Histoire désinvolte du situationnisme

 
9782845342385: Histoire désinvolte du situationnisme
Extrait :

1. Avant ILS.
D'abord D.

Au commencement était D. - et comme ce qui est au commencement est aussi à la fin - il est aussi à la fin. Avant D. il n'y avait rien qu'un chaos informe qui ne demandait qu'à être informé - il y avait donc quand même quelque chose ; et même quelqu'un qui s'agitait déjà au sein de ce quelque chose informe pour le réformer ; Isidore I. - nous y reviendrons.
Le jeune D. se rêvait déjà en (Mauvais) Démiurge - cet esprit malin qui toujours nie - lorsqu'il se faisait bronzer les oreilles sur la plage de Cannes, au lieu de potasser son bachot. Et c'est à Cannes aussi - où Isidore I. était venu «faire son cinéma» accompagné d'une petite bande de voyous lettristes - que le jeune D. rencontra celui qui allait devenir son Maître - et dont il commença par suivre (sagement) les leçons parce qu'il se savait être là à bonne école.
Isidore prit donc le jeune D. sous son aile (de géant) ; et se chargera de son éducation [née plus ultra-dadaïste) comme s'il avait été son fils (spirituel). Mais on sait que les relations entre père et fils sont rarement faciles ; et que les fils prodigues (et prodiges) sont souvent ingrats (parfois même ingrats doubles) : ils finissent toujours par vouloir prendre la place du père; et la meilleure façon de s'en emparer c'est encore d'éliminer celui-ci. La «désagrégation du nom du père» était donc inéluctable - et l'on sait l'importance de la nomination : effacer le nom, c'est faire, disparaître ce qui est nommé : l'innomé devenant innommable, il cesse d'exister. Le jeune D. endossera ensuite sans état d'âme la tunique du Messie réformé ; et deviendra le chef d'une autre «bande». Le vieil I. eut beau lancer force foudres et anathèmes contre son «ex-disciple», rien n'y fit : ses carottes étaient (bien) cuites - même s'il était encore loin de devoir manger les pissenlits par la racine - ce qu'il a tout de même dû se résoudre à faire, lui aussi, comme un simple mortel.
Le jeune D., fort de sa jeunesse et d'une petite bande de dissidents qui avaient rejeté comme lui le lettrisme du vieux dada - de méchantes langues disaient déjà : gaga - pour l'Esprit néomarxiste - léniniste, ma non troppo - d'une nouvelle Internationale, commença par devenir le caïd du «quartier» - today le bled ; but tomorrow the world ! - ; plus précisément du bistrot du quartier : Chez Moineau, un rade qui accueillait volontiers, et retenait souvent, les (drôles) d'oiseaux de passage - le jeune anglo-saxon Ralph R. fut l'un de ceux-là (avant qu'il n'échoue dans les eaux vénitiennes où l'avait mené la «dérive» - «Bruxelles attends-moi, j'arrive; ce soir je prends la dérive...» - mais, voilà que moi aussi je m'égare). C'est dans ce bistrot que le jeune D. rencontra sa parèdre, la jeune Michèle B. - à moins qu'il ne l'ait rencontrée ailleurs ; ce qui n'a d'ailleurs aucune espèce d'importance - ; celle qui allait devenir sa première femme et avec laquelle il régnerait longtemps en maître sur la (petite) bande - elle fut donc doublement sa maîtresse - c'était d'ailleurs une maîtresse-femme qui a joué au sein de la «tribu» - comme disait «l'apache» Jean-Michel M., longtemps après qu'il en eut été chassé par le Grand sachem D. - un rôle généralement très sous-estimé; mais elle ne fut pas sa seule maîtresse : ces «jeunes dieux» (rebelles) étaient évidemment tous plutôt polygames.

Présentation de l'éditeur :

"On ne doit pas dire : situationnisme ; on doit dire : situationniste. Michèle B., la première femme du chef de tous les situationnistes, Guy D., l'interdisait déjà formellement, à Cosio d'Arroscia, aux membres fondateurs de ce qui n'était pas encore N.S., ainsi que le rapporte Ralph R. (futur et éphémère membre de l'I.S. et futur second époux de Michèle) : 'À Cosio elle reprenait tout le monde sur le fait qu'on ne dit pas situationnisme mais situationniste, parce que quand ca devient un isme. Il y a de fortes chances pour que ca tourne à l'Idéologie, à la secte, à la religion. On ajoutera qu'elle n'avait pas tout à fait tort."

Dans l'histoire des avant-gardes artistiques ou plastiques, l'ironie s'évapore comme l'éther, enivrant jusqu'à la perte de soi le faiseur d'histoires...
Une bande de copains se réunit et il en sort Dada, Bourbaki ou 1T.S. Ainsi se pose l'importance de tel ou tel mouvement, son poids du moment sur les événements de son époque et ensuite son importance rétrospectivement sur l'histoire de son temps. Les avant-gardes étaient des bijoux de sérendipité aux métamorphoses tranquillement intranquilles, colorées ou fades.
Mais la sclérose gagne vite les idées, parfois aidée par un foie «éponyme». Ce qui manque à ceux devenus papables, c'est l'ironie et la légèreté des rencontres hasardées. Ainsi des gaz peu ragoûtants émanant jusqu'à l'écoeurement, une petite brise fait du bien... Toulouse-la-Rose a commencé à ventiler le local. Ici, Xavier Lucarno fait entrer un peu d'air frais révélant les fragrances des Beaux-Esprits de l'avant-garde, si importante mais ayant tout renié de son impertinence.
R. Vaneigem a commis une désinvolte histoire du surréalisme. Voici, sous le masque de l'ironie, celle, désinvolte, de la «situationnite».

L'auteur
Xavier Lucarno (pseudonyme) est décédé en février 2014. Il tenait à son anonymat.

Les informations fournies dans la section « A propos du livre » peuvent faire référence à une autre édition de ce titre.

Acheter neuf Afficher le livre
EUR 11,50

Autre devise

Frais de port : EUR 12
De France vers Etats-Unis

Destinations, frais et délais

Ajouter au panier

Meilleurs résultats de recherche sur AbeBooks

1.

Xavier Lucarno
Edité par Sens & Tonka (2014)
ISBN 10 : 2845342381 ISBN 13 : 9782845342385
Neuf(s) Quantité : 3
Vendeur
Gallix
(Gif sur Yvette, France)
Evaluation vendeur
[?]

Description du livre Sens & Tonka, 2014. État : Neuf. N° de réf. du libraire 9782845342385

Plus d'informations sur ce vendeur | Poser une question au libraire

Acheter neuf
EUR 11,50
Autre devise

Ajouter au panier

Frais de port : EUR 12
De France vers Etats-Unis
Destinations, frais et délais