L'extase esthétique : Jean Baudrillard et la consommation/consumation de l'art

 
9782845342446: L'extase esthétique : Jean Baudrillard et la consommation/consumation de l'art
Extrait :

«Quant à l'art, il est trop superficiel pour être vraiment nul. Il doit y avoir un mystère là-dessous. Comme pour l'anamorphose : il doit y avoir un angle sous lequel toute cette débauche inutile de sexe et de signes prend tout son sens, mais pour l'instant, nous ne pouvons le vivre que dans l'indifférence ironique.»

C - Cette phrase est extraite de l'article de Jean Baudrillard intitulé «Le complot de l'art», paru dans le quotidien Libération du 20 mai 1996 - où le penseur avait l'habitude de tenir des chroniques plus ou moins régulières depuis 1987. À l'époque, le propos fut reçu comme une provocation, un jugement à l'emporte-pièce qui faisait de la création contemporaine une monnaie de singe et plaçait son auteur dans le camp de la réaction. Il était facile, en effet, de réactiver le combat historique de la modernité contre l'académisme en faisant de l'art le plus récent un objet toujours dépositaire du progrès - en opposition à la tradition. Sauf que cette posture avait pour principal défaut de reprendre un schéma obsolète auquel Baudrillard ne se conformait pas, tant sa position ne partageait rien avec les cris d'orfraie qu'à la même période un Jean Clair proférait. Nulle volonté pour le théoricien de la simulation de préserver une grandeur esthétique disparue, nul désir de s'en remettre à une bienheureuse transcendance de l'oeuvre sous les noms de beauté ou de vérité. Au contraire, son jugement lapidaire était avant tout une manière d'en finir avec la transgression alors que celle-ci était - depuis plus d'un siècle - l'un des moteurs de l'art moderne.

B - Baudrillard n'était pas homme à prendre ses précautions, mais dans le cas présent, il affirmait une attitude excessive et indéfendable, une attitude qui relevait pleinement de sa stratégie de défi. Son jugement assumait une évidente extériorité, comme s'il s'était mis en tête de donner son avis sur un domaine qui ne le concernait pas. C'était là une façon de disqualifier la spécialisation, dans la lignée d'une critique post-situationniste dont il s'était cependant éloigné. En février 1973, il écrivait que «objectivité et vérité ne sont que l'effet de la parcellisation d'un champ de savoir, de son autonomisation sous certaines règles». Et sa trajectoire intellectuelle peut être comprise comme un refus de cette séparation des connaissances, qui s'incarne chez lui dans la transversalité. Ni sociologue, ni anthropologue, ni philosophe, Baudrillard est toujours apparu en dehors d'un espace de juridiction. Il délaissa rapidement la légitimité académique - obtenue au sein d'un champ de compétences - pour mieux prospecter du côté d'une non-science qui avait pour postulat que la pensée se jouait à coup de rudes hypothèses.

A - Aussi ne faut-il pas trop prendre Baudrillard au pied de la lettre. Car son esprit implique de ne pas le lire avec la docte et raide aspiration d'en révéler les fondements ou le mode de fonctionnement, mais plutôt de travailler ses écrits comme une impulsion à la réflexion. Impulsion électrique, érotique, et énigmatique, brève décharge qui opère un twist plus qu'elle ne trace une perspective linéaire. Chez Baudrillard, la pensée ne résout rien, elle n'offre pas une alternative au réel, étant donné qu'elle ne se prend pas au piège d'une raison fantasmant un rôle interprétatif dont le but serait in fine la rédemption. Écrire revient non pas à dire le monde, mais à engager une forme de dépossession. Il s'agit de soustraire la réalité à l'obligation de la cohérence et de la signification, au besoin de la faire taire - et ce, en dehors de toute moralité. De ce point de vue, sa pensée est radicale et elle rebute. Elle ne promet aucun salut, ne porte en elle aucun espoir, et flirte constamment avec le paradoxe et la contradiction. Peut-être est-ce d'ailleurs pour avoir disqualifié la règle rhétorique de la démonstration que sa pensée est considérée par ses détracteurs comme dilettante ? (...)

Présentation de l'éditeur :

"Quant à l'art, il est trop superficiel pour être vraiment nul."
Jean Baudrillard

Docteur en Histoire de l'art, Fabien Danesi est actuellement maître de conférences en pratique et théorie de la photographie à l'UFR des arts de l'université de Picardie Jules-Verne à Amiens. Ancien pensionnaire de la Villa Médicis-Académie de France à Rome en 2007-2008, il a enseigné auparavant à l'université François-Rabelais de Tours, à Paris 13 Nord, à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Membre de l'Association internationale des critiques d'art, il collabore régulièrement avec le Pavillon Neuflize OBC, laboratoire de création du palais de Tokyo.

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Fabien Danesi
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