Nous les Allemands

 
9782915134308: Nous les Allemands
Extrait :

Nous les Allemands

Considérations liminaires sur les raisons pour lesquelles nous, les Allemands, sommes des gens remarquables et pour lesquelles les Britanniques en particulier devraient nous laisser tranquilles.

Au fond, cela fait quinze ans que j'écris ce livre. Depuis que les deux Allemagne sont tombées dans les bras l'une de l'autre et se sont prises à la gorge.
Il commence là où s'arrête mon dernier opus en date, «Palast-hotel - comment l'unité s'est abattue sur les Allemands», un livre jailli comme un éclair du cyclone provoqué par le changement de régime. Le présent ouvrage est assurément plus serein, et il a de bonnes raisons de l'être. On y décrit pourtant aussi le tourbillon des sentiments allemands. Il parle de nous et de la fierté nationale. Drôle d'idée pour un homme qui a passé à l'étranger le plus clair de ces quinze dernières années ? Pas forcément. Ce que Heine disait de l'amour de la patrie me paraît lumineux : c'est quand le poète s'est retrouvé loin de chez lui, à Paris, que la flamme de cet amour-là s'est ranimée en lui.
Rien ne stimule autant l'amour de son pays que la nécessité de le défendre en permanence contre les clichés et les tentatives de le rabaisser. Rien ne pouvait donc être plus excitant, pour le patriote assez peu fiable que j'étais, que de passer un certain temps en Angleterre.
Ces hooligans des milieux défavorisés que la presse populaire britannique mobilise de si bon coeur ne sont pas les seuls, loin de là, à s'en prendre aux Allemands. Deux semaines à peine s'étaient écoulées depuis mon arrivée sur l'île lorsque je me retrou­vai dans l'assemblée très sélect d'un dinner, à côté d'Antonia Byatt, romancière ayant récemment reçu ses titres de noblesse. On servait de l'agneau sous des portraits de princes du XVIIIe siècle, j'avais la tête au divertissement et à la légèreté, et je levai mon verre en l'honneur de la dame, sans me laisser rebuter par son air fermé et grincheux.
Et voilà qu'elle me demanda, de but en blanc, ce que je pensais de la Constitution européenne. Je faillis avaler de travers.
Je ne connaissais pas une personne qui ait lu de bout en bout le pavé de mille pages concoctées par Giscard - ça n'était de toute façon pas mon cas. J'improvisai donc une vague réponse : c'était sans doute une bonne chose que la communauté des États européens s'accorde sur quelques principes fondamentaux - enfin, le genre de phrases que l'on prononce lorsqu'on veut s'en sortir par un coup de bluff. Et elle, qu'en pensait-elle ? lui demandai-je à mon tour. Mon intention était surtout de lui faire passer la patate chaude. Elle non plus n'avait pas l'air d'avoir travaillé la question. Sa main chargée de bagues, étonnamment pesante, resta un certain temps en suspension au-dessus de son assiette. Mais la dame finit par répondre : «Vous savez, nous autres, Britanniques, nous n'avons pas besoin de constitution - nous sommes la plus ancienne démocratie de la planète.»
Et elle ajouta : «Pour de jeunes nations comme la vôtre, les Allemands, les constitutions peuvent cependant être très utiles.» On aurait peine à mettre suffisamment de nasillement et de morgue pour restituer le ton sur lequel elle prononça cette phrase. Le fond était clair : Vous êtes des barbares, vous venez à peine de poser vos massues, vous n'avez pas de culture, il vous faut vous serrer la vis.
Soit dit en passant, le dîner était donné en l'honneur d'une fondation culturelle allemande qui avait attribué l'année précédente à Lady Byatt un prix grassement doté. Elle en était l'invitée d'honneur.
Je m'entendis lui répondre : «Très chère Madame, notre pays a accordé le droit de vote aux femmes bien plus tôt que chez vous, ce que je peux d'ailleurs comprendre lorsque je vous regarde.» J'avalai une gorgée d'eau. «Et pour ce qui est des constitutions : quelques règles ne feraient vraiment pas de mal à votre petite île, avec ses hôpitaux crasseux et ses trains qui déraillent.»
Bien entendu, je ne dis rien de tout cela.
Ces mots-là ne me vinrent que bien plus tard.
Sur le moment, j'en restai sans voix.
Cette dame avait-elle raison ? Venions-nous vraiment de sortir de notre forêt de chênes ?
J'allai chercher et rassemblai dans mon esprit tout ce qui, dans ma hâte, me venait à propos des grands Allemands. Nous, les héritiers des romains ! Arminius, Charlemagne, saint Boniface ! Barberousse, Gutenberg, Beethoven, Heine, Bonhoeffer, Lubitsch, Beckenbauer, Claudia Schiffer ou, dans la même catégorie, Heidi Klum, dont nous reparlerons plus loin.
À vrai dire, je dus admettre que pour certains des candidats, je n'étais pas très sûr de moi. Mais c'était la bonne direction. Mon énumération ne commençait pas en 1945, date du grand aveu de culpabilité, alors que tout commence par le grand aveu lorsqu'il est question de l'histoire allemande.
Non, moi, je jetai dans le débat l'histoire antique, le Moyen Âge, les Temps Modernes, comme il se doit. Bien sûr, les Anglais ou les Français avaient été bien plus tôt que nous en mesure de constituer un État-nation. Leur situation était plus favorable. Ils n'avaient aucun mérite. Nous, en revanche, qui occupons une position aussi centrale que précaire, le monde entier nous tiraillait et essayait de nous bloquer. Et comme si cela ne suffisait pas, nous sommes désormais obligés de faire attention au pape.

Présentation de l'éditeur :

Que connaissons-nous des Allemands, de leur identité, de leur culture ? Peu de choses.
Cette question n'a jamais cessé de hanter les Allemands eux-mêmes. Depuis la chute du Mur en 1989 et la réunification de 1990, l'Allemagne s'interroge sur son passé, mais aussi sur son devenir : sur quelles bases reconstruire un pays dont la population a été rigoureusement scindée pendant quatre décennies ? Comment vivre en démocrates avec le souvenir de la Gestapo et de la Stasi ? Comment assumer le passé pour vivre le futur ? Matthias Matussek nous présente son pays à travers un parcours intimiste, des héros et poètes fondateurs aux personnalités contemporaines (intellectuels, artistes, people), en passant par le Berlin branché et les villes que l'histoire a rendues fantômes.
Se dessine en mosaïque un pays jeune, entreprenant, en pleine mutation politique et intellectuelle, profondément démocratique, qui ne renie en rien ses fautes mais ne voit plus aucune raison de les porter comme des boulets. L'auteur brosse un tableau féroce, drôle et polémique d'une Allemagne pleine d'énergie et de couleurs, d'une Allemagne qu'on aurait de nouveau follement envie d'aimer.

Matthias Matussek, né en 1954, a suivi des études de langue et de civilisation américaines et de littérature comparée à la Freie Universität de Berlin. Après avoir chroniqué pour le Berliner Abend et le magazine Stern, il est devenu correspondant et reporter à New York, Berlin, Rio de Janeiro et Londres pour le Spiegel. Depuis l'automne 2005, il y dirige le service culturel. Il a écrit de nombreux livres, dont des nouvelles, des romans et des scénarios.

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Edité par Saint-Simon (2007)
ISBN 10 : 2915134308 ISBN 13 : 9782915134308
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Description du livre Saint-Simon, 2007. Paperback. État : OKAZ. - Nombre de page(s) : 1 vol. (358 p.) - Poids : 395g - Langue : fre - Genre : Ethnologie et Anthropologie. N° de réf. du libraire O693253-666

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Description du livre Saint-Simon, 2007. Paperback. État : OKAZ. - Nombre de page(s) : 1 vol. (358 p.) - Poids : 395g - Langue : fre - Genre : Caractère national allemand. N° de réf. du libraire O2354223-666

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