Des pathologies sociales aux pathologies mentales

 
9782848672915: Des pathologies sociales aux pathologies mentales
Extrait :

Extrait de l'introduction de Stéphane Haber

LES DÉFAILLANCES DE LA SANTÉ MENTALE COMME FAIT SOCIAL

À l'origine du travail collectif dont cet ouvrage est le résultat, se trouve une interrogation sur les conditions d'usage d'une catégorie philosophico-sociologique : celle de «pathologies sociales».
On devine ce qui est en jeu. Lorsque nous cherchons à fixer conceptuellement l'intuition selon laquelle quelque chose ne tourne pas rond dans une société donnée, nous tombons presque naturellement sur l'idée d'«injustice». Mais le problème provient de ce que l'idée d'injustice paraît largement indéterminée, ou, au moins, ambiguë. Sans doute la variété des biens et des pouvoirs dont on regrette, en parlant d'injustice, qu'ils aient été mal distribués y est-elle pour quelque chose. Sans doute l'existence de genres d'êtres qui ne peuvent pas être distribués (tels les biens collectifs) mais dont l'absence, dans la société donnée, nous paraît cependant être spontanément synonyme d'injustice ajoute-t-elle encore à la perplexité - tant l'image de la répartition de quelque chose fait corps habituellement avec celle de justice. Mais, à la réflexion, la principale source d'ambiguïté provient de ce que l'on peut se demander si cette idée d'injustice se réfère d'abord à une situation que l'on peut décrire comme qualitativement dégradée ou insatisfaisante - par exemple en fonction d'une vision de la nature humaine et de ce qui lui convient en guise d'institutions, d'habitudes collectives -, ou bien à une infraction qui viole certains principes formels très généraux enracinés dans des convictions égalitaires de base" ? Autrement dit : les critères que nous faisons intervenir en parlant d'injustice(s) impliquent-ils en premier lieu une conception forte («éthique») de ce qu'est une vie sociale digne de ce nom, accomplie, ou bien peuvent-ils se borner à présupposer une simple morale minimale gravitant autour du respect de la personne humaine, des prétentions et les droits de chacun, une morale qui ne s'engagerait pas du tout sur le terrain de la hiérarchisation des contenus de l'action et des formes de vie ?

Présentation de l'éditeur :

Parler de «pathologie sociale» n'a rien d'évident, ni même, peut-être, d'innocent. En voulant marquer énergiquement notre désapprobation devant certains états de lait choquants, devant certaines situations irrationnelles ou immorales, une telle expression ne nous engage-t-elle pas sur une voie périlleuse, celle qui conduit à assimiler la société à un grand corps malade qu'il s'agit de soigner ? Face à ce légitime soupçon, cet ouvrage voudrait détendre et illustrer deux idées simples. La première est que l'usage du vocabulaire pathologique dans la théorie sociale ne repose pas nécessairement sur un organicisme dont les fragilités théoriques sont avérées depuis longtemps. En fait, il s'impose dès lors que, plus modestement, l'on constate que la vie sociale peut être affectée de contradictions ou d'insuffisances graves qui ne relèvent pas seulement de l'inefficacité économique on de l'injustice morale. La seconde idée que cet ouvrage entend développer est que, en dernier ressort, parler de «pathologie sociale» constitue une invitation à regarder du côté des contreparties vécues, en l'occurrence corporelles et surtout psychiques, de ces contradictions et de ces insuffisances, dont les individus font concrètement l'expérience. C'est même en grande partie, voudrait-il montrer, parce qu'il y a du trouble psychique (du malaise, de la maladie, de la souffrance) susceptible de s'expliquer sociologiquement, donc parce qu'il y a des correspondances entre certaines formes de pathologies mentales et certains types de désordres dans l'organisation sociale, que le registre de la pathologie s'impose à la théorie sociale critique. C'est là une manière de retrouver une intuition ancienne dont la fécondité ne semble pas devoir être démentie de sitôt : les sociétés mal laites sont d'abord celles qui tout courir aux individus qui les composent le risque de les priver des conditions objectives, institutionnelles et culturelles, de leur santé mentale.

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