Camille Pissarro - Rouen- peindre la ville

 
9782915548556: Camille Pissarro - Rouen- peindre la ville
Extrait :

Pissarro
le peintre de Rouen

L'exposition «Une ville pour l'Impressionnisme : Monet, Pissarro et Gauguin à Rouen», organisée au musée des Beaux-Arts de Rouen en 2010, à l'occasion du premier Festival Normandie Impressionniste, a constitué un événement que les 250 000 visiteurs de l'exposition ne sont pas près d'oublier. Pour la première fois, étaient rassemblées, sur les lieux mêmes où elles furent produites, des oeuvres exceptionnelles, comptant parmi les chefs-d'oeuvre de l'Impressionnisme. Parmi elles, à côté des Cathédrales de Monet et des vues, mi-urbaines, mi-campagnardes, de Gauguin, une trentaine d'oeuvres magistrales réalisées par Camille Pissarro lors de ses séjours rouennais de 1883-1884, 1896 et 1898. Certaines de ces oeuvres avaient figuré à la Rétrospective Pissarro organisée, vingt ans plus tôt, par Richard R. Brettell et Joachim Pissarro, et dont l'ouvrage Pissarro et la Ville nous avait gardé le souvenir. D'autres, sorties le plus souvent de collections privées, n'avaient encore jamais été montrées au public. Leur subtil accrochage, en trois séries, dans un espace assez confiné, fut, pour moi, un choc et un enchantement. C'est cette émotion alors ressentie qui m'a conduit à suggérer à Claire Durand-Ruel - qui avait rédigé la brillante notice du catalogue - de prolonger cet exercice, en rédigeant un ouvrage qui ferait connaître au grand public l'ensemble de l'oeuvre, admirable, réalisée à Rouen par le doyen des Impressionnistes (il était, de dix ans, l'aîné de Monet). Un ouvrage qui rassemblerait, non seulement, ses peintures à l'huile, qui comptent la bagatelle de soixante-neuf numéros, mais aussi ses aquarelles - dont celle, magnifique, acquise par la ville de Rouen à l'issue de l'exposition - et toutes ses oeuvres sur papier (gravures, lithos, encres...) ou sur soie, que peu de gens connaissent et où se révèlent, peut-être le mieux, la sensibilité à fleur de peau et la profonde humanité de Pissarro. Une telle production, aussi riche que diverse, faisant véritablement de Pissarro le peintre de Rouen, méritait bien qu'on lui consacrât une étude spécifique.
Ce qui n'était encore qu'un projet un peu chimérique est devenu une réalité grâce à la science de Claire Durand-Ruel - dont le Catalogue raisonné du peintre, auquel elle a consacré dix années de sa vie, nous avait, déjà, donné un aperçu - et grâce à son affection pour un artiste qui, en plus de son immense talent, avait le don d'aimer les gens et de transmettre à ses amis peintres, autant qu'à ses fils, les secrets et la passion de son métier. Elle a su décrypter ce milieu culturel rouennais, plein de contradictions, où il débarque à l'automne 1883. Un milieu partagé entre un conservatisme petit-bourgeois, que Flaubert exécrait, et un esprit avant-gardiste qui se manifestait dans des cercles «cultureux» - tels la famille Legrip, qui tenait galerie «À l'Ami des Arts», les journalistes Georges Dubosc et Eugène Brieux ou le peintre-patissier-hôtelier Eugène Murer - aussi bien que chez de grands industriels, qui furent aussi des mécènes, comme Léon Monet (le frère de Claude), Edmond Decap et, surtout, François Depeaux, dont l'éblouissante collection impressionniste - plus de sept cent toiles sont passées entre ses mains, achetées souvent au marchand Paul Durand-Ruel - fut l'une des toutes premières, en 1909, à entrer dans un musée français, en l'occurrence celui de Rouen.
Claire Durand-Ruel a bien mis en valeur la place éminente que les Views of Rouen ont occupée dans la carrière de Pissarro, et la notoriété internationale que ces paysages lui ont valu. C'est à Rouen qu'il a renouvelé, à trois reprises, un répertoire iconographique qui s'essoufflait, après ses longues installations à Pontoise et à Éragny. C'est, surtout, à Rouen que Pissarro, s'inspirant des Cathédrales de Monet, a entrepris son travail sur les séries, qui a produit un résultat époustouflant, qu'il poursuivra, au soir de sa vie, à Dieppe et au Havre. Les vues portuaires et urbaines réalisées dans ces trois villes normandes, entre 1896 et 1903, représentent une sorte d'apothéose de son oeuvre.
De tous les peintres que la capitale normande a attirés - et Dieu sait s'ils furent nombreux, depuis Turner, Bonington et Corot jusqu'à Maurice Denis, Signac et Vieira da Silva -, Pissarro est sans doute celui qui a le mieux ressenti et compris la ville. Alors que Monet s'intéressait à la Seine pour ses miroitements et à la cathédrale pour ses vibrations lumineuses, Pissarro a cherché à capter l'esprit de Rouen, de cette ville constamment écartelée entre son passé glorieux, qui l'incite à un certain immobilisme, et un goût prononcé pour l'aventure, qu'elle soit dans les domaines maritime, économique ou artistique. Il s'est préoccupé des transformations urbaines et sociales provoquées par l'industrialisation de la rive gauche, il s'est intéressé à l'animation du port et à l'intensité des relations entre les deux rives, autant qu'à l'architecture de la vieille cité, lia même, activement, participé à la défense de la plus ancienne maison de Rouen, une maison à pans de bois, datant du XVe siècle, qu'un arrêté municipal imbécile prétendait détruire pour cause d'alignement. Et, bien sûr, Pissarro a cherché (et, ô combien, réussi) à rendre l'atmosphère si particulière de la ville, «atmosphère fine, argentée, mobile et changeante, suivant les caprices de ta lumière... qui enveloppe toutes les rives de la Seine et se condense magiquement à ce détour du fleuve». (G. Dubosc). Un artiste épris, comme lui, d'atmosphère et d'effet ne pouvait rêver motif plus fascinant. Capter l'éphémère, rendre le moment présent éternel, n'était-ce pas l'ambition inavouée des Impressionnistes ?
C'est la présence, dans la capitale normande, de Pissarro et des maîtres impressionnistes arrivés sur ses talons (Gauguin, Guillaumin, Sisley, Renoir) qui est, directement, à l'origine de l'«école de Rouen», une expression forgée, en 1902, par le critique d'art Arsène Alexandre, évoquant l'exposition de Joseph Delattre à la galerie Durand-Ruel. Emmenés par Charles Angrand, ces jeunes «mousquetaires» (Delattre, Lemaître et Fréchon), auxquels il faut ajouter Lebourg, voulaient, comme leurs aînés, combattre l'académisme et ils furent, comme eux, en butte aux rires et aux sarcasmes des bien-pensants. De cette jeune école, sont sortis des peintres «post-impressionnistes», aussi novateurs qu'Anquetin, Dumont, Pinchon, Louvrier ou Hodé, et quelques inclassables, comme Jacques Villon ou Marcel Duchamp, qui n'ont pas hésité à bousculer les règles du jeu pour entrer, de plain-pied, dans l'art moderne.
Je forme le voeu que ce Pissarro à Rouen, que Claire Durand-Ruel a, si subtilement, replacé dans son contexte artistique, soit le début d'une série qui, évoquant tous ces peintres attirés ou engendrés par la capitale normande, approfondirait le rôle, important, que la ville a joué dans l'histoire de l'art. Un livre sur Pissarro qui donnerait naissance à une série, voilà qui serait un juste hommage rendu à ce grand artiste !

Jacques-Sylvain Klein

Présentation de l'éditeur :

Après une dizaine d'années passées à Pontoise, Pissarro ressent soudainement le besoin de renouveler son répertoire pictural, alors en plein essoufflement. C'est à Rouen qu'il débarque pour la première fois, durant l'automne 1883, sous les conseils de son ami Claude Monet qui lui avait tant vanté les beautés de cette ville. C'est un choc pictural. Pissarro découvre une grande ville aux multiples facettes qui lui offrent un très large choix de motifs qu'il va peindre au cours de quatre longs séjours. En 1883, il parcourt à pied la rive droite et la rive gauche de la Seine, s'immergeant dans l'activité intense de ce port fluvial en pleine mutation.

Il revient ensuite à trois reprises à Rouen, deux fois en 1896 et une fois en 1898. À partir de 1896, obligé de peindre depuis sa fenêtre d'hôtel à cause de graves problèmes oculaires, Pissarro va mettre en place, à l'instar de Monet, la répétition en série d'un même sujet.

De ses tableaux, il dit avoir «tâché de donner une idée du mouvement, de la vie, de l'atmosphère du port si peuplé de bateaux fumants, des ponts, des cheminées, des quartiers de la ville dans ta brume, te brouillard, le soleil couchant».

Pissarro rapporte de Rouen pas moins de soixante-neuf huiles, une quarantaine de gravures et de multiples dessins. Une telle production, aussi riche que diverse, fait véritablement de Pissarro le peintre de Rouen.

Les informations fournies dans la section « A propos du livre » peuvent faire référence à une autre édition de ce titre.

Acheter D'occasion Afficher le livre

Frais de port : Gratuit
De France vers Etats-Unis

Destinations, frais et délais

Ajouter au panier

Meilleurs résultats de recherche sur AbeBooks

1.

Claire Durand-Ruel
Edité par Editions Point de vues (2013)
ISBN 10 : 2915548552 ISBN 13 : 9782915548556
Ancien(s) ou d'occasion Quantité : 1
Vendeur
CENTRAL MARKET
(ANTIBES CEDEX, FR, France)
Evaluation vendeur
[?]

Description du livre Editions Point de vues, 2013. État : D'occasion - Comme neuf. Livre comme neuf. Expédition en suivi postal. Brand new book. Tracking number per all orders. N° de réf. du libraire 9782915548556

Plus d'informations sur ce vendeur | Poser une question au libraire

Acheter D'occasion
EUR 60
Autre devise

Ajouter au panier

Frais de port : Gratuit
De France vers Etats-Unis
Destinations, frais et délais