Weinstein, Marc Mandelstam: Jouer-combattre

ISBN 13 : 9782705680190

Mandelstam: Jouer-combattre

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9782705680190: Mandelstam: Jouer-combattre
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Extrait :

Le langage du jeu

La poésie de Mandelstam est une critique en acte de la politique langagière des symbolistes. Mais il faut d'emblée préciser ceci - à tenir en basse continue : le poète a conscience de sa dette envers les Baudelaire, Blok, Mallarmé, Biély, Annenski - envers leur oeuvre de réenchantement du monde. Il parle lui-même du symbolisme comme du «sein dont est sortie toute la nouvelle poésie russe» (Attaque, p. 24). Et il aspire, on le verra, à un «symbolisme authentique» (De la nature du verbe, p. 90), indiquant par là que les aînés eussent fait oeuvre utile à simplement abandonner leur voix de fausset.
Reste que, dans la famille symboliste, Mandelstam naît assez tard pour sentir l'imminence de l'asphyxie et le besoin d'ouvrir la porte. Selon lui, la politique langagière symboliste manque l'être pour deux raisons.
D'abord, elle est dualiste ; elle sépare le ciel et la terre, en sorte que les pauvres noms terrestres ne sont plus que de mois tremplins inessentiels vers le ciel du monde. Les moulins symbolistes tournent à vide, les mots charnels s'étiolent en concepts abstraits, privés de tout effet roboratif : «On ne pouvait pas en nourrir un temps de famine, et il fallut tous les rejeter de la corbeille, y compris le grand poisson crevé de l'Être. En fin d'époque historique, les concepts abstraits sentent toujours le poisson pourri. Il vaut mieux le sifflement agressif et joyeux des vers russes.»
Ensuite, le symbolisme traite le langage comme une musique du temps fluide qui fuit. Le poème mandelstamien change de paradigme : non plus la musique du temps successif qui s'écoule, mais l'architecture du temps que l'on rassemble dans la simultanéité d'un espace de sens. L'architecture, c'est d'abord une arme de guerre affirmative contre la part nihiliste du symbolisme : elle résulte de la «complicité des étants dans la conjuration contre le vide et le néant» (Le matin de l'acméisme, p. 61).
Ce corps de bâtiment sémantique met fin au dualisme : la terre est céleste, le ciel est terrestre. «Je vois un ciel pierreux...», dit un poème de 1910 (Je vois...). Mandelstam systématise cette vision dans Le matin... : «L'acméisme s'adresse à ceux qui, saisis par l'esprit de construction, ne refusent pas, craintifs, leur propre pesanteur, mais l'acceptent avec joie pour réveiller et utiliser au plan architectural les forces qui dorment en elle» (p. 59). Monisme dynamique, donc. La même note résonne en 1922 dans la Lettre du jeune ouvrier où Rilke stigmatise les chrétiens bourgeois qui «ne laissent pas d'avilir avec ardeur et de déprécier les choses d'ici-bas». Quelques années auparavant, Mandelstam ne craint pas de dire :

J'aime ma pauvre terre,
Car je n'en ai pas vu d'autre.
(Ne lire que des livres d'enfant..., 1908)

Présentation de l'éditeur :

Le 1er janvier 1917, à Saint-Pétersbourg, devant une salle bondée, Mandelstam donne lecture de ses poèmes. «Sa façon de réciter, dit une amie, était plus que rythmée. Il ne scandait pas, il chantait comme un sorcier possédé par une vision.» Dehors, le monde se convulse : révolution de 1905, effondrement de l'ancien régime, boucheries de la Première Guerre mondiale, révolutions de 1917...
Comment la poésie résiste-t-elle à ces bouleversements ? En compressant dans la langue russe un monde européen dilaté vers ses sources : de Rome à la Grèce romaine, puis à une Europe gréco-romaine réunie autour de l'Arménie et des plaines de Voronej - là où Dante, Goethe, Eschyle, Tiouttchev, Derjavine et Christian von Kleist rencontrent Villon, Ovide, Homère, Bach, Beethoven, Lermontov et Pouchkine.
Mandelstam célèbre, avec un sourire de distance, ce monde qui se meurt puis se reconstruit sous ses yeux. Le monde est glorifié tel qu'il est, parce que «il est» signifie pour le poète «il doit devenir».
De cette poétique, Mandelstam déduit une éthique : en pleine période de purges, au moment où Mandelstam alterne malaises et syncopes, ses poèmes recherchent la sérénité :

Tu n'es pas mort encore, tu n'es pas seul encore
Tant qu'avec ton amie mendiante
Tu peux goûter la majesté des plaines
Et le vent neigeux qui tournoie.
Dans ta pauvre splendeur, ta puissante misère,
Vis calmement, rasséréné.

Marc Weinstein, professeur à l'université de Provence, enseigne la littérature russe et la philosophie de la littérature européenne.

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1.

Weinstein, Marc
Edité par Hermann (2011)
ISBN 10 : 2705680195 ISBN 13 : 9782705680190
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(ANTIBES CEDEX, FR, France)
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Description du livre Hermann, 2011. Etat : D'occasion - Comme neuf. Brand new book. Livre comme neuf. N° de réf. du vendeur 9782705680190

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