Martin en Israël

 
9782877067768: Martin en Israël
Extrait :

Lorsque, bien des années plus tard (trente ans, c'est largement le délai de l'oubli, ou de la défiguration des souvenirs), Martin fut pressenti pour occuper le poste d'Israël, il n'éprouva qu'une satisfaction mitigée. Oui, la proposition était flatteuse, l'emploi, comme on disait au Grand Siècle, était de haut rang, il donnait accès au théâtre où se produisaient les vedettes de la diplomatie internationale. Les thèmes débattus étaient les chapitres modernes de la question d'Orient qui n'avait cessé d'intriguer les chancelleries. Certes, la controverse avait changé ses cartes, modifié ses enjeux. L'actualité imposait à l'histoire une autre géographie. Mais le concert européen, grossi de l'Amérique, continuait d'évoquer, avec la même révérence, les foyers illustres de notre civilisation, les berceaux de nos religions, ce Levant où ne se levaient plus que les orages, et dont la décadence redoublait la magie. Jérusalem, Éphèse, Damas, Alexandrie... On rêvait de leur réveil. Par quel miracle ces métropoles retrouveraient-elles leur lustre ? Sous quelle égide, quelle férule ? Les puissances spéculaient au chevet de ces grands malades.
Oui, sans doute, et c'est bien ainsi que pensaient ceux qui enviaient Martin. Mais la vie en Israël, c'était aussi le contact journalier avec un peuple faiseur d'embarras, perpétuel insatisfait, incriminant tout un chacun, récriminant à tout propos, peu sympathique en résumé. Le Quai d'Orsay, guindé dans ses préjugés, faisait la moue devant ces individus aux patronymes bizarres, cette engeance de parvenus dans la bonne société des nations établies, qu'une victoire récente, un coup d'audace et de chance, avait poussée au premier rang dans l'été 1967. On lui faisait place en la regardant de travers. C'est ainsi que le général de Gaulle l'avait punie. Après lui avoir témoigné sa sympathie et fourni son concours, il lui fermait ses arsenaux et lui retirait sa confiance, coupable d'être entrée en guerre au mépris de ses mises en garde. L'embargo sanctionnait sa conduite. Certains estimaient que la mesure frappait trop fort un nouveau venu qui avait droit de se défendre. D'autres prétendaient qu'elle venait à point châtier une arrogance qui se croyait tout permis.

Martin se gardait de juger pour l'instant (le jugement téméraire était un interdit de son éducation) et plus encore de s'exprimer sur le sujet. D'abord, que savait-il des Juifs, lui le bourgeois picard, féru de lettres grecques et latines, diplômé d'une histoire dont les chapitres ne mentionnaient qu'en incidence les péripéties confuses d'un peuple épars et vagabond ? «Peuple», était-ce d'ailleurs le mot idoine pour définir cette tribu surgie des sables du désert, adoratrice d'un démiurge omnipotent qui la protégeait si mal des pires calamités, invasions, asservissement, exode ? Franchissant les siècles, bravant leurs avatars, la fratrie ne s'était pas dissoute. Elle avait multiplié ses refuges sans quitter ses repères.
Elle avait continué à se réclamer d'un Livre dont elle ne pratiquait plus la langue, qui racontait les faits et gestes d'ancêtres fabuleux, élus de Dieu en une Terre sainte. D'où venait qu'elle fût à ce point persécutée ? Certains membres, parfois, se dissimulaient en s'assimilant, et taisant leurs origines comme s'ils en avaient honte. Imperturbable, la communauté tenait bon. Que penser de cette obstination ? Était-ce une tare héréditaire ? Un don congénital ? Elle était en tout cas exemplaire. Elle tissait, de continent en continent, de ville en ville, le réseau serré de sa dispersion. Unique au monde, cette histoire avait tout d'une histoire.

Présentation de l'éditeur :

Après Martin à Moscou et Martin en Afrique, sur le ton mi-sérieux, mi-souriant qui est le sien, avec la liberté de jugement que donne la distance, Francis Huré nous raconte ici les années pendant lesquelles, de 1968 à 1973, il eut la tâche de représenter la France auprès de l'État hébreu.
Tâche particulièrement délicate, puisque dans l'histoire des relations entre les deux pays, ces années-là sont celles d'un tournant décisif, où au temps de l'amitié succède le temps de la déception et où Israël, quittant le patronage européen, se tourne résolument vers les États-Unis dont il devient en Orient l'avant-poste.
Francis Huré nous fait le récit de ses rencontres avec Messmer, Debré, Pompidou, Malraux. Il nous donne aussi de ses rencontres avec Ben Gourion, Golda Meir, Rabin, et les grands hommes d'État de la première génération d'Israël un portrait coloré, vivant et chaleureux.
Un document essentiel pour la compréhension des relations internationales, dans lesquelles la psychologie et les sentiments jouent un rôle presque aussi grand que les rapports de force.

Francis Huré est diplomate de carrière. Son dernier poste a été celui d'ambassadeur de France à Bruxelles.

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Francis Huré
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