La peinture religieuse en Haute-Auvergne : XVIIe-XXe siècles

 
9782848190822: La peinture religieuse en Haute-Auvergne : XVIIe-XXe siècles
Extrait :

Le XVIIe siècle

L'âge d'or de la peinture religieuse en Haute-Auvergne

La production artistique du XVIIe siècle est si abondante, si florissante, que nous ne pouvons l'évo­quer sans rappeler brièvement quels en furent les facteurs déclenchants. C'est sans conteste le choc de la Réforme protestante qui redynamisa la foi et déclencha un renouveau de la production artistique au XVIIe siècle. Les artistes eux-mêmes étaient des hommes très pieux, ce que notre regard rationaliste d'hommes et de femmes du XXIe siècle nous empêche parfois de concevoir. A titre d'exemples, Rubens entendait la messe tous les matins, Le Guerchin passait une heure en oraison matin et soir et travaillait le reste de la journée, Philippe de Champaigne était très impliqué dans les milieux jansénistes, connus pour l'intensité de leur foi.
Le Concile de Trente, provoqué à l'origine en vue de rassembler les brebis égarées, eut finalement pour vocation de répondre point par point aux objections de Luther et Calvin. La réunification n'eut pas lieu, mais le Concile qui commença en 1545 et se termina en 1563, refonda véritablement l'église catholique romaine. Il apparut très rapidement que les arts et plus particulièrement les images étaient un excellent moyen de propagande. C'est pourquoi le Concile, s'il revint sur tous les points de doctrine, dicta également toutes sortes de consignes concernant l'iconographie, que l'on appela par la suite post-tridentine. Ces consignes avaient pour vocation d'épurer les images des archaïsmes médiévaux, parfois chargés de superstitions et prenant trop souvent leur source dans les évangiles apocryphes qui, rappelons-le, n'ont jamais été reconnus par l'Eglise : «Le Saint Concile défend que l'on place dans les églises aucune image qui s'inspire d'un dogme erroné, et qui puisse égarer les simples, il veut qu'on évite toute impureté, qu'on ne donne pas aux images des attraits provocants». Par voie de conséquence, la nudité est proscrite ; la Vierge doit être figurée debout et ne devra plus s'évanouir au pied de la croix, mais afficher une souffrance stoïque ; la présence des donateurs en prière aux pieds des personnages issus des Evangiles est fortement déconseillée ; les saints devront être figurés pieds nus. L'art baroque, s'adressant à la sensibilité, sera particulièrement adapté pour transmettre tous ces messages et ranimer la foi des fidèles.
Ces changements décidés au plus haut niveau avaient un retentissement jusque dans les campagnes. On le constate au niveau de la Haute-Auvergne lorsqu'on examine les visites pastorales que Louis d'Estaing effectua en 1652 dans toutes les paroisses de l'archiprêtré de Mauriac, qui dépendait alors de Clermont. Les consignes du prélat sont multiples et abondantes : il faut enlever les statues «dépeintes et «vermoulues», installer des retables, faire peindre des tableaux pour les chapelles latérales qui n'en sont pas pourvues. Ces consignes peuvent être très précises : à Mauriac Louis d'Estaing recommande «... qu'au costé de l'image de la Sainte Vierge qui est dans ledit tableau qu'on y mestrait les images de la Madeleine et de Saint Trasilde et que celle de la Madeleine et de Saint Joachim qui estaient dans le corps dudit tableau entre les images de Saint Jacques et de Saint Louis et de Saint Isidore seraient ostées». Ces visites pastorales sont également riches d'enseignements sur le contenu des églises au XVIIe siècle, et permettent de mesurer l'étendue des pertes subies après la Révolution et suite à Vatican II. Ainsi à Trizac, monseigneur d'Estaing note la présence de «deux tableaux représentant le St sacrement et l'Ecce homo de «deux tableaux l'un de Notre Dame de Pitié, l'autre de l'annonciation et de «deux autres petits tableaux l'un de St Jean et l'autre de Ste Catherine de Sienne [...]»(Fig. 3). L'évêque signale d'autre part un tableau dans la chapelle de saint Joseph puis dans celle de saint Férréol, où «sont les figures de St Férréol ( ?) et St Fabien pape et encore «un petit tableau représentant la descente du St Esprit et sur «l'autel de St jean Baptiste et évangéliste [...] un tableau sur ledit autel représentant l'un et l'autre». L'église de Trizac possédait donc en 1652 une bonne douzaine de tableaux, que l'on peut imaginer de qualité très variable, mais qui ont tous disparu aujourd'hui.
Le concile de Trente avait souhaité répondre par une affirmation doctrinale plus éclatante aux assertions des protestants, qui condamnaient les manifestations extérieures de la liturgie : bannières, statues, processions... En 1563, la doctrine sur le culte des saints est réaffirmée, ainsi que leur rôle d'intercesseurs. Des programmes iconographiques sont créés pour les retables où prennent place une multitude de statues de saints. Les protestants cherchaient à minimiser le rôle de la Vierge : la riposte fut également la réaffirmation de son culte, au point que la représentation de l'Assomption détrôna celle de l'Ascension. Ce phénomène est tout à fait visible dans le Cantal où quantité d'oeuvres figurent la Vierge avec l'enfant Jésus, au moment de son Assomption, seule avec sa douleur ou posée sur le croissant de lune rappelant son immaculée conception. Un autre point d'achoppement était la présence réelle du Christ dans l'eucharistie. Sa réaffirmation se traduisit par la représentation plus fréquente de la Cène, ce qui cette fois ne se vérifie pas dans le Cantal, le débat étant probablement trop intellectuel. En revanche, le fait d'attaquer la Vierge ou les saints heurtait vraiment la sensibilité populaire, qui réclamait au contraire d'innombrables images d'intercesseurs presque aussi familiers que les membres de leurs propres familles.

Présentation de l'éditeur :

Une description méticuleuse et complètement inédite de la peinture sur toile ou panneaux de bois dans le Cantal, du XVIIe au XXe siècle.
Pour la première fois, la richesse artistique, historique et sociologique de ce patrimoine oublié est dévoilée grâce à une visite exhaustive des églises du département.

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Pascale Moulier
Edité par Editions Créer (2007)
ISBN 10 : 2848190825 ISBN 13 : 9782848190822
Neuf(s) Quantité : 3
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Gallix
(Gif sur Yvette, France)
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Description du livre Editions Créer, 2007. État : Neuf. N° de réf. du libraire 9782848190822

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