Aristote aux Champs-Élysées

 
9782909422725: Aristote aux Champs-Élysées

Se promener, c'est mener plus loin les pas mais aussi la pensée, comme l'atteste toute une tradition qui, issue de l'Antiquité - Aristote bien sûr, mais aussi Socrate aux bords de l'Illisos, Epicure en son jardin, les Scolastiques à l'ombre de leurs cloîtres - se poursuit jusqu'à Derrida en passant par Nietzsche et Heidegger. Toute promenade n'est pas philosophique. Pourtant se promener - se mettre en marche sur un chemin (et dans la méthode qu'affectionne la philosophie comme discipline, résonne la racine grecque odos, chemin) ou sortir des sentiers battus - recèle une dimension de décision et de liberté où se noue l'alliance de la philosophie et de la promenade. Certaines promenades sont liées au lieu, au travail de la mémoire ou de l'imagination ; d'autres, hors de toute topologie, plongent dans l'immémorial, affrontent la solitude, l'immensité et la mort. D'abord en compagnie de ces ombres amies - Aristote, Kant, Nietzsche, et Heidegger - qui vivent en nous plus intensément que nombre de nos contemporains, l'auteur s'est risqué ensuite à des reconnaissances solitaires , explorations entre soleil et mort, de pensées sans retour. D'un bout à l'autre, une même quête questionnante guide les pas comment concilier l'idéal d'une vie bonne, soucieuse de mesure avec la marche forcée que nous imposent, tel un destin inexorable, les avancées de la Surpuissance - mais aussi l'existence irréversible ? Comment tracer la bonne limite - celle qui va permettre de surprendre l'illimité - face à la techno-science qui tend sans cesse à les reculer ? Comment inaugurer quelque chose comme une nouvelle sagesse face à la hauteur des nouveaux pouvoirs ? face aussi à la mort. Hölderlin avait déjà pressenti que la modernité est vacance du partage . C'est justement cette vacance qu'il nous faut affronter. D'où l'appel final en désespoir de cause - à la plus divine des qualités huma

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Revue de presse :

Dans ce livre terminé quelques jours avant sa mort, Dominique Janicaud invite le lecteur à des promenades philosophiques. On sait que, pour Aristote, l'être se dit de manières diverses. Selon Janicaud, il en est de même pour la promenade et la philosophie. « Dites-moi si vous savez flâner et comment vous vous promenez et je vous dirai quelle est votre philosophie » (p. 14). L'auteur nous invite dans une première partie à faire le chemin en compagnie des « ombres amies ». Tout d'abord, Aristote ne serait sans doute pas étonné par nos prouesses techniques, mais par notre frénésie générale et par le privilège donné à l'avenir, à une volonté de maîtrise du cosmos. Autre promeneur, Emmanuel Kant et sa loi morale. Sa force consiste à exiger le respect inconditionnel de la forme de cette loi, mais sa faiblesse nous laisse démunis pour apprécier des situations équivoques. Sur le chemin de Nietzsche, l'auteur rencontre une foi dans la science qui reposerait sur une foi métaphysique. Heidegger représente le dernier grand promeneur retenu. Janicaud propose de réorienter de manière critique le noyau « méta » de la métaphysique. Une déconstruction ferait « partager l'élan des questions ultimes en leur gardant toute l'acuité de questions » (p. 70-71).Dans une deuxième partie, intitulée « Reconnaissances solitaires », Janicaud continue seul le chemin. La pensée serait peut-être impossible pour une espèce humaine, avide de divertissement, s'éloignant de la pensée par « le jeu, le combat (le sport qui conjugue les deux) et même le travail » (p. 93) qui conviennent à la grande majorité. Autre thème pascalien que rencontre l'auteur, celui de la disproportion de l'homme face à l'immensité. « L'homme n'est qu'un infime point dans un univers dont l'immensité le déborde du côté de l'infiniment grand comme de l'infiniment petit » (p. 107). D'où la tâche que Janicaud s'assigne de penser entre finitude et sublime, entre logos et cosmos, de concilier l'immensité de ce qu'il y a à penser avec notre condition finie. La dernière de ces réflexions solitaires vise les « nouveaux chantres du Tout-Net » et l'accélération fantastique de la virtualisation du réel, qui efface le sens des limites, virtuel que l'auteur démystifie.Fin de promenade dans un épilogue où Janicaud constate une fascination actuelle pour l'absurde et propose de retrouver quelque espoir collectif. Il conclut dans le sens d'une « intelligence du partage » : notre intelligence se serait fourvoyée dans une volonté de maîtrise du futur, une domination intégrale de la nature et du cosmos. En définitive, Dominique Janicaud propose une « redomiciliation » de cette intelligence vers notre singulier de partage que sont notre finitude et la limitation planétaire. Une telle pensée de la limite et de la mesure mérite sans doute d'être méditée. (Jean-Philippe Catonné 2004-06-01)

C'est une magnifique et profonde méditation philosophique que nous offre ici Dominique Janicaud, que nous devons lire comme son testament philosophique. Si, dans une première partie, sont évoquées ses flâneries et libres réflexions en compagnie de ses maîtres préférés, dans une deuxième partie il se livre à nu, sans l'appui d'un grand nom de la Tradition.« Le risque de la solitude y est assumé devant la souffrance, la nudité, l'amour, la mort, l'immensité, mais non sans un essai de dialogue devant les urgences d'une actualité trop impitoyablement réelle et un appel final - en désespoir de cause - à la plus divine des qualités humaines » (Jean Borel 2003-12-30)

Nous vivons dans un monde où la guerre, l'urgence, imposent même au philosophe des rythmes, des cadences, un « bureau », la connexion à Internet. Ressusciter les flâneries, les promenades philosophiques, la « méthode » au sens grec, des « ombres amies » avec lesquelles il entame un dialogue par-delà les siècles, tel est dès lors te dépaysement auquel nous convie ici Dominique Janicaud. Et tout d'abord avec Aristote, rencontré dans un pub aux Champs-Élysées et qui se montre moins étonné par les merveilles de la technique du XXe siècle que par la préoccupation envahissante de la mort chez nos contemporains, à l'encontre de celle de l'immortalité chez les Anciens, et par Le privilège qu'ils accordent à l'avenir. Kant est un compagnon moins agréable et moins sensuel, qu'il convient finalement d'abandonner au rituel solitaire de sa promenade immuable, laquelle ne fait que refléter son rigorisme moral, obstacle à l'intelligence pratique ». Sur Le chemin d'Èze, on croise L'ombre du prophète inspiré que fut Zarathoustra, proclamant la mort de Dieu par l'homme obsédé par sa volonté mortifère de vérité et, du même coup, le « désenchantement du monde ».S'imposent alors dans un parc, à Manchester, La stature du second Heidegger, et sa foi dans La métaphysique. Les promenades solitaires de D. Janicaud, ses baignades, sont également source d'inspirations formulées en des aphorismes sur Éros, Hélios, Thanatos, sur L'immensité de l'univers, sur la quête du sens, des mythes dont L'homme éprouve Le besoin par-delà la technoscience, sur la reconquête de l'intelligence et de l'esprit critique contre l'idolâtrie moderne. Une conversation avec Les textes mêmes que nous ont légués Les philosophes anciens ou modernes, à propos du Beau, de la Liberté, de Dieu, de la Conscience, de la Technique, du Bien, du Mal… Voilà en quoi consiste le « mystère » de La philosophie qui attend les élèves de terminale. Mystère que Janicaud eut le temps d'expliquer en trente mini-leçons à sa fille Claire avant de mourir accidentellement le 18 août 2002, « en route », un an, jour pour jour, après le décès de son ami Michel Haar, auquel est dédié « Sur le chemin de Nietzsche ». (2003-12-01)

Dominique Janicaud, professeur à l'université de Nice Sophia-Antipolis, a publié de nombreux ouvrages de philosophie générale, intimement liés à sa pratique de commentateur universitaire (et portant sur la phénoménologie pour les plus célèbres). Il est décédé en 2002 et de nombreux textes plus personnels commencent d'être publiés. Tant mieux pour les lecteurs, qui trouvent dans ces ouvrages une plume alerte, appliquée cependant à des sujets plus personnels. Aristote aux Champs-Élysées est, en effet, constitué d'articles de ce type dont une partie est inédite et l'autre, demeurée confidentielle. Les objets de ces articles sont aussi divers que la crainte des dieux, la cité, l'enjeu d'une vie belle et bonne, la conquête indéfinie de la puissance sur les choses, etc. Mais c'est la présentation ou l'agencement des articles qui fait l'originalité de cet ouvrage. Ceux-ci sont conçus et rédigés sous la forme de promenades (de là le sous-titre de l'ouvrage : Promenades et libres essais philosophiques), chacune attachée au nom d'un philosophe. L'auteur ne se contente pas d'approcher le philosophe (Aristote est cependant rencontré physiquement), il se donne la peine d'une rédaction spécifique pour chaque style de promenade (du style systématique à l'aphorisme). Si promener, et se promener, c'est mener en avant, ou se mener en avant, la promenade philosophique a l'avantage de donner lieu à des déploiements de pensée, rythmés par les pas du promeneur. La promenade n'est pas l'errance, car elle distribue les pas et les hésitations de la pensée en les dispersant au gré des rencontres (de personnes ou d'objets). Elle met la pensée en écho avec diverses altérités. Elle favorise le partage des incertitudes tout en rappelant qu'il est décisif de leur donner forme et suite. Ainsi nous rencontrons Aristote sur les Champs-Élysées, Kant au lieu même de sa promenade éternelle, Heidegger dans un parc (lui perdu, mais non le chemin !), ou Nietzsche aux abords de la petite gare d'Eze (pour ceux qui ne se souviendraient pas, cette gare a accueilli Nietzsche en 1888). L'ensemble donne un livre agréable, facile d'accès. Ne se donnant pas pour une somme de pensée, il peut servir à toute personne, en dehors du cadre universitaire, qui voudrait prendre le temps de flâner dans la pensée grâce à un guide sympathique. (2004-01-01)

Deux ouvrages posthumes du philosophe, décédé en 2002, invitent chacun à partager la joie de la recherche de la sagesse, à arpenter l'histoire de la pensée de façon limpide, sans pour autant éluder les sujets difficilesLe philosophe Dominique Janicaud, décédé en août 2002, nous lègue ici deux superbes parcours. Un de ses livres précédents nous avait laissés avec une question inquiétante : L'homme va-t-il dépasser l'humain ? (Bayard La Croix du 5 décembre 2002). Sans céder au vertige devant les mutations actuelles de l'économie, de l'informatique et de la génétique, il en profitait pour résumer de façon magistrale quarante ans de débat philosophique sur l'humanisme.Enseignant à l'université de Nice Sophia-Antipolis, Janicaud était un philosophe très reconnu par ses pairs. Auteur de bien des ouvrages savants sur Hegel, Husserl, Heidegger et Nietzsche, il n'avait plus rien à prouver dans sa discipline. Mais ses deux derniers livres montrent une préoccupation assez différente : celle de partager la joie de la recherche de la sagesse avec chacun. Janicaud a écrit Les Bonheurs de Sophie à l'intention de sa fille Claire, qui allait entrer en classe de terminale. Quant à Aristote aux Champs-Élysées, on peut le considérer comme dédié à un jeune homme d'affaires du World Trade Center que le philosophe avait rencontré par hasard dans un avion, et qui aurait pu périr dans l'attentat du 11 septembre 2001.Les deux itinéraires proposés sont remarquables. Les Bonheurs de Sophie proposent une initiation « en 30 mini-leçons ». Le livre, au format de poche, a été conçu pour consacrer un quart d'heure par jour à la philosophie. A bien y regarder, le parcours, très facile d'accès, est rigoureusement balisé. Janicaud y démystifie la philosophie. Il invite ses jeunes lecteurs à l'esprit critique, en les informant sommairement mais précisément des questions et des débats de sa discipline.On comprendra ainsi ce qui oppose les philosophes de tradition « continentale » à ceux de la tradition « analytique » anglo-saxonne. Des anecdotes concrètes se mêlent aux références majeures, sans jamais que le propos, limpide de bout en bout, soit alourdi. Janicaud n'élude pas les sujets difficiles. La question de Dieu n’est pas pour lui « hors programme ». Il ne passe pas sous silence les guerres de religion, les persécutions, l'Inquisition et les intégrismes. Mais, enthousiaste devant l'encyclique Foi et raison, Janicaud se réjouit du fait que la philosophie soit reconnue par Jean-Paul II comme « souvent l'unique terrain d'entente et de dialogue avec ceux qui ne partagent pas notre foi ».La préférence de Janicaud va pourtant à Nietzsche. Il donne avec conviction les raisons de son choix : la valeur du geste critique et constructif de sa philosophie, sa conception de l'amour « qui élève et hiérarchise, à la hauteur des possibilités de la vie » sans minimiser le risque de son saut mal maîtrisé dans l'inconnu et sa conception discutable du politique.Nietzsche est encore à l’honneur dans Aristote aux Champs-Élysées Ce livre propose plusieurs promenades avec des « ombres amies ». Enseignant à Nice, Janicaud ne pouvait guère éviter le pèlerinage nietzschéen, Nietzsche ayant lui-même parcouru la région. L'ouvrage est une réhabilitation sans précédent de la marche, l'une des activités les plus philosophiques qui soit. Les compagnons de route ne sont pas choisis au hasard : Aristote, Kant, Nietzsche, Heidegger.La philosophie, ainsi sortie des cénacles universitaires, se fait buissonnière, exploratrice, sans être pour autant flânerie sans but. Avec beaucoup d'aplomb, Janicaud raconte sa rencontre avec Aristote aux Champs-Élysées, dans un pub, à une heure du matin. Plus convaincant encore, il nous explique pourquoi il refuse la fameuse promenade très réglée de Kant au nom de la contingence des événements et de l'équivoque de la vie. Quant à Heidegger, c'est à la faveur d'un « temps mort » après trois journées de congrès à Manchester que Janicaud l'a retrouvé dans un parc…Cette philosophie pédestre, sous forme de dialogues imaginaires et d'aphorismes, pourra déconcerter certains. Mais c'est un fait que l'inspiration créatrice et les muscles fonctionnent souvent ensemble. Les ultimes réflexions de Janicaud ne furent pourtant pas gyrovagues. Elles montrent un souci du partage de l'intelligence et une lucidité extrême devant le monde en train de naître sous nos yeux. (Jean-François Petit 2003-09-23)

Présentation de l'éditeur :

La promenade, c'est mener plus loin les pas, et aussi la pensée, selon la tradition antique. Cet essai montre que toute promenade n'est pas philosophique, et que pourtant, se promener recèle une dimension de décision et de liberté. Certaines promenades sont liées au lieu, au travail de la mémoire ou de l'imagination, d'autres plongent dans l'immémorial, la solitude, l'immensité et la mort.

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