Le diable est un ange comme les autres

 
9782916973579: Le diable est un ange comme les autres
Extrait :

Prologue

Le chemin qu'il suivait avait la familiarité des lieux trop connus, qu'on ne prend plus la peine de regarder. Et pourtant, alors qu'il était en mesure d'anticiper chaque tournant et chacun des surgissements brutaux des imposants rochers de granit gris, il ne retrouvait autour de lui, ni la végétation habituelle ni la douceur mystérieuse qu'il appréciait tant dans la touffeur du maquis. Un même lieu et pourtant un autre lieu. Les taillis étaient infiniment plus denses, plus luxuriants, alors que parallèlement la route était plus large. Des lianes de ronces sombres tombaient des branches de chênes et des pommiers sauvages, qu'elles étouffaient en les échevelant lugubrement. Au craquement caractéristique des branches cassées il s'arrêta net, frissonnant; le ciel lui semblait obscurci, menaçant. Il sentit une forme vicieuse de peur le gagner lentement, dont il ignorait la cause. Le mouflon fila devant lui sans qu'il l'entende arriver, et fugitivement il se demanda ce qu'un mouflon pouvait faire ici dans la plaine, si loin des montagnes. Le mouflon était aussi incongru que le paysage. Pourtant l'instinct de la chasse le posséda, échauffa son sang. Il se lança à la poursuite de l'animal, coupa vers la gauche. Le repéra en contrebas, arrêté, hésitant, la tête tournée vers le sud. Ce n'était donc pas lui qu'il craignait... Le museau tendu, frémissant, les oreilles tourbillonnant en direction de sons qu'elle était seule à percevoir, la bête semblait saisie de terreur. Il s'avança doucement. Un buisson d'arbousiers lui cacha la vue pendant quelques secondes, et puis il fut presque sur le mouflon qui n'avait pas bougé. Soudain, jaillie d'en face, une pierre, lancée à toute force, frappa le poil brun en plein milieu du front. La victime s'abattit d'un coup au sol, tandis qu'une silhouette enveloppée d'une épaisse toile blanche bondissait, comme surgie de nulle part, se penchait sur le corps, plus rapide que la foudre, et d'un poing armé d'une lame très large, tranchait la tête, avec un mouvement d'une vélocité et d'une sûreté terrifiantes. Ce qui accentuait l'horreur de la scène, c'était qu'en mourant, le museau de la bête s'était transformé : un visage s'était formé, un visage abruti de terreur, émacié, creusé, aux yeux fous. C'est enfin la tête d'un homme, dégouttant de sang que brandit la forme blanche, dont la capuche largement rabattue sur le visage, ne révélait rien des traits. Le liquide rouge imbibait la manche, maculait le devant du vêtement. L'apparition poussa un cri. Le chasseur banda son arc, le pointa en direction de l'autre, lequel le voyait nettement, semblant le fixer; mais quand la flèche parvint au but, elle se ficha dans le tronc d'un chêne, traversant le spectre sans lui faire le moindre mal. Celui-ci éleva les deux mains au ciel, celle qui brandissait le trophée, et l'autre qui tenait une arme massive, anguleuse et dorée. Le chasseur sentit son coeur s'affoler, une sueur glacée lui parcourir les flancs; ses mains tremblaient...
Pierucci se réveilla, étouffé par la terreur. Qu'est-ce que c'était que cela ? Jamais une troisième créature n'était apparue dans ses rêves de mazzeru, et jamais, au grand jamais, il n'avait eu aussi peur... Il sortit de la chambre comme si le contact des draps le brûlait, fila vers le rez-de-chaussée, où il se mit à faire les cent pas. C'était de tous les rêves qu'il avait l'habitude de faire, le pire, et de loin.

Présentation de l'éditeur :

La suite de Pierucci, le 7ème, aborde avec science et virtuosité les frontières de l'histoire, de l'aube de l'humanité, mais aussi la souffrance, la solitude éternelle des êtres.

Bien plus qu'une enquête, MH Ferrari déborde du territoire cadré du polar et touche à l'intime confusion de chacun.

Tous ceux qui ont lu ce récit n'en sont pas sortis indemnes : dur, enlevé, jubilatoire, puissant et violent, «Le diable est un ange comme les autres» est le livre du renouvellement, il dérange parfois ce qui est le fait d'un texte fort mais surtout il passionne, nous invite à une lecture qui fait du livre, l'objet, le support d'une émotion qui dure.

Marie-Hélène Ferrari est née en 1960. Une vingtaine de romans sont sortis de sa plume, aussi bien dans le genre policier, où elle a installé dans le paysage le plus charismatique des commissaires, en la personne de Pierucci, que dans le roman intimiste. Elle renouvelle le genre policier, en y introduisant le temps. Le nôtre, avec ses délices et ses dérives, celui qui passe, et l'histoire. La série des Pierucci a été traduite et publiée en Italie, et s'annonce comme un succès transalpin.

Dans ce 7ème opus de ses aventures, le plus célèbre commissaire corse aborde les temps cruels de l'aube de l'humanité, et y mêle dans un suspens angoissant, les rituels les plus modernes de nos «tribus» contemporaines. Le Diable est un ange comme les autres, parle de l'éternité des interrogations humaines, dans ses rapports avec la mort, avec la vie. Le support d'une émotion qui dure bien après l'ouvrage refermé.

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(Aucun exemplaire disponible)

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