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La Saint Valentin avec un arrière-goût de vinaigre


Si vous pensiez que la Saint Valentin se résumait à offrir une boîte de chocolats et un bouquet de roses à celui ou celle qu’on aime, alors cet article risque de vous surprendre.

Avez-vous déjà entendu parler des « Vinegar Valentines » ? Non ? Rassurez-vous, c’est normal, et pour cause, il s’agit d’un phénomène très anglo-saxon qui ne se pratique (malheureusement) plus. Il s’agit de cartes de vœux que l’on envoyait dans le temps – entendez il y a bien longtemps, quand le seul moyen d’envoyer quelque chose était encore par voie postale – et dont voici l’histoire :

Aux Etats Unis, dans les années 1840, alors que les amants s’envoyaient des mots doux, d’autres prenaient la peine de se rendre dans un kiosque, de choisir une carte bien peu courtoise, de la timbrer et de l’envoyer à leur ennemi juré (ou tout simplement une personne détestée). Le but étant, vous l’aurez compris, de faire savoir au destinataire ce que vous pensez de lui, tout en étant bien trop poli pour le faire en personne. Evidemment, à l’aire d’internet, les moyens de déverser sa haine sont multiples. Alors qu’un commentaire en ligne ne prend que quelques secondes, envoyer une carte demandait plus d’efforts. Au XIXe siècle, il fallait être plus créatif pour faire passer son message. Ces cartes étaient donc un bon moyen, parfois anonyme et presque toujours poétique, de faire savoir aux gens à quel point ils nous agaçaient.

Ces cartes de vœux furent produites en masse durant la deuxième moitié du XIXe siècle et largement utilisées aux USA comme en Grande Bretagne. Alors que la raison de l’interruption de leur production reste inconnue, ces cartes sont aujourd’hui des documents éphémères qui suscitent la curiosité. Certaines d’entre elles sont en vente sur AbeBooks.fr, leur prix pouvant varier entre 9 et 730. En lisant les messages inscrits sur ces cartes de vœux, on comprend pourquoi les destinataires n’ont pas souhaité les conserver. Le ton général vacillait entre ridicule et vicieux, voire offensant parfois. Pour vous donner une idée, voici des traductions de deux d’entre elles, parmi tant d’autres :

Vous gaspillez votre énergie

Sur votre tour de taille

Vous n’avez pas d’autre beauté,

Alors vous espérez satisfaire les hommes

En donnant à votre taille confortable,

Une contrainte des plus scandaleuses

C’est la façon dont vous la pincer,

Jusqu’à ce que vous soyez presque coupée en deux,

Mais malgré tous vos efforts

Les hommes ne font que rire de vous.

 

 

Une peur

Votre faciès manque à ce point de tout charme,

Qu’un aperçu de votre visage briserait un miroir

Vous avez la bouche d’un crapaud, et la tête d’un singe,

Les oreilles d’un veau, et une forme indescriptible.

Vous êtes si horriblement laide que vous effrayez les corbeaux,

Alors quelle chance avez-vous d’attirer les hommes.

 

 

 

 

Les dessins, tout comme les messages, caricaturaient généralement un trait physique ou un défaut. Il y en avait pour tous les genres : patrons, collègues, époux, amants ; et pour tous les traits de caractère : alcoolique, gros, laid, infidèle, langue de vipère, stupide, maigre, cupide, glouton, paresseux… Ces cartes sont devenues tellement populaires qu’elles ont été reprises dans des campagnes de publicité. Par exemple, toute une série fut produite par un fabriquant de savon, qui glissa dans les vers de subtiles références à son produit. Bien sûr, elles n’étaient pas du goût de ceux qui les recevaient. Qualifiées de vulgaires, elles firent même parfois l’objet de plaintes, sans jamais aboutir.

 

Ce phénomène des « Vinegar Valentines » ne s’est pas propagé en France, à croire que les français préféraient insulter les gens en personne plutôt que de perdre leur temps à envoyer des cartes. Notre réputation doit bien venir de quelque part ! Dans tous les cas, ces collections de cartes de vœux méritent le coup d’œil. Qui sait, cette année vous avez peut-être envie d’essayer ? Après tout, de l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas.

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