La Question d'Orient : Discours et articles politiques (1834-1861)

 
9782874951671: La Question d'Orient : Discours et articles politiques (1834-1861)
Extrait :

LA QUESTION D'ORIENT

par Henry Laurens

Évoquer la question d'Orient aujourd'hui, c'est comme rappeler à la surface des cours anciens de l'École libre des sciences politiques ou le monde de M. de Norpois. Pourtant c'est une des affaires les plus importantes d'un très long XIXe siècle allant de 1774 (traité de Kutchuk Kaynardji) jusqu'au traité de Lausanne de 1923. En effet, classiquement les historiens font remonter la question d'Orient, c'est-à-dire le sort de l'Empire ottoman et son éventuel partage entre puissances européennes, à la guerre russo-turque de 1768-1774, provoquée par le premier partage de la Pologne. Les défaites ottomanes révèlent l'extraordinaire déséquilibre de forces qui vient de s'établir entre le monde musulman et le monde européen.

Les origines de la question d'Orient

Dès la décennie 1770, les publicistes européens abordent publiquement cette question. La thèse la plus couramment admise serait la reconstitution d'un empire grec confié au petit fils de Catherine II, Constantin, et donc un protectorat russe. Inversement, le ministre des Affaires étrangères français Vergennes pousse à l'envoi de conseillers français chargés de contribuer à la modernisation de l'appareil militaire et de l'État ottoman. Enfin certains prônent un partage de l'Empire entre l'Autriche, la Russie et la France. Sur le modèle grec, on commence aussi à imaginer une résurrection des peuples d'Orient sur les ruines de l'Empire ottoman.
Toute la géopolitique des dernières années de l'Ancien Régime français tourne sur ce sujet, comment arrêter la progression russe vers la Méditerranée ? Prise dans sa révolution, la France laisse faire l'Autriche et la Russie qui se lancent dans une nouvelle guerre contre les Ottomans en 1787. Lors de la crise d'Ochakov en 1791, la Grande Bretagne s'érige en protectrice de l'Empire ottoman. Il s'agit pour Londres d'interdire à toute autre puissance de se placer sur la route des Indes, la conquête du subcontinent indien étant déjà largement avancée.
Les guerres de la première coalition (1792-1797) détournent provisoirement l'attention. Mais l'expédition d'Égypte de 1798-1801, qui vise explicitement la route des Indes, engendre une seconde coalition dont le but premier est de préserver l'Empire ottoman : la Grande Bretagne protestante s'allie à la Russie orthodoxe et à l'Autriche catholique pour défendre l'Empire musulman face aux convoitises de la France athée. Tel est le discours du moment. Quant aux révolutionnaires français, ils pensent à une émancipation des peuples d'Orient sous la tutelle de la Grande Nation. Cette dernière fera oeuvre de civilisation (alors un néologisme politique) en faisant une mise en valeur économique doublée de la mise en place d'institutions représentatives.
Après la rupture avec la Porte (le gouvernement ottoman), Bonaparte a fait appel au «patriotisme arabe» et à une forme de nationalisme égyptien. Cette projection du discours révolutionnaire français dans des populations orientales n'a eu aucun succès. En revanche, certains chefs politiques locaux ont été prêts à jouer la carte française durant la campagne de Syrie de 1799. L'échec militaire devant Acre défendu par Ahmad pacha al-Jazzar et le commodore anglais Sidney Smith a mis fin à ce rêve oriental de Bonaparte. Il n'en reste pas moins qu'une sorte de projet arabe fait partie de la thématique de ce que l'on appelle au XIXe siècle les idées napoléoniennes. Les dictées de Sainte-Hélène reprennent largement le projet de civilisation de l'Égypte et de l'indépendance arabe.
Le résultat des guerres de la seconde coalition est d'intégrer tout l'espace entre la Méditerranée et l'Indus, la route terrestre des Indes, dans le champ de l'équilibre européen. À moins de compensations offertes aux autres parties européennes, ces dernières se coalisent pour interdire une acquisition territoriale au détriment des Ottomans. Durant les guerres du Consulat et de l'Empire, les Ottomans réussissent à chaque fois à se placer dans le camp vainqueur ou à se retirer à temps des combats comme en 1812. L'équilibre européen assure la survie de l'Empire qui engage progressivement un programme de reformes, en particulier après l'avènement du sultan Mahmoud II en 1808. Il doit faire face à la résistance des milieux conservateurs incarnés par le corps des janissaires.

Présentation de l'éditeur :

L'importance des discours et articles de Lamartine (1790-1869) est capitale pour comprendre non seulement l'enjeu supérieur que constitue la «question d'Orient» au XIXe siècle, mais également la politique extérieure de la monarchie de Juillet et des débuts de la Deuxième République (et bien sûr aussi pour l'histoire littéraire).
Le présent volume réunit tous les discours et articles relatifs à la «question d'Orient», qui occupa toute l'Europe du XIXe siècle.
Figure majeure du romantisme, le poète fut aussi un des premiers acteurs de la vie politique française. Son parcours politique est étroitement lié à son voyage en Orient.
Élu à la Chambre en 1833, alors qu'il chevauchait entre Damas et Beyrouth, Lamartine inaugura sa carrière de député par un retentissant discours sur le démembrement de l'Empire ottoman, qui occupa les grandes puissances de la fin du XVIIIe au début du XXe siècle.
La fameuse «question d'Orient» le mobilisera pendant près de trente ans. Son opinion évolue : lui qui pariait initialement sur un effondrement des Ottomans deviendra leur défenseur.
L'ensemble de ces discours et articles réunis dans ce volume révèle non seulement un grand orateur mais aussi un politique avisé, qui n'hésite pas à revenir sur ses erreurs.
La «question d'Orient» s'est aujourd'hui déplacée. Ses enjeux demeurent cruciaux.
Les écrits de Lamartine, par l'éclairage historique qu'ils apportent sur les processus de modernisation des sociétés orientales, continuent d'éclairer le présent.

Cette édition a été établie par Sophie Basch, professeur de littérature française à la Sorbonne, et par Henry Laurens, professeur d'Histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France.

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LAMARTINE
Edité par Paris, André Versaille éditeur, 2011 (2011)
ISBN 10 : 2874951676 ISBN 13 : 9782874951671
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Description du livre Paris, André Versaille éditeur, 2011, 2011. État : Neuf. 24 x 13, 406p. Neuf car service de presse. Jamais lu. Livre neuf. N° de réf. du libraire 51394

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