Comment je suis devenu super-héros

Note moyenne 3
( 2 avis fournis par GoodReads )
 
9782915438314: Comment je suis devenu super-héros
Extrait :

Ça fait trois jours que j'essaye d'avoir ma femme sur son portable et ça ne répond pas. Mon bras gauche dans la fournaise de l'enfer pour qu'elle daigne décrocher. Bon, je devrais peut-être masquer le numéro d'appel. Je n'ai pas laissé de message et je ne sais même pas ce que je veux lui dire. Voilà le genre de truc qu'on fait en sachant que ça ne va rien arranger. La course d'un chien aveugle dans un labyrinthe. Et si je pouvais mettre seulement la main sur un minotaure et fracasser une gueule de taureau, que je pouvais ensevelir une bête vivante dans un trou, une bête coupable que personne ne songerait à déterrer, voilà que je me sentirais un peu mieux.
Je regarde ma grosse tête dans le miroir des toilettes du commissariat en repensant à ce beau bébé que j'ai été. Un miroir vérole, on dirait que des ramifications de lichen l'ont envahi. C'est une sorte de rouille, une toile d'oxyde de fer qu'on pourrait gratter à la limite, peut-être que ça partirait. Qu'est-ce qui s'est passé nom de Dieu ? C'est juste vieillir en un sens, mais c'est tellement plus. J'ai dans l'idée que ces grosses poches sous mes yeux, ces paupières comme deux sacs de ciment, toute cette viande qui en peut plus de tenir la pause pour que le héros ressemble à peu près à ce qu'il a été, que toute cette dégueulasserie enfin, est un masque de plus. Un truc dont on peut se débarrasser si seulement on arrive à retrouver les sentiers de la guerre. La flèche lumineuse de notre vrai moi. Il doit y avoir un chemin qui ramène à la case départ, pas pour tout recommencer, c'est bien assez, mais pour faire quand même autre chose.
J'ai plus assez de vie en moi, plus assez de sang dans mes membres. J'ai beau me scruter dans ce miroir vérole, je ne vois rien qui vient, pas le moindre signe annonciateur du renouveau. Puis je pose mes mains sur l'évier, pour rapprocher mon visage de ce drôle de double qu'on affirme être moi, et j'entends cette pauvre bête d'émail craquer sur son pied unique. Ça y est, j'ai recommencé cette connerie. Je regarde un peu, ouais, il est bel et bien fendu. Et j'essaye pas de me raconter des histoires comme quoi il était comme ça avant parce que je sais bien que non. Il va falloir remplir des formulaires de destruction de matériel et m'expliquer une fois de plus avec le commissaire. Entendre son blabla de pasteur sur les responsabilités inhérentes aux pouvoirs et tout. Disons que je suis pas au mieux de ma forme en ce moment. J'essaye de me remotiver un peu, mais pour faire quoi ? Bon, je repense aux mômes, à Alicia et je me dis que c'est peut-être pas la meilleure idée qui soit. Mais faudrait encore qu'il m'en vienne de bonnes idées à moi, alors je fais quelques moulinets et je lance deux ou trois droites dans l'air, à combattre un ennemi imaginaire, un drôle de type bâti comme un tank un peu gras et qui fait les mêmes gestes que moi, en face. Un type qui a l'air un peu fatigué.
Merde.
Quelqu'un vient de pénétrer dans les chiottes. Il franchit la flaque d'eau croupie dans laquelle trempe le tuyau d'évacuation depuis des semaines. Je remets mon masque à la hâte.
C'est rien que mon pote Ned Sullivan.
Un gars minuscule avec un visage de castor, de bonnes joues rondes et deux yeux rieurs.
- Putain, il me fait, t'as encore dézingué le lavabo !
- Ça se voit tant que ça ? je lui demande en me grattant derrière la tête comme un gars désolé.
- Mais oui, Tit', on voit que ça en entrant. Pour me faire comprendre, il ouvre ses deux mains en direction de l'objet du délit.
- Ouais, bah il faudra que j'aille remplir une fiche. Je ferai ça tout à l'heure, après l'émission. Enfin, on verra les résultats. C'en est où ?
- C'est pour ça que je suis venu Tit', c'est bientôt la fin de la pub. Les gars, enfin, nous tous, on aimerait bien que tu sois là.
Il me fait remarquer que mon masque est de travers et que j'ai un peu l'air con, puis il sort en me faisant un clin d'oeil, le genre de truc qu'il arrête pas de faire qu'on se demande s'il a tellement confiance en lui ou si c'est juste une façon de ponctuer ses départs parce qu'il ne sait pas trop quoi faire d'autre.

Présentation de l'éditeur :

Vous aimeriez être un super-héros ? C'est parce que vous ne savez rien de la vie qu'ils mènent !

Titan est un super-héros un peu dépressif depuis qu'Alicia l'a quitté. Pour ne rien arranger, il vient de perdre une place au Panthéon Top 30, l'émission de télévision qui classe les trente super-héros les plus populaires d'Amérique.
Les potes du commissariat de Lexington Avenue ont beau être ses premiers supporters, Titan n'a plus goût à rien. Dans ces conditions va-t-il pouvoir affronter l'un des pires ennemis de sa carrière ? Celui que les journalistes nomment déjà Le Vampire de New York, un tueur en série qui s'attaque aux surhommes. Alors qu'il mène l'enquête, aidé par son vieux collègue Monté Carlo, un ex-super-héros, contraint à une retraite forcée depuis qu'à force de coups encaissés, il a développé la maladie de Parkinson, Titan est conduit à remuer les eaux boueuses du mythe des super-héros. Alors une question bientôt s'impose à lui : sera-t-il le prochain sur la liste du Vampire de New York ?

Un roman drôle et haletant qui revisite les codes du polar et réinvente la littérature de l'imaginaire en mettant en scène l'un des thèmes les plus forts de la culture populaire : le super-héros.

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