En attendant le roi du monde

Note moyenne 3,75
( 4 avis fournis par GoodReads )
 
9782846360890: En attendant le roi du monde
Extrait :

Vingt-trois heures de bus - puanteur d'une Portugaise - immigré - les Portugais se rincent l'oeil -Ana délire - joie dans le bus - les Portugais se lâchent - les arrêts - rencontre de Lucien - il tient un petit carnet - les chauffeurs sont dangereux -puanteur générale - dans la montagne - vomissement d'une petite fille - le chauffeur est foutu - les toilettes sont bouchées - apocalypse - arrivée à Lisbonne -bienvenue.

Nous avons passé vingt-trois heures dans ce bus.
Devant nous, une vieille Portugaise avait eu l'audace, en pleine nuit, de se mettre du déodorant sous les bras. Le mélange du parfum avec sa propre puanteur avait engendré une réaction chimique redoutable qui libérait les mêmes senteurs que celles de la morue qui se décompose sous le soleil de midi. Je me mangeais les poings derrière et je pleurais à chaudes larmes. Deux fois, je m'étais levé, les bras tendus, dans la ferme intention de lui crever les yeux, de l'étrangler et de la balancer par-dessus bord. C'était un martyre, ni plus, ni moins. Ana, qui dormait à côté de moi, devait faire des cauchemars épouvantables et rêver qu'elle vomis­sait toutes ses tripes ; sa glotte descendait et remontait très vite et elle sécrétait beaucoup de salive, qu'elle bavait d'ailleurs, en minces filets élastiques.
C'est elle qui avait eu cette idée foireuse. Elle était d'origine portugaise et comme les choses n'allaient pas brillamment à Paris, elle avait pensé «rentrer au pays». Elle disait que le Portugal était un pays riche, forte croissance, pas de chômage, que bientôt il dépasserait la France, etc.
- Je prévois des milliers d'immigrés français au Portugal, disait-elle.
- Plus on ira tôt, plus on a nos chances, disait-elle.
- La France, c'est le passé, disait-elle.
- On est des colons, disait-elle encore.
Ma grande faiblesse avait été de ne pas lui avoir mis une grande claque sur le museau pour la refroidir à temps dans ses ardeurs. Au lieu de cela, j'avais acheté des grandes valises, je m'étais exalté, on a tout liquidé et un matin nous sommes allés porte de Bagnolet, nous avons pris un bus pour Lisbonne et quand il a démarré, Ana a dit qu'on était des précurseurs et elle a pleuré.
Cette conne m'avait transformé en immigré.

Le bus était bourré de Portugais qui rentraient chez eux pour les vacances. Ana leur expliquait que nous étions nous aussi des immigrés, tout frais et complète­ment novateurs. Elle disait qu'elle était doublement immigrée, en France d'abord, par ses parents, au Por­tugal ensuite, par sa volonté, elle était toute contente, elle disait :
- Je suis immigrée partout ! Immigrée toujours !
Les Portugais acquiesçaient poliment. Les vieux louchaient dans son décolleté à s'en décoller la rétine. Je regardais par la fenêtre en soupirant.
- On est tous citoyens du monde...
- Sim, Sim... disaient gravement les Portugais. Comme à son habitude, Ana était habillée de telle façon que l'on pouvait, sans beaucoup d'efforts, voir la moitié de ses seins. Avec un peu de hauteur, on en voyait probablement la totalité. D'ailleurs les vieux se levaient les uns après les autres. Ils se dégourdissaient les jambes... l'arthrite... on n'avait pas quitté le péri­phérique... Les vieilles assassinaient Ana du regard. Quelques claques volaient sur les crânes déplumés. Il y avait un bouchon dans l'allée, à notre hauteur. Cette pipelette était devenue l'attraction du bus :
- Ça va faire du bien à Romain... Il est trop fran­çais... Pas assez citoyen du monde...

Présentation de l'éditeur :

" C'est elle qui avait eu cette idée foireuse. Elle était d'origine portugaise et comme les choses n'allaient pas brillamment à Paris, elle avait pensé " rentrer au pays ". Cette corne m'avait transformé en immigré. " Elle, c'est Ana. Ses rêves : faire fortune au Portugal, rentrer dans dix ans. Lui, c'est Romain. Ses défauts : " trop français ", " pas assez citoyen du monde ". L'exil du couple à Lisbonne : un antiroman d'apprentissage où dominent la férocité des observations et l'humour des situations. L'une poursuit ses rêves, l'autre s'acoquine avec une bande d'illuminés - Lucien, grutier funambule ou Pépé, ancien colon d'Angola- qui hante la capitale portugaise de ses cuites mémorables. Il fut une époque où Romain et tous les autres auraient été marxistes révolutionnaires ; ils se contentent aujourd'hui de faire les idiots. Le temps d'une soirée d'excès en tous genres, il leur arrive aussi de voyager en esprit dans un ciel encombré où les anges croisent un hologramme de George Bush. Ce roman de la tradition revisitée sur un mode burlesque, parodique et parfois grinçant n'en questionne pas moins en profondeur notre moderne condition.

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Olivier Maulin
Edité par l'Esprit des péninsules (2005)
ISBN 10 : 2846360898 ISBN 13 : 9782846360890
Ancien(s) ou d'occasion Paperback Quantité : 1
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Description du livre l'Esprit des péninsules, 2005. Paperback. État : OKAZ. - Nombre de page(s) : 1 vol. (271 p.) - Poids : 340g - Langue : fre - Genre : Litterature francaise Romans Nouvelles Correspondance. N° de réf. du libraire O224751-666

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