Chances du roman charmes du mythe : Versions et subversions du mythe dans la fiction francophone depuis 1950

 
9782878546057: Chances du roman charmes du mythe : Versions et subversions du mythe dans la fiction francophone depuis 1950
Extrait :

Extrait de l'avant-propos

Au début des années soixante, sans ignorer la crise qu'il traversait, Mircea Eliade mentionnait la parenté du roman et du mythe sur les deux plans de la création et de l'écriture. D'une part, le roman ré-actualise de grands thèmes ou schèmes collectifs (thème initiatique ou thème de la rédemption, schème du labyrinthe) ou des personnages mythiques, restés exemplaires au sens d'inspirants. Prolongeant la narration mythologique, il en assume la vertu d'élucidation sans se réduire à une quelconque vérification. D'autre part, sur le plan de la réception, la lecture romanesque comporte une fonction mythologique, puisqu'elle fait vivre une expérience comparable à celle que procure la fréquentation des mythes, faite de déplacement et de dépaysement : «Dans un cas comme dans l'autre, on "sort du Temps" historique et personnel et on est plongé dans un temps fabuleux, trans-historique. [...] Quelle que soit la gravité de la crise actuelle du roman, il reste que le besoin de s'introduire dans des univers étrangers et de suivre les péripéties d'une "histoire" semble consubstantiel à la condition humaine et, par conséquent, irréductible».
C'est précisément à cette irréductibilité que s'intéressent les études ici réunies. Au-delà du Nouveau Roman ou de l'auto-fiction, malgré la cure d'amaigrissement du roman et les années de formalisme triomphant, on peut constater la séduction que continuent d'exercer nombre de figures et de structures mythologiques. Le colloque international organisé dans le cadre des recherches de l'équipe Écritures de la Modernité, qui s'est tenu du 24 au 26 novembre 2011 à l'Université Paris 3 - Sorbonne nouvelle, ne questionnait donc pas le retour du mythe dans le roman depuis les années 1950, mais la permanence de prélèvements, transpositions et détours par le mythe.
Quelles modalités esthétiques, poétiques et idéologiques de ces recours pouvons-nous observer jusqu'au début du XXIe siècle ? On peut sans doute repérer la succession de trois générations littéraires, celle qui répond au soupçon par la voie de l'Oulipo, celle qui cède aux voix des sirènes et au chatoiement des images de la postmodernité, celle qui assume les excès et les extravagances de la fabulation. Néanmoins, l'objectif de la réflexion collective dont ce livre est le fruit n'est pas seulement de contribuer à l'histoire littéraire mais surtout d'envisager les récents usages littéraires (donc sacrilèges, comme le dit Sylvie Germain) d'éléments issus de diverses mythologies, païenne et chrétienne, conviés à ressourcer l'intrigue et la narration. Comment, depuis 1950, l'invention romanesque et la mémoire mythologique se concilient-elles ? Avec quels effets axiologiques ?
Le roman, combattant peut-être le sentiment d'enfermement ou d'asphyxie dont souffrait un Julien Gracq dans les années 1950, années «prise [s] dans la glace», explore une réserve d'images et de sens déposés dans les grands récits de notre culture occidentale. Des romanciers y puisent de l'oxygène, y trouvent un élargissement des possibles, voire «l'épanouissement du possible» qui échappe aux «tanières» où il était forcé. Ils apprivoisent, sans se l'approprier, l'héritage imaginaire collectif. Lequel en retour enrichit, sans l'y aliéner, la fabulation littéraire. Gorgô ou Eurydice, la saga d'Oedipe ou de Jésus, le Labyrinthe ou Sion, l'ogre ou l'ours se prêtent, dans le cadre pragmatique de la fiction, à d'infinies ré-actualisations et resémantisations soustraites à la croyance comme à l'univocité. C'est à ce jeu de l'imaginaire et de la pensée que s'intéressent les contributions qui suivent, à travers la description et l'analyse de plusieurs combinaisons.
La première section de ce livre, «De la mythobiographie à la mythographie», se consacre à Claude Louis-Combet et Henry Bauchau. Chacun d'eux a construit l'unité et la cohérence de son oeuvre sur la mobilisation d'un imaginaire culturel archaïque et sur «le recours au mythe»3. Chez Claude Louis-Combet, le pouvoir déliant voire désaliénant de l'écriture de création, «charme jeté sur le monstre» selon la belle formule de Pierre-Jean Jouve, se vérifie dans la forme particulière de la mythobiographie. Porté par les spéculations freudiennes ou les intuitions de l'herméneutique, le romancier interroge le rationalisme au profit d'une rationalité élargie qui entre en sympathie avec l'univers complexe et non dialectique du mythe. Se penchant sur le réinvestissement de Gorgô ou de Léda, Stéphanie Boulard examine comment Claude Louis-Combet transpose la terreur dans Gorgô et interroge, à l'origine de la parole poétique qui fait la part de la blessure et du secret, l'épreuve de la sidération. Alain Romestaing montre quelle érotique énergie de la régression vers l'origine et vers l'animalité anime l'écriture de Miroir de Léda. Selon la contribution de Cécile Croce, «les corps de Méduse» figurés dans Le Roman de Mélusine et Gorgô de Louis-Combet ou dans L'Enfant Méduse de Sylvie Germain posent à eux seuls la question de «l'irreprésentable».

Présentation de l'éditeur :

Après les traumatismes historiques du milieu du XXe siècle et la fin des grands récits de légitimation, des figures et des structures léguées par diverses mythologies aident les romanciers à retrouver le goût du genre, la voie de la fiction, le jeu de la question et de la réponse. A quelle fréquence, à quelle fin des récits aussi différents que ceux de Vialatte, Perec, Roubaud, Le Clézio, Tournier, Claude Louis-Combet, Henry Bauchau ou Sylvie Germain se ressaisissent-ils d'une matière collective archaïque, dans un exercice d'imagination oeuvrante ? Ces questions seront abordées à la lumière d'oeuvres singulières qui, de manière ludique ou tactique, usent de la mémoire et de la «raison» du mythe. Grâce à leur complexité, à leur équivocité, elles peuvent en exercer le mandat heuristique et se parer de son charme poétique.
C'est la chance du roman : à la fois explorer l'énigme, creuser la profondeur du Sacré, affronter le Minotaure et, selon le mot de Pierre-Jean Jouve, «jeter un charme sur le monstre».

Marie-Hélène BOBLET, professeur de littérature française à l'Université de Caen-Basse Normandie, est spécialiste du roman des vingtième et vingt-et-unième siècles. Elle a publié Terres promises. Émerveillement et récit (José Corti, 2011) ; Le Grand Meaulnes, édition critique (Honoré Champion, 2009) ; Le Roman dialogué après 1950. Poétique de l'hybridité (Honoré Champion, 2003).

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BOBLET MARIE-HELENE
Edité par SORBONNE PSN
ISBN 10 : 2878546059 ISBN 13 : 9782878546057
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