Voyages en Egypte : Photographies primitivistes du XIXe siècle, Denis Roche, Pierre de Fenoyl

 
9788836619771: Voyages en Egypte : Photographies primitivistes du XIXe siècle, Denis Roche, Pierre de Fenoyl
Extrait :

Le «Grand Tour», ou le paysage des origines
Bernard Millet

Installé à Rome dans les années 1850, le photographe écossais Robert Macpherson dirigeait un atelier spécialisé dans la photographie de paysage. Il produisait alors des «vues» de monuments, de sites archéologiques, de places, réalisées généralement en grand format, avec une technique de prise de vue et de tirage d'une saisissante précision.
Ces photographies, souvent réunies dans de prestigieux albums, étaient destinées aux riches voyageurs étrangers soucieux de ramener de leur «Grand Tour» des souvenirs dont la photographie garantissait la fidélité. Cette économie de la circulation des images de Macpherson était si bien structurée qu'on ne trouve quasiment plus trace de ses photographies en Italie, alors qu'elles figurent dans de nombreuses collections européennes, en particulier dans les collections anglaises. Cet exemple montre bien comment la photographie, dès les premières années de son existence a investi des fonctions jusqu'alors réservées à la peinture, aux dessins ou aux différentes formes de gravures. Au travers de l'histoire passionnante du «Grand Tour», c'est le rapport à la question du document qui se joue et sur lequel la photographie de paysage a largement fait reposer les bases de son esthétique. Comment définir la pratique du «Grand Tour» ? Elle se généralise à la fin du XVIe siècle, dans une première étape qui sera celle du voyage en Italie. Il fallait, dans le contexte des nations naissantes, envoyer les enfants des classes dirigeantes se confronter à des modèles de civilisation différents. Anglais et Français, déjà engagés dans la conquête du monde, comprirent très tôt l'enjeu et la nécessité que constituait pour les futures élites de la société, de parfaire leurs «humanités» en voyageant notamment en Italie. Bacon, à l'instar de Montaigne dans ses Essais, soulignait en 1615 l'intérêt, pour les jeunes aristocrates bientôt appelés à gouverner, de voir fonctionner la République de Venise, ou le prestigieux modèle urbain mis en place à Rome.
Dans cette même perspective, Colbert tout aussi conscient de cette nécessité, fondait l'Académie de France à Rome qui continue toujours d'accueillir de jeunes artistes français. Colbert marquait ainsi l'indéfectible attrait de l'Italie sur l'imaginaire culturel des élites.
Il faut aussi rappeler que les découvertes en 1740 et 1750 des sites d'Herculanum et de Pompéi ont renforcé encore en Europe l'immense attraction de l'Italie, où accourent alors jeunes Français, Anglais, Allemands... Une abondante littérature de voyage relayait aussi cette fascination. Outre les textes de Montesquieu, de Georges Berkeley, ou de Goethe, figurent encore d'immenses succès éditoriaux comme le Petit guide de Maximilien Misson qui enchanta Voltaire, ou le Voyage de Naples et de Sicile de l'abbé Saint-Non, ou encore les fameuses Lettres du Président de Brosses. Ces jeunes aristocrates, ces jeunes bourgeois, prenaient pour habitude de ramener de leurs voyages des vedute, petits tableaux de paysages représentant des «vues» des villes et des sites remarquables d'Italie. Réalisées par des ateliers spécialisés, ceux de Canaletto, Guardi, Bellotto pour ne citer que les plus célèbres, ces vues peintes donc, représentaient fidèlement le Grand Canal de Venise, les éléments d'architecture de Rome, les ruines antiques...
Ces vedute proposaient une véritable fonction documentaire puisqu'on parle encore à leurs propos de «tableaux de paysages historiquement objectifs». La valeur de ces tableaux, souvent réalisés grâce à des moyens optiques, comme la «caméra obscura», était du reste corrélée à leur ressemblance avec le sujet représenté.
C'est dans ce contexte que se développa cette photographie de paysage, et c'est donc assez naturellement qu'elle se substitua aux vedute peintes des XVIIe et XVIIIe siècles. La présence à Rome du photographe écossais Robert Macpherson n'avait donc rien de bien étrange, comme le fait que sa production ait été en quasi-exclusivité achetée par de jeunes voyageurs anglais. De surcroît, Robert Macpherson avant de s'adonner à la photographie avait été lui-même peintre de vedute durant une dizaine d'années. Il abandonna cette activité de peintre documentaire lorsque la photographie put techniquement permettre la réalisation d'oeuvres commercialisables. À l'extrême fin du XVIIIe siècle d'autres horizons s'ouvrirent et le voyage en Italie s'élargit vite au «Grand Tour». De nouveaux moyens de communication, de transports, repoussaient les frontières et conduisaient les voyageurs à entreprendre de plus larges périples. Désormais à côté de l'Italie figurent d'autres destinations regorgeant de sites archéologiques récemment découverts et tous frappés de l'attrait du merveilleux.

Présentation de l'éditeur :

À peine inventée la photographie (1839), voici qu'elle investit ce lointain et mythique Orient qu'est l'Égypte. Le photographe-écrivain Maxime Du Camp (1822-1894) et son compagnon, le jeune romancier Gustave Flaubert, la parcourent entre 1849 et 1850. Du Camp y réalise un album photographique de voyage, intitulé Égypte, Nubie, Palestine et Syrie : voici pour l'aspect réaliste, sinon scientifique. Et un récit de voyage épistolaire, adressé à Théophile Gautier : c'est le versant littéraire de l'entreprise.

Ce croisement heureux entre réalité géographique et expérience esthétique fournira le socle obligé de beaucoup de voyages photographiques égyptiens à venir. Nous en avons, dans cette exposition, choisi deux, pour accompagner les images réalisées, sur le même terrain, par les premiers voyageurs-photographes du XIXe siècle, appartenant à cette génération qu'on nomme les «primitivistes». Leurs descendants spirituels du XXe siècle, présentés ici, Denis Roche (1937) et Pierre de Fenoyl (1945-1987), ont réalisé leurs périples égyptiens au début des années 1980

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Gilles Mora
Edité par Silvana (2011)
ISBN 10 : 8836619770 ISBN 13 : 9788836619771
Neuf(s) Quantité : 3
Vendeur
Gallix
(Gif sur Yvette, France)
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Description du livre Silvana, 2011. État : Neuf. N° de réf. du libraire 9788836619771

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