Mémoire d'un coffre de mariage : J.-P.E Vaucher, botaniste genevois

 
9782882954985: Mémoire d'un coffre de mariage : J.-P.E Vaucher, botaniste genevois
Extrait :

Rue Tabazan

De ma naissance et des premiers jours de mon existence je ne retiens que le carillon de la Clémence1 qui rythme les heures de la Cité de Calvin. Je loge au fond de l'atelier près de la paillasse de Paul, l'apprenti du vieux Meylan. Je suis muet, immobile, passif, inactif mais j'entends, j'épie, j'observe, je contemple, je surveille, bref, je regarde et enregistre tout ce qui m'entoure.
C'est le mois de la grande froidure. Par la porte vitrée à croisillons qui s'ouvre sur la boutique, je distingue mon géniteur qui travaille de longues heures penché sur son établi près de la fenêtre donnant sur la cour. Il marmonne, tempête, jure et houspille sans cesse Paul :
-Fainéant, dépêche-toi de finir de raboter cette table... Passe-moi donc le bédane... là, à côté de toi, près du ciseau.
Le garçon n'est pas pressé... Il apprend lentement le métier et s'absorbe dans de longues rêveries, ce qui met son patron hors de lui :
- Vaurien ! Je ne vais pas continuer à te nourrir si tu ne te donnes pas plus de peine ! Tu ne sais même pas aiguiser correctement la scie ou te servir du vilebrequin !
- Mon maître...
- Tais-toi ! Tu n'es qu'un fainéant...
Un client entre dans la boutique. Guilleret, le vieux Meylan vient chercher un des meubles qui vivent à mes côtés. Je ne perçois que quelques bribes de la conversation. Le mot florins est souvent prononcé.
C'est la nuit que je respire avec délice l'air glacial de la ville. Paul escalade la haute croisée qu'il laisse entrouverte pour faciliter son retour tardif. J'entends le veilleur qui rassure les habitants et parfois les fêtards qui parcourent les ruelles en beuglant. Une fenêtre s'ouvre. La chute d'un objet ou le contenu d'un pot de chambre accompagné de jurons rétablit l'ordre. A son retour, Paul verrouille soigneusement la croisée. L'atelier retrouve son odeur de copeaux, de sueur, de soupe - le vieux laisse toujours traîner son assiette crasseuse. Aux premières lueurs du jour, il pisse dans un seau, se débarbouille hâtivement dans une petite cuvette ovale et va chercher une grosse miche de pain chez la mère Nicole. Je guette toujours son retour; il flotte alors pendant quelques instants dans la pièce un délicieux arôme, un mélange d'épices, de bergamote, de cannelle.
Un matin, le vieux entre dans l'atelier en compagnie d'un homme jovial à la voix forte.
- Alors, compère Meylan, montrez-moi votre chef-d'oeuvre. Nous travaillons tous deux le bois et vous savez que je suis exigeant !
On me hisse sur l'établi. La main douce du visiteur me palpe, me tâte, me caresse :
- Oui... bien ! Le bois est superbe. Voyons... avec une hauteur de trois pieds et une largeur de cinq pieds environ, cela pourrait me convenir... La décoration du meuble, avec ces écus portant un lion ailé et représentant des scènes mythologiques, me plaît infiniment. Pourriez-vous graver ici, juste en dessus de la serrure, la date de mes noces avec mes initiales et celles de ma promise : XX XII MDCCLX PVet JBV ?
S'ensuit une discussion animée. Florins est le mot clé. «Ne sommes-nous pas de la même corporation ?» répète à plusieurs reprises le futur marié. Enfin, les deux compères se mettent d'accord.
Quelle sera ma destination ? Résigné, angoissé, j'attends... Quelques jours plus tard, je suis partiellement emmailloté dans une couverture malodorante et arrimé sur une charrette à deux roues. Maintes fois, le vieux Meylan répète à Paul le chemin à suivre pour se rendre à la rue Tabazan :
- Pas question de t'arrêter à l'estaminet du Bourg-de-Four, tu m'entends ? Fais aussi attention de ne pas renverser la charrette. Allez va, fainéant !

Présentation de l'éditeur :

MEMOIRE D'UN COFFFRE DE MARIAGE

Savant modeste fuyant les honneurs, le Genevois Vaucher accomplit un parcours sans faille : pasteur, professeur, fondateur d'un institut pour jeunes gens au Petit-Bossey près de Céligny, recteur de l'Université impériale de Genève, chercheur, botaniste émérite et écrivain. Infatigable voyageur, il séjourne à Versailles chez l'abbé Fauchet, prédicateur de Louis XVI, et entreprend plusieurs périples à pied, à cheval ou en diligence à la recherche de plantes rares.
Ce roman, inspiré de documents retrouvés dans un coffre oublié, est l'histoire d'une famille bour­geoise au temps où Genève est passée d'une indépen­dance farouche à l'annexion à la France puis à l'entrée dans la Confédération.

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DRUC-VAUCHER/CLAIRE
Edité par CABEDITA
ISBN 10 : 2882954980 ISBN 13 : 9782882954985
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Description du livre CABEDITA. Soft Cover. État : NEW. CABEDITA (03/07/2007) Weight: 365g. / 0.80 lbs Binding Paperback Great Customer Service!. N° de réf. du libraire 9782882954985

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