste, fondateur de l'école orientale a appris le sanskrit, langue mère de l'Inde, et ébloui par ce qu'il découvre, a révélé la culture indienne au monde étonné. Pourtant, la place de Jones dans l'histoire de l'orientalisme suscite encore une polémique ardente et polyphonique. D'un côté de l'éventail, on trouve la défense éloquente de Jones par Carland Cannon et de l'autre, le réquisitoire implacable dressé par Edward Said. Jones a-t-il sciemment instrumenté ses immenses connaissances pour légitimer le pouvoir colonial ? Ce livre s'emploie d'une part à suivre la construction de la pensée du père de l'orientalisme, et de l'autre, à évaluer le poids qu'elle a eu sur l'historicité de l'Inde, et de l'Europe.

Madhu Benoit est maître de conférences en études anglophones à l'université Stendhal-Grenoble 3, spécialiste de littérature et civilisation de l'Inde.

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