L'histoire de
l'écrivain prodige

Jack Unterweger : tueur en série

par Julie Jacquet

Les histoires criminelles et les thrillers vous passionnent ? Alors préparez à frissonner en lisant le récit – authentique - de l’autrichien Jack Unterweger, surnommé « L’étrangleur de Vienne ».

Si vous vous intéressez un peu aux histoires de tueurs en série, vous savez certainement que la plupart du temps, leurs troubles psychologiques trouvent leurs origines dans leur enfance. Des parents abusifs et violents sont souvent l’élément déclencheur de leurs pulsions, qu’ils finissent par ne plus contrôler et passent à l’acte, de façon répétitive, comme si le fait de tuer leur permettrait de stopper leurs souffrances.

L’enfance de Jack ne fait pas exception. Né le 16 août 1950 en Autriche, il est rapidement abandonné par sa mère prostituée. Il vit alors avec son grand-père dans une caravane dans les bois. Loin de la figure du père exemplaire, il est alcoolique et ramène souvent des prostituées avec lesquelles il a des relations sexuelles sous les yeux du petit Jack. Pas besoin d’en dire plus, je crois que vous aurez compris que notre futur tueur en série développe une obsession pour les filles de joie qu’il prend pour cible, et ce dès l’âge de 16 ans, où il est déjà arrêté pour agression.

Un écrivain est né

En 1976, Il est jugé coupable du meurtre de Margaret Schäfer et condamné à perpétuité. Durant son incarcération, il s’intéresse à l’écriture. Il occupe son temps en écrivant des poèmes, des pièces de théâtre et même son autobiographie de meurtrier repenti : Fegefeuer oder die Reise ins Zuchthaus (Purgatoire ou le voyage en prison), publié en 1983 et rapidement au top des ventes en Autriche. Il devient célèbre, beaucoup d’intellectuels apprécient ses talents d’écrivains et se mobilisent pour sa libération anticipée. Parmi eux, on peut citer notamment deux prix Nobel de littérature : Günter Grass et Elfriede Jelinek. Il est libéré au bout de 14 ans de détention, le 30 mai 1990 et est considéré comme un symbole de réhabilitation. Il devient journaliste, fait de nombreuse apparitions télévisées et radiophoniques en racontant son histoire avec un charisme qui charme tout le monde, surtout les femmes.

Meurtrier un jour, meurtrier toujours

L’histoire pourrait se terminer ici mais il en est autrement. Quatre mois après sa libération, le corps d’une jeune prostituée de 31 ans (Heide Hammerer) est retrouvé à Vorarlberg, étranglée à l’aide de ses collants, formant un nœud complexe autour de son cou. Cinq jours plus tard, le corps d’une autre prostituée (Brunhilde Masser) est découvert à Graz, elle aussi morte par strangulation avec son soutien-gorge, formant un nœud complexe. Un peu plus tard, la disparition d’une troisième prostituée (Elfriede Schrempf) est signalée à Graz. La police de Graz n’a alors aucune idée du meurtre d’Heide, à l’autre bout de l’Autriche. Aucun ADN ne peut être identifié, ou plutôt beaucoup d’ADN différents sont retrouvés sur les deux victimes étant donné leur profession, mais impossible de savoir qui a été le dernier client. La police ne se doute pas encore qu’il s’agit d’un tueur en série. Le tueur n’a laissé aucun indice derrière lui, la police n’a aucune piste. Puis, l’examen du corps de la première victime révèle enfin quelque chose : des fibres rouges n’appartenant à aucun vêtement de la jeune femme, par conséquent elles proviennent du tueur.

Pendant ce temps à Los Angeles, la LAPD, la police locale, a affaire au meurtre d’une prostituée, Irène Rodriguez, morte étranglée avec son soutien-gorge, formant un nœud complexe… La police ne sait pas encore qu’elle est face à un serial killer. C’est en consultant la base de données que l’inspecteur Miller chargé de l’enquête se rend compte que deux autres crimes similaires ont été constatés à Los Angeles: les homicides de Sherri Ann Long et Shannon Exley, elles aussi prostituées et tuées par strangulation avec un soutien-gorge, formant un nœud complexe. C’est alors que la LAPD se met à arpenter les rues des quartiers où travaillent les filles de joie à la recherche d’un suspect, mais sans résultat. Les meurtres cessent, la police en conclut alors que soit le serial killer est parti assouvir ses pulsions meurtrières ailleurs, ce qui est plutôt rare pour un tueur en série, soit l’auteur des crimes s’est fait arrêter pour un délit avant que les policiers n’aient découvert son identité.

De retour à Vienne, quatre prostituées disparaissent en quatre semaines. Cela commence à faire beaucoup ! C’est grâce aux médias que Max Edelbacher, chef de la brigade criminelle de Vienne, fait le lien entre les enquêtes de Vorarlberg et Graz avec les disparitions de Vienne. Alors qu’aux Etats-Unis, la police traque environ 600 « serials killers » par an, en Autriche, la panique s’empare du pays. C’est la première enquête nationale, toute la police est à la recherche du tueur en série . Les enquêteurs, sous pression, exécutent la procédure normale en interrogeant les proches des victimes, mais sans succès.

Une affaire bien nouée

La particularité des tueurs en série, mis à part le fait qu’ils assassinent des personnes de façon régulière suivant le même mode opératoire, est qu’ils n’ont généralement aucun lien avec leurs victimes. Ils les choisissent suivant un profil physique ou une caractéristique. Leur manière de procéder est rituelle, et c’est d’ailleurs pour cela que la police locale fait souvent appelle à des spécialistes, des « profilers » bien connus des séries télévisées, qui sont capables de décrypter les scènes de crimes, afin de dresser un profil du tueur et de ses victimes et d’essayer d’anticiper ses actions.

Journaliste renommé, Jack Unterweger s’intéresse de près à l’affaire la plus importante du pays ; il va même interroger la police pour savoir où en est l’enquête, il va dans les rues récolter le témoignage des prostituées apeurées. Populaire, il est invité sur les plateaux de télévision pour traiter des sujets comme la réinsertion des prisonniers, se prenant évidement comme exemple de réhabilitation réussie. C’est un orateur talentueux et charismatique.

A Vienne, deux des quatre prostituées disparues sont retrouvées dans les bois, mais la police sans indice est dans une impasse. Les enquêteurs autrichiens sont inexpérimentés dans ce genre d’affaires criminelles. C’est alors qu’un inspecteur à la retraite prend connaissance des meurtres en lisant les journaux. Il fait tout de suite le lien avec une affaire sur laquelle il a travaillé dans le passé en raison des nombreuses similitudes. Il pense qu’il s’agit du même tueur : Jack Unterweger.

Mais les policiers n’y croient pas, car la victime de 1974 n’était pas une prostituée et qui plus est, elle était une connaissance de Jack. Malgré son passé, Unterweger n’est pas perçu comme étant un serial killer, d’autant qu’il n’a aucun mobile. La police n’ayant toujours aucun suspect, décide de tout de même le placer sous surveillance jusqu’à ce qu’il parte en vacances, mais rien d’anormal n’est constaté.

Puis, une troisième prostituée de Vienne, Silvia Zagler, est retrouvée morte dans les bois, trois mois après sa disparition. La cause de la mort est la même : strangulation, son collant formant un nœud complexe autour de son cou. La cause de la mort ressemblant étrangement au crime d’ Unterweger, la police décide alors de l’interroger, toujours sans succès, car il joue le bouc émissaire et les policiers ne disposent d’aucune preuve contre lui.

Un journaliste assassin ?

C’est ensuite le cadavre d’Elfried Schrempf qui est découvert à Graz, dans les bois. Et vous l’aurez deviné, comme toutes les autres, elle a été étranglée avec un de ses vêtements, formant un nœud complexe autour de son cou. La police cherche à nouveau à interroger Jack Unterweger, mais cette fois-ci, il est introuvable. Et c’une septième prostituée qui est retrouvée, ses bas noués autour de son cou, de façon complexe…

Les médias prennent connaissance de la disparition de Jack, et parlent déjà de lui comme du coupable. La police procède à la perquisition du domicile de Jack et découvre des reçus prouvant sa présence dans les villes des meurtres au moment des faits. Cependant, il ne s’agit là que de preuves circonstancielles. De même, on découvre que les fibres rouges retrouvées sur Heide correspondent à l’écharpe rouge de Jack. Mais là encore, ce n’est pas une preuve incriminante, cela ne veut pas dire qu’il est son assassin.

Ce n’est pas tout, des tickets de Los Angeles sont aussi trouvés et prouvent que Jack y était aux moments des crimes, on retrouve même une carte visiteur du poste de police local ! En effet, en 1991, il s’y rend pour le travail. Il prend contact avec la police et demande l’autorisation de suivre le sergent local, prétendant écrire un article sur les différences de lois européennes et américaines en matière de prostitution. Le sergent, bien serviable, lui indique donc où est le quartier des prostituées, sans avoir qu’il venait d’indiquer au tueur où trouver ses prochaines victimes. La LAPD a maintenant elle aussi un suspect.

Conscient d’être recherché par toute la police d’Autriche, Unterweger contacte sa petite amie Bianca, âgée de 18 ans, lui explique la situation en se disant innocent. Bianca le croit, le rejoint et ensemble, ils prennent la fuite ensemble aux Etats-Unis. La cavale ne dure que peu de temps, ils sont très vite repérés et arrêtés en Floride le 26 février 1992.

Lors de son interrogatoire, Unterweger est arrogant, car il sait que la police ne possède aucun élément contre lui. Et en effet, il est relâché et rentre en Autriche. La police fait alors appelle au FBI. Grâce à la signature du tueur, ce fameux nœud complexe, et au décryptage du mode opératoire, les agents du FBI réussissent à prouver que tous les crimes sont liés entre eux, actes d’une seule et même personne. Mais qui ? La police ne le sait toujours pas, ou du moins ne peut rien prouver.

Coïncidences ?

Les enquêteurs autrichiens explorent une autre piste. Ils contactent Interpol, car ils savent que Jack s’est aussi rendu en Allemagne et en République Tchèque. Bingo ! C’est là qu’ils apprennent que BlanKa Bokova, prostituée, a été retrouvée morte dans un bois à Prague, étranglée avec son soutien-gorge… formant un nœud complexe autour de son cou. Encore grâce à des reçus, on sait que Jack se trouvait dans un restaurant à 500 mètres du lieu en question. Mais la police manque toujours cruellement de preuves.

L’inspecteur en charge de l’enquête a l’idée de rechercher tous les anciens véhicules d’Unterweger. La voiture avec laquelle il s’est rendu à Prague a été vendue en pièces détachées mais par chance, la police retrouve les sièges, entreposés dans un garage. La police scientifique fait la découverte de cheveux, qui se révèlent être ceux de Blanka. Vous l’aurez compris, cela ne prouve pas qu’il l’a tué, mais seulement qu’elle est montée dans sa voiture. Soit cet homme est le plus malchanceux du monde, soit il est l’auteur de tous ces crimes !

Des preuves circonstancielles restent tout de même des preuves. Jack Unterweger est inculpé pour les meurtres de 11 femmes dans trois pays différents. Il n’a aucun alibi, sa défense s’appuie uniquement sur le fait de l’absence de preuve incriminante. Pensez-vous vraiment que Jack, par coïncidence, se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment ? Difficile à croire, et ce même pour le jury qui le prononce coupable par verdict majoritaire. Il est donc, pour la seconde fois, condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, cette fois sans possibilité de libération conditionnelle.

Entering Hades : The Double life of a serial killer
Livre écrit par John Leake, biographe de Jack Unterweger

Coup de théâtre !

9h après le verdict, Unterweger se suicide dans sa cellule, faisant aveu de sa culpabilité : la corde autour de son cou est nouée de façon complexe. Il vient de donner la preuve manquante en signant son suicide.

Six des poèmes manuscrits de « l’étrangleur de Vienne » sont disponibles sur AbeBooks ainsi que son autobiographie Fegefeuer oder die Reise ins Zuchthaus (Purgatoire ou le voyage en prison), et trois livres de poésie Kerker, Worte als Brücke et Tobendes Ich.

Un biopic allemand nommé Jack a été réalisé en 2015 et Broad Green Pictures est en préparation d’un film qui devrait sortir prochainement : Entering Hades avec Michael Fassbender.

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