Le manuscrit Voynich

Apparu au XVème siècle, disparu au fond d’une bibliothèque italienne pendant deux siècles, le manuscrit Voynich défie la science et la patience de ses lecteurs depuis des centaines d’années. Aujourd’hui encore, le petit volume riche en illustrations rédigé dans une langue inconnue déjoue invariablement les tentatives de décryptage des plus éminents cryptologues.

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Maintenant, c’est à vous de jouer. Si le manuscrit original est conservé à la Bibliothèque Beinecke des livres rares et manuscrits de Yale, la maison d’édition de l’université, Yale University Press, a publié fin 2016 un fac-similé du mystérieux ouvrage, complété par des annexes qui rassemblent ce que l’on sait de cet « objet de bibliophilie non identifié ».

Le nom du manuscrit ne vient pas de son auteur, mais de Wilfrid Voynich, le libraire qui en fit l’acquisition en 1912 et qui l’exposa à travers l’Amérique. Mais ses origines sont beaucoup plus anciennes.

Le fac-similé du manuscrit Voynich de Yale

Voici ce que l’on sait du manuscrit à l’heure actuelle. Il a été rédigé à la main sur du vélin. La datation par le carbone indique que le livre a été conçu dans la première partie du XVème siècle. Certaines pages ont disparu. D’autres contiennent des encarts dépliants. Le format du livre est plutôt petit : 23,5 cm x 16,2 cm x 5 cm. L’ordre des pages est vraisemblablement erroné. La reliure en chagrin n’est pas d’origine. Le texte de 170.000 caractères dénué de ponctuation se lit de gauche à droite.

On ignore qui en est l’auteur.

Son contenu, à en juger d’après les illustrations, semble porter sur l’herboristerie, la pharmacie, l’astronomie, la cosmologie, la biologie humaine. A moins qu’il ne s’agisse de recettes (ce qui tournerait le mystère en dérision, si cette hypothèse se vérifiait). L’ouvrage contient de nombreuses illustrations énigmatiques, réalisées à la peinture bleue, blanche, rouge, marron et verte.

"Le livre est étonnamment petit par rapport à sa réputation de livre le plus mystérieux du monde et son apparence physique est presque décevante."

Les illustrations sont rudimentaires mais leurs couleurs ont conservé leur éclat. Très souvent, le texte et l’image sont enchevêtrés. Fidèle à l’original, le fac-similé de Yale reproduit les feuillets qui se déplient, là où le manuscrit Voynich en contient.

Le fac-similé du manuscrit Voynich de Yale

S’agit-il d’un manuel un peu particulier portant sur la médecine et la santé ? Ou est-ce que le livre est une vaste blague élaborée à grands frais ? Pourquoi rédiger un livre à vocation informative dans un texte que personne ne comprend ?

"Le désormais éponyme manuscrit Voynich est passé à travers de nombreuses mains : mathématiciens, botanistes, alchimistes, cryptologues, ecclésiastiques, universitaires – mais aucun d’entre eux n’a réussi à résoudre ses mystères de manière convaincante."

Pour l’œil du novice qui se penche sur les illustrations, le livre traite des plantes des forêts, d’une dame du Moyen-Âge qui prend souvent des bains et de conjectures sur ce qui se passerait au paradis. L’emploi d’un code secret viserait à restreindre sa lecture à un petit nombre de personnes. Etait-ce dans le but de transmettre un savoir à un groupe en particulier ?

Le fac-similé du manuscrit Voynich de Yale

Le manuscrit Voynich est classifié « MS 408 » dans les archives de Yale. Cette référence est souvent mentionnée dans le fac-similé de Yale. Le libraire Hans P. Kraus fit don du manuscrit à l’université de Yale en 1969, car il n’avait étrangement pas trouvé d’acquéreur pour le mystérieux ouvrage.

Le livre avait auparavant circulé à travers l’Europe. L’un de ses propriétaires avérés est Georg Baresch (1585-1662), un alchimiste de Prague. Johannes Marcus Marci (1595-1667) fut en possession du manuscrit après Baresch et le transmit à un éminent scientifique jésuite allemand du XVIIème siècle résidant à Rome, Athanasius Kircher.

Le fac-similé du manuscrit Voynich de Yale

Une lettre en latin trouvée à l’intérieur de la couverture, datée du 19 août 1665 ou 1666 accompagnait le manuscrit lorsqu’il a été envoyé à Kircher et avance que le livre aurait également appartenu à Rodolphe II, Empereur du Saint empire romain (1552–1612).

Il n’y a aucune trace du parcours du livre au cours des deux siècles qui suivirent, mais il semble qu’il ait été conservé avec les archives de Kircher à Rome. Il réapparaît au collège jésuite de Rome, le Collège Romain qui le vendit à Voynich en 1912. Voynich est décédé en 1930 et c’est sa veuve, Ethel, auteur de la nouvelle The Gadfly (Le Taon ou La Mouche-Cheval en français), qui en hérita. Elle décéda en 1960 et légua le manuscrit à une amie du nom d’Anne Nill qui le vendit un an plus tard à Kraus.

L’essai le plus intéressant du fac-similé de Yale est celui de Arnold Hunt, consacré au parcours de Voynich lui-même. Originaire d’une famille polonaise en Lituanie, Voynich étudie en Pologne avant d’émigrer à Londres, où il ouvre une librairie sur la Shaftsbury Avenue, puis en Amérique, où il exposera le fameux livre et d’autres manuscrits rares. Sans l’intervention de Voynich, ce manuscrit serait peut-être encore en train de croupir dans l’ombre. Arnold Hunt a lui même dit :

« Ceux qui rencontraient Voynich ne pouvaient pas l’oublier (…) Les recherches de Voynich ont fondé la majeure partie de ce que l’on sait du manuscrit, dans le même temps, ses efforts inlassables pour faire la promotion du livre et affirmer son importance sensationnelle l’ont entouré d’un halo de romantisme. »

Les autres essais se penchent sur les propriétés physiques du livre et les méthodes utilisées pour le dater et l’analyser, sur les tentatives infructueuses de décodage et sur la tradition alchimiste.

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