Les contes de la burle: L'Ardèche authentique - Couverture souple

Durand, Jean

 
9782904368219: Les contes de la burle: L'Ardèche authentique

Extrait

Le chemin n'en finissait plus de serpenter, si étroit entre les plantations de jeunes sapins que les plus basses branches essuyaient leurs bouts givrés sur la carrosserie de l'automobile. Tache trop criarde, la voiture semblait une insulte crachée à la face de l'immensité préservée, et le bruit du moteur un manque de respect au somptueux silence du plateau.

Soudain, au détour d'un virage, au milieu du pré, émergeant d'un bosquet de quelques arbres, elle apparut, incroyablement belle avec son toit de chaume si haut, si pentu, si lisse et tellement admirable de proportions que l'on arrêta le moteur pour mieux jouir du spectacle.

Nous étions aux Sagnas, sur la commune du Roux, où les dernières survivantes sont deux femmes, Aimée et Marie, la mère et la fille, perdues aux confins de Mazan, et d'une fidélité qui leur est naturelle mais qui, pour le visiteur profane, tient de l'héroïsme.

L'an passé, elles étaient trois. Et puis la vieille grand-mère est morte. Alors mère et fille sont restées seules. Question d'habitude et d'entraînement. Parce que, quand le père meurt trop tôt, il faut bien faire le travail des hommes.

Il y avait quatorze ans qu'elles étaient seules, les trois dames des Sagnas...

Quand on eut enterré le fermier des Sagnas, parce qu'il y avait la petite à élever et pas d'autre solution, Aimée lia tout naturellement les boeufs pour les labours, le transport du bois, des genêts, du foin. Elle persévéra avec d'autant plus de mérite qu'elle n'est pas propriétaire mais simplement fermière. Et parce que le père avait toujours préservé le toit de chaume, elle continua chaque année à le pétasser, à boucher les trous de l'hiver. Pour ne pas fatiguer les boeufs et les économiser, elle n'hésitait pas à porter jusqu'à cent fagots de genêts sur son dos.

Présentation de l'éditeur

Entre 1974 et 1984, Jean Durand, alors journaliste au Dauphiné Libéré, signait une série de reportages intitulée Les contes de la Burle. Il s'agissait de portraits dressés à partir de témoignages recueillis auprès des derniers authentiques habitants (pour la plupart déjà vieux), du Haut-plateau ardéchois, pays de la Burle : " ce vent du Nord gavé de neige en flocons, poussière, nuages, qui gifle, aveugle, glace, ensevelit, gouache uniformément routes et paysages, les transformant en un monde inhumain".

Ces récits font désormais partie de la mémoire collective car la plupart de leurs humbles héros sont depuis décédés. Cette nouvelle édition, en un seul volume, est la plus complète de toutes celles jusqu'à présent réalisées, car elle comporte les quarante-huit récits originaux accompagnés des quatre-vingt-seize photos les ayant illustrés au fil des publications. Il nous a semblé important de vous faire rencontrer encore une fois - ou découvrir ? - ces Ardéchois immortalisés par Jean Durand. Le regard unique et tendre qu'il a porté sur eux est un regard empli d'humilité, de respect et d'admiration. Il a su les observer et les écouter comme personne, même dans leurs silences.

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